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La Presse parle de BD

Bandes Dessinées : auteurs, séries, et toutes ces sortes de choses... ]


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man, 24.01.2002 à 16:1115763
Il y a aussi l'article de Télérama sur Joann Sfar ( et aussi un papier dans Femina Hebdo "mes cafés et magasins favoris par Marjane Satrapi ! :o), plutôt élogieux, carrément même, on sent qu'ils y ont passé du temps (propos recueillis chez Satrapi, Menu, recherche biographique fouillée..)
C'est bien qu'on parle de Sfar de cette façon mais ce qui m'énerve, c'est qu'on ne fasse des articles de ce genre que 1)après que l'auteur ait été largement reconnu (mais à la limite pour un hebdo qui parle de cinéma et de télé c'est pas choquant...) et 2) au moment d'Angoulême...
Mais bon nous aurons l'occasion de reparler de la presse et de la Bd J-C.

J-C, 24.01.2002 à 13:4515758
le but de ce sujet, est de rapporter ce qui se dit sur la BD dans la presse. en bien ou en mal. ou encore de signaler des opérations spéciales des quotidiens, mensuels ou autres magazines. j'aurais plutôt tendance à privilégier les articles un peu fouillés ou parlant d'auteurs ou d'oeuvres peu médiatiques mais tout est bien venu.

à cause, ou grace au festival d'Angoulème, la période risque d'être riche pour ce genre d'article, alors évitons de venir poster les aventures des journalistes freelance perdus dans un monde qu'ils ne connaissent pas mais qui par besoin de mettre du beurre dans leurs epinards, vendent leur prose à la première feuille de chou venue !

enfin, pour finir, je tiens à signaler le numéro special de Libération d'aujourd'hui. spécial quoi ?! ben spécial Angoulème bien-sur. il serait plein d'illustrations de dessinateurs BD.

At'chao !

J-C, 24.01.2002 à 13:2615757
LE MONDE | 24.01.02

Zep, père comblé de Titeuf

Titeuf, écolier naïf, ronchon, blagueur et sensible aux peurs de l'époque est devenu en huit albums le héros d'une BD culte. Son créateur, Zep lui ressemble un peu. Portraits.
Il doit avoir une dizaine d'années. L'âge des pitreries de fond de classe. Il est blond, comme Tintin. Pas bien grand, comme Astérix. Et plutôt maigrichon, comme Spirou.

Mais ses aventures n'en feront jamais un héros sans failles ni défauts. Titeuf est plus modestement le fils de son époque : il a des baskets rouges et des zéros en maths ; il n'aime pas l'injustice, les épinards et les "sandales à doigts de pied apparents". L'univers des adultes l'attire. Surtout les "gros nichons" des "filles à poil". Sa vie est faite de surprises ("trop mortel !"), de colères ("c'est pô juste !") et aussi d'amour (platonique) pour la jolie Nadia. Du coup, sa scolarité en souffre. "Faudrait savoir, objecte l'intéressé... Ils disent que l'école c'est pour s'épanouir dans la tête... Mais si on nous bourre le cerveau avec des formules de maths et des batailles historiques, y a plus de place pour nous épanouir les neurones... C'est vrai, quoi ! Lâchez-nous le slip !"Ainsi parle Titeuf. Ainsi l'adorent les gamins de France.

L'engouement confine au phénomène de société. Sur la seule année 2001, les huit albums de la série se sont vendus à 1,3 million d'exemplaires ; sans compter le Guide du zizi sexuel (plus de 250 000), un livret éducatif destiné aux 9-13 ans. En novembre 2001, le nom de Titeuf apparaissait neuf fois dans le classement mensuel des quarante meilleures ventes de livres en France, tous genres confondus. Pour le prochain album, programmé en août, les éditions Glénat annoncent un tirage d'un million d'exemplaires. Côté produits dérivés, le gamin à la mèche blonde rafle déjà la mise. Il est partout : à la télévision, en jeu de Gameboy, sur des verres, des cahiers, des agendas, peut-être un jour au cinéma... C'est aussi un citoyen du monde, mobilisé contre les mines antipersonnel au profit de l'association Handicap International.

