Hommages par Gwen
(La lettre n°58)
Entre l'arrivée tardive à l'Atelier, un déjeu-ner avec des copains et des séances de musculation, Christophe trouvera toujours quelques heures, miraculeusement denses, dans lesquelles les planches se dessineront avec une apparente facilité.
11 trouve tout aussi miraculeusement de la place sur sa table, qu'on n'ose plus appeler "à dessin"... tant de choses s'y accumulent. C'est dans ce - parlons sans détour - bordel, que, en bon marin d'Atelier, il navi-guera à vue sur le séant. D'efforts
concentrés, tendu sur son sujet aux théories bavardes, pertinentes ou fumeuses sur tout, quelques secondes seulement peuvent s'écouler.
Plus cow-boy qu'Indien, il possède quand même un animal totem : "Christophe le chien", comme dirait Marjane. 11 cabotine le chien-fou. Chien donc, pas cynique, c'est un chien très
très humain pour un cow-boy.
Hommages par Julliard
(La lettre n°58)
II y a ceux, nombreux, que l'on aime bien parce qu'ils savent vous raconter sans bavure une bonne petite histoire. Il y a les classiques, incontournables, par-fois géniaux, qui ont établi les codes et fait avancer le métier. Et puis, il y a ceux, plus contemporains, plus rares aussi, qui, dès le premier dessin, vous laissent pan-tois, ravis, envieux. Je me souviens de Tardi, Loustal, Prado, de Crécy... Blain fait partie de ceux-là.
Comme certains de ses prédécesseurs, il a une façon réjouissante de jeter les codes académiques par-dessus tes moulins, une
désinvolture maîtrisée (le contraire du "n'importe quoi"), bref, une liberté qui m'enchante. Et me chagrine aussi, parce que ces talents hors normes ont souvent du mal à trouver un succès à leur mesure dans un monde où l'on apprécie exagéré-ment la norme.
Son bouquin d'illustrations sur son service militaire à bord d'un bateau m'avait sauté aux yeux. Pareil pour Hop Frog, malgré un côté pictural que je n'apprécie guère pour une bande dessinée. Puis, dans le Réducteur de vitesse, il révèle un graphisme, un trait qui me rappelle quelques grands américains (Herriman, Smith, Fisher, Sterett, Willard, Segar...) ou, plus près de chez nous, Gus Bofa. Et aussi une gamme de couleurs sobre et parfaitement adap-tée, un sens du confinement (on est bien sur un bateau) et une mise en scène sans chichi. Bref, c'est du grand art. Vivement le prochain album...