Interview pour Bodoï n°49

Pour beaucoup de lecteurs, un dessin de Sfar ou de Blain, c'est maladroit comparé au réa lisme classique d'un Philippe francq dans Largo Winch.

Je crois que Blutch, Sfar ou moi même sommes des auteurs qui aimons les dessin avant d'aimer le dessin de BD. Tandis que francq est quelqu'un qui maîtrise un dessin spécifiquement de bande dessinée: son graphisme n'a de sens que dans ce cadre là, il se nourit des codes de la BD et fonctionne en circuit fermé.

Pourquoi y a-t-il chez Sfar, David, Blutch ou toi même ce gout du dessin et de la literrature avec des références qu'on aurait cherchées en vain chez les jeunes auteurs des années 80 ?

Je crois que les dessinateurs de bandes dessinée des années 40,50 et 60 qui nous inspirent sont des auteurs qui avaient une culture "classique" du dessin et du recit, et qui l'appliquaient à la bande dessinée. Tandis que dans les années 70 et 80, on a assisté à une dégénérescence de la discipline car les nouveaux dessinateurs trouvaient leurs références, non ps dans la vie ou dans l'art, mais dans la bande dessinée elle même. Par exemple, un auteur comme Giraud est un artiste qui aime le dessin, tandis que ses "héritiers" sont des types qui aiment Giraud avant d'aimer le dessin. Dans son travail, giraud est extraordinaire, mais il a fait beaucoup de mal en suscitant une armé de suiveur sans âme.

Comme Juillard aujourd'hui qui se voit copié dans la moitié du catalogue Glénat !

Voila, et le probleme, c'est qu'on se retrouveavec une armada de dessinateurs dits "réalistes" qui veulent tout montrer avec le plus de détails possible. Et ça produit souvent un dessin lourdingue et figé ! Alors que Giraud n'est jamais lourdingue, parce que même si son dessin fourmille de détails, ça sent toujours l'excitation du type qui aime tout dessiner avec la même passion. Moi je peux être realiste quand je fait un croquis d'attitude, mais si j'essaie de le terminer, je le fige... C'est tres dificile de faire du dessin réaliste sans le figer.

Pourquoi donner des cadres historiques comme le western ou la piraterie à tes histoires ?

Je me pose la question. Au départ, je me disais que ce qui m'intéresse, c'est de raconter des histoires de genre, car cela me permet de dessiner des choses excitantes : des tempêtes, des bagarres des explosions, des costumes... Et en ce moment, je sius en train de me demander :est-ce la bonne voie? est-ce que je ne devrais pas dessiner de chose plus contemporaines, plus proche de ma vie ?

Tu es friand du travail de Dupuy et Berberian ?

J'aime beaucoup ce qu'ils font, mais en même temps , cet univers du quotidien me fait un peu peur : j'aurais peur de m'ennuyer, d'être en manque de souffle romanesque. Cela dit, je m'interroge : dans la mesure où j'ai un grand plaisir à dessiner des gens que j'ai rencontrés et à en faire des personnages de bande dessinée (comme le medecin dans le réducteur de vitesse ) , est ce que je ne devrais pas creuser dans cet voie ? Je suis très admiratif du travail de Crumb, qui est parvenu dans ses planches à insuffler du fantastique, du merveilleux, de l'épique, du bondissant dans son univers quotidien, au départ pétri de banalité.