Bref, voilà bien un héros "overmégamortel". Mieux : "mégagénialtop" ! Dans son univers de fiction, Titeuf a un papa attachant mais irascible. Rien à voir, donc, avec son père de chair et d'os, Philippe Chapuis, alias Zep. A 34 ans, ce dessinateur suisse a le sourire facile des enfants de la BD. La douceur de sa voix dénote un calme à toute épreuve ; sauf, paraît-il, quand il monte sur scène, guitare en mains, avec son groupe de rock, Zep'n'Greg. Le reste du temps, il habite une drôle de maison, pleine de disques et de dessins, dans les environs de Genève. Pour y accéder, le visiteur doit franchir les grilles d'un parc public, emprunter un chemin à flanc de colline, monter, monter encore, s'approcher d'une demeure du XVIIIe siècle, pousser la porte vitrée, gravir un escalier en bois, pénétrer dans une pièce mansardée... Des tables à dessiner, un ordinateur, des fauteuils... C'est là. L'antre de Zep. Le cœur du "Titeufland".

Philippe Chapuis, fils d'un policier et d'une couturière, n'a pas toujours été une star de la BD, chef de file d'une bande de dessinateurs (Buche, Tébo, Tehem...) affiliés, comme lui, au mensuel Tchô !. Son succès, qui lui a également valu d'illustrer le dernier disque du chanteur Jean-Jacques Goldman (Chansons pour les pieds), n'était pas planifié. Il ne doit rien à une quelconque opération de marketing à la Disney. Autrement dit, il y a eu une vie avant Titeuf...

L'enfance, d'abord. Plutôt solitaire, dans une cité genevoise. "Philippe sortait peu jouer avec les autres enfants, se souviennent ses parents. Le sport non plus, ce n'était pas son truc. Il préférait rester à la maison et dessiner. A 5 ans, sur les conseils de la maîtresse, nous l'avons inscrit à des cours. Mais, comme les autres élèves étaient plus âgés, cela n'a pas duré." Le petit continue tout de même de dessiner : des cow-boys, des Indiens, ses camarades de classes... A 8 ans, il remporte des concours de BD. Quand la famille va au restaurant, il emporte ses crayons. En fin de repas, les serveuses demandent à garder la nappe.

Arrive l'adolescence. Entre musique et BD, toujours dans le même quartier. Philippe Chapuis a déjà un surnom - "Zep", en référence aux rockers de Led Zeppelin - mais peu de connaissances dans ce milieu, hors de Genève. A peine entré à l'Ecole des arts décoratifs, il démarche lui-même les employeurs potentiels : fanzines, journaux... "A 17 ans, raconte-t-il, j'ai été engagé par le magazine Spirou, à Bruxelles. C'était le rêve, j'avais l'impression d'être arrivé. En trois ans, je leur ai fourni une centaine de pages d'une série baptisée Victor. Mais, au fond, leur ligne éditoriale ne me convenait pas, il était impossible d'évoquer les sujets de société..."

Le tournant des années 1990 s'annonce délicat. Zep a beau multiplier les allers-retours vers Paris - autre place forte de la BD -, ses projets d'album laissent indifférents. Les éditeurs doutent de son talent. L'humour n'est pas dans l'air du temps. Ses parents l'encouragent, mais sans trop y croire. "Nous pensions qu'il bifurquerait tôt ou tard vers le graphisme", confessent-ils. Le jeune homme gagne à peine de quoi vivre. Il boucle ses fins de mois en confectionnant des affiches pour des partis ou des associations de gauche. "Cette expérience a été très enrichissante, assure-t-il. Ainsi, je me suis fait une conscience politique. Ce travail d'affichiste m'a conduit à m'intéresser à toutes sortes de sujets, par exemple le référendum sur l'abolition de l'armée, en 1989."Il gardera de cette période militante un intérêt marqué pour des causes, évoquées ensuite au fil de son œuvre : l'aide aux demandeurs d'asile ; l'antiracisme ; l'intégration des handicapés...

Titeuf, lui, ne fait son apparition qu'en 1991. Et encore, pas en public : juste dans les carnets de croquis de Zep, des livrets intimes que le jeune dessinateur de 24 ans remplit d'idées, de mots, de dessins, sans nécessairement les soumettre à des professionnels. "J'ai tout de suite senti qu'il se passait quelque chose entre Titeuf et moi. J'ai retrouvé le plaisir de la BD grâce à ce personnage libre de dire merde et non pas saperlipopette. Je l'ai montré à mon entourage. Un fanzine suisse a été le premier à le publier."

