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Tribune et Defouloir [ Discussions générales, Duels, petits jeux rigolos... ] retour forum
 | | J-C, 21.05.2002 à 16:39 | 28572 |
|  |  | il est étonnant de voir à quel point en France la droite arrive à faire une politique de gauche et la gauche une politique de droite. surement la volonté de chacun à ne pas sombrer dans les extrémismes de son bord. remarquez que concrètement je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire. ce qui est vrai c'est que toutes les politiques de gauches poussées ont vidé les caisses et forcées les gouvernements (même de gauche) à faire, au mieux, machine arrière, ou au pire à y mettre un frein. de l'autre coté, une politique de droite trop poussée jete les gens dans la rue (enfin surtout les syndicalistes) qui se sentent oppressés pas le patronat et les riches !! une constante dans tout ça, c'est toujours avec l'argent des autres que l'on veut faire de grandes choses !! ah qu'il est difficile l'art de gouverner !
At'chao ! |
 | |  |  | Aujourd'hui je choisirais uniquement la partie "défouloir" !!
Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir des publicités du genre de celle de "télé 2", reprenant -ici en l'occurence- les images du mur de Berlin. Franchement aller reprendre des images aussi fortes pour le besoin de la pub je trouve ca lamentable. C'est ouvrir la porte à toutes les dérives de ce genre. (à quand les déportés vantant la mousse à raser et la lessive-lave-toujours-plus-blanc). Et puis la chute du mur de Berlin, doit à mon sens, garder une image forte, et non pas être banalisé.
Ah société de consommation...la tentation m'est grande de te cracher mon misérable mépris !! |
 | |  |  | A propos , c'est pas Coluche qui parlait d'extremiste du centre ?
En rapport avec VGE ? non ?
Peut etre me trompe je ...
Manu |
 | |  |  | Mais le pb, c'est que au niveau des partis d'extreme droite, c'est chacun pour ca nation.
Je me rappelle d'une reunion entre Le Pen et le dirigeant d'extreme droite de Russie. Il y a peut etre 10 ans. Ils etaient pathetiques dans mes souvenirs.
Pine Fortuine ( je sais plus comment ca s'ecrit ) etait homo. Vous auriez vu Le Pen associé avec lui ? Pas impossible, ok mais bon ...
Enfin bref, n'oublions pas que tout est relatif.
Pour Le Pen : Jospin et Chirac , soit disant que c'etait un pacte sovieto-communiste.
Pour Laguiller : voter Chirac c'est voter Le Pen.
Bref tout est une histoire de point de vue.
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 | |  |  | | ah d'accord se sont des xénophobes très courageux en fait !! Pour le pouvoir ils sont capables de surmonter leur peur viscérale !! clap clap ! |
 | |  |  | | pasque être au pouvoir c'est mieux que ne pas l'être, peut-être... ;o))) |
 | |  |  | | Excusez moi, mais j'ai encore une petite question. Est ce que vous sauriez m'expliquer pourquoi les partis extrémistes, qui sont contre l'Europe, cherchent aujourd'hui à s'unir et même à accèder à des postes clés de l'UE ?? Je ne comprend vraiment pas...meme si pour certains ce n'est qu'une contradiction de plus, celle-ci me parait particulièrement incohérente, et je ne me l'explique pas. Voilà ! |
 | |  |  | pour moi ce dessin est bcp plus realiste (niark niark niark)
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Le petit dessin d'aujourd'hui publié dans Sud-Ouest.
Sachons critiquer les 2 camps.
Manu
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 | |  |  | | articles très intéressants et disponibles là et pis là et aussi ici et pis ici tiens |
 | |  |  | Au sujet de Thatcher, cela montre le danger de tout privatiser a tous prix. Selon moi, certains grands services doivent rester publics.
Pas de liberalisme sauvage, pitiééééé ;o) |
 | |  |  | Ah, Chirac ! Y'aurait tant à dire sur cet homme. Et BAyrou, alors, que pensez vous de ce "pauvre" Bayrou ? ;o)
Tiens, avez vous lu dans Le Monde les très intéressantes pages sur l'image des présidents ? Sinon, je vous invite à la faire, parce que c'est très bien fait, et ça en dit long...;o)
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Don Lope, c'est ce genre de caricatures auquel je faisais référence. Celle ci date de debut 2000.