En 1992, un exemplaire de ce fanzine traîne chez Glénat quand l'un des directeurs de collection, Jean-Claude Camano, le remarque par hasard. "J'étais à la recherche de sujets en prise avec la société, se souvient M. Camano. Or c'était le cas de Titeuf..."Il faut dire que Zep loue alors à Genève un atelier avec vue sur le préau d'une école primaire ! Les gosses jouent et se chamaillent. Zep observe, écoute, dessine. Des souvenirs personnels, extraits des précieux carnets, viendront nourrir ses gags. Le décor, d'inspiration genevoise, pourrait tout aussi bien être français ou belge. Le monde de Titeuf ignore les frontières. Il est peuplé de copains (Ramon, Manu...), d'adultes un peu "nazes" et de filles incapables de résoudre le mystère des mystères : "C'est quoi, faire l'amour ?"

Ce premier album, intitulé Dieu, le sexe et les bretelles, est tiré à 8 000 exemplaires, en noir et blanc. Il reçoit un très bon accueil en Suisse romande, beaucoup plus mitigé à Paris. Explication de M. Camano, éditeur et ami depuis maintenant dix ans : "Les libraires n'y croyaient pas ni la presse spécialisée. Certains le jugeaient vulgaire, agressif. Progressivement, Zep a trouvé un public, en Suisse puis en France. En 1996, tout s'est accéléré et Titeuf a fini par devenir un héros totémique. Au total, nous devons en être à 4 millions d'exemplaires ! Je n'ai pas souvenir d'un personnage aussi fort depuis vingt ans."

Par quel miracle un gamin timide avec les filles (surtout Nadia) devient-il ainsi un "totem" de l'édition ? "En cassant la barrière entre BD pour adultes et BD pour enfants", suggère Buche, un autre dessinateur genevois, auteur de Frankiesnow, personnage très en vogue chez les préados. Au fil des années, l'album de Titeuf est devenu le cadeau star des anniversaires et des premières boums. Les gosses l'adorent, les parents s'en amusent. Zep, lui, n'a pas changé. Et garde sur la vie un regard de gosse : "Une partie de moi-même n'a jamais vraiment quitté l'enfance et reste attachée à des peurs, des envies, des utopies de gamin. Sur certaines choses, j'ai l'impression d'être assez naïf par rapport aux gens de mon âge. Oui, Titeuf, c'est un peu moi... Aujourd'hui encore, des souvenirs me reviennent. Un jour, ça s'arrêtera et il sera temps de passer à autre chose. Mais, pour l'instant, j'y prends encore un plaisir fou."

SA compagne, Hélène Bruller, coauteur du Guide du zizi sexuel, confirme cette dimension autobiographique : "Philippe, c'est Docteur Zep et Mister Titeuf. Quand je venais le voir dans son atelier avec un texte pour le Guide, j'assistais à sa transformation. En lisant, il se mettait à rire comme un enfant en pensant au gag qu'il allait en tirer. Chez lui, tout est spontané." Le graphiste Philippe Valott, un ami des temps difficiles, voit là le génie créateur d'un artiste d'exception : "Titeuf est une œuvre ultrapersonnelle, construite autour de mille influences. Vous ne pouvez pas imaginer le doute qu'il y a derrière cette maîtrise technique. Contrairement à beaucoup d'autres, Zep ne se regarde pas dessiner. Il dessine comme il vit, c'est un prolongement de lui-même, et Titeuf n'en est que la pointe émergée. Sa main va toute seule, comme celle d'un écrivain qui écrirait sans arrêt. C'est un besoin chez lui, ses pensées doivent s'exprimer de cette manière, pas autrement."

Zep est ainsi fait qu'aujourd'hui encore il passe son temps à observer. Tout, chez lui, est source d'inspiration : une école, les magasins, un supermarché... Des enfants passent et il attrape au vol une insulte inédite ("connard du cul !"), une expression ("Génial ! Ça va être superkill !"), il "croque" une scène de dispute ou de rires. Un jour, peut-être, il en fera un gag, une tranche de vie tendre ou cruelle, souvent riche de sens. Ainsi, Zep-Titeuf se dévoile peu à peu : naïf, ronchon, blagueur, idéaliste, rêveur, généreux, indigné par la bêtise des hommes, sensible aux peurs de l'époque (sida, chômage, pollution...) mais tout de même heureux d'avoir dix ans. Quand un conseiller d'orientation lui demande : " Et toi, alors... ? Qu'est-ce que tu aimerais faire quand tu seras grand ?", le pauvre en tremble d'effroi : "Heu... je dois obligatoirement grandir ?"

Philippe Broussard

At'chao !

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