Manu |
 | |  |  | | Bien sur, bien sur on peut critiquer le programme des socialistes (aucune mesure sur les retraites par ex, très peu de mesures envisagées sur l'extérieur à part sur l'Europe...) mais à côté de ça, y a pleins de bonnes idées. Et pour commencer, essayer de "mixiser" la population me semble être une des plus positives. Du moins ca me semble vachement plus porteur que la nouvelle formation cycliste de la gendarmerie. On peut toujours opposer à cela qu'on manque de moyens (forcément si les riches payent encore moins d'impots qu'avant...). Ceci dit j'aimerais savoir combien coûterons toutes les mesures sécuritaires qu'on est en train de mettre en place. Et plus encore j'aimerais comprendre en quoi ces mesures sécuritaires vont permettre à Chirac de sauver la France républicaine du monstre borgne (c'était il semblait son objectif), parce qu'il me semble qu'à part accentuer le clivage la politique de ce "cher" énarque ne pourra pas vraiment faire évoluer la situation en bien. On est en droit de se poser des questions sur le programme de certaines personnes qui idolatrent la Tatchter (il doit me manquer un H). Les Blum et compagnie me semblent personnelement être des modèles un peu plus porteurs d'avenir !! Après s'il fallait toujours se contenter d'être réaliste pour faire de la politique, le monde serrait bien triste. Il faut savoir rever pour pouvoir avancer !! |
 | |  |  | Ahhh, une petite polémique ! ;o)) Enfin ! ;o))
Bon, deux trois trucs qui me viennent à l'esprit à propos du PS :
C'est très bien que le PS se dise enfin "de Gauche", même si c'est un peu tard vis-à-vis des Présidentielles (Je rappelle que Jospin avait tenu à préciser durant la campagne que son programme n'était pas socialiste...)
C'est très bien que le PS veuille enfin (re)prendre en compte les inquiétudes et les craintes des ouvriers (c'est Mauroy qui vait critiqué Jospin de n'en avoir même pas parlé durant sa campagne...ce qui avait poussé ce dernier à mettre la fameuse lampe offerte par les mineurs de fond du Nord sur son bureau en bonne place, à l'Atelier...un peu juste quand même comme mesure !)
Bon, cessons de taper sur ce pauvre Jospin qui se repose à l'île de Ré, après avoir passé quelques jours en amoureux en Sicile avec sa compagne (mais bien sûr qu'il en a le droit ;o)
C'est sûr que le nouveau PS, ou plutôt la nouvelle "Gauche Unie" (tiens ça me rappelle la "France Unie" de Mitterrand ça...) a vocation à être dirigée par François Hollande...
Tiens justement, Monsieur Hollande devrait dire à sa chère femme Ségolène Royale de ne plus rien dire jusqu'à la fin des élections législatives, vu qu'elle ne dit que des sonneries depuis le soir du premier tour des élections présidentielles...
Bon, elle est fière d'être énarque, tant mieux pour elle, mais je ne vois pas comment elle peut comprendre les ouvriers et autres électeurs historiques de la gauche en ayant fait l'ENA, en habitant le 7ème arrondissement de Paris, et en allant bosser rue de Solférino...justement dans le 7ème arrondissement de paris ! (oui, oui, je suis mauvaise langue)
Plus sérieusement, je crois que le PS devrait se rendre compte qu'on ne dirige pas un pays comme la france avec des dogmes, fussent-ils de bons dogmes, et qu'il faut un peu faire confiance à ses militants de terrain.
J'en suis désolé, mais la direction actuelle du PS est à côté de la plaque, et elle devra s'en rendre compte rapidement si elle veut reconquérir l'électorat de gauche. |
 | |  |  | la droite n'ets pas proche du peuple, elle se forge juste cet image completement fausse...
Rafarin est de tout sauf de la france d'en bas, il a juste vachement bien travaillé sont image ( il a travaillé pour les pubs du café Jacques Vabre )
c'est un publicitaire pas un politique.
sinon ya qu'a voire leur projet economique, c'est le meme que celui du Medef...
alors les rencontres syndical et le dialogue social aussi c'est pour faire joli... |
 | |  |  | C'est evident, Don Lope, que le PS n'a pas la vocation d'etre le parti des riches ;o)
Mais Quand on voit le FN se reclamer le parti des ouvriers, et gna gna, on se pose des questions.
Et quand je dis : poussons le raisonnement, je signifie poussons le a l'extreme.
Quand a sortir a programme pour les legislatives... Comme a dit je fais plus quel leader de gauche : Maintenant qu'on est sorti du gouvernement, on va pouvoir avoir une politique de gauche.
Mais d'un coté, c'est vrai que la Droite dans son ensemble deviens "proche du peuple" tout a coup , parce qu'elle est au pouvoir. |
 | |  |  | | "Je ne sais pas si tu le fais expres, mais" tu racontes vraiment n'importe quoi. La gauche pour les riches...tu as vu ca ou ?? Je crois que la gauche (enfin au moins le PS) a justement sorti un programme pour les législatives. Tu devrais le lire ! c'est très instructif... |
 | |  |  | Il est peut etre con mais pour l'instant, il se fait aimer par le "bas peuple". Soit dit en passant tres beau concept que le "bas peuple" ;o(. Pareil pour le concept "France d'en haut"
Bref entre une gauche hautaine et pres de la "France d'en haut" et une Droite proche du peuple d'en bas ( virtuellement ou non ), on se demande si Le fameux French paradox .... n'est pas une realité.
Bon maintenant poussons le raisonnement :
Si la gauche est pour les riches. La droite pour la classe moyenne. L'extreme droite est pour ... les pauvres.
Or tous les jours on nous rabache qu'il y a des plus en plus de pauvres en France.
C'est tentant de faire un rapprochement.
Je ne sais pas si c'est lié mais c'est troublant.
Manu |
 | |  |  | | parcequ'il est con mais pas complètement in-con-scient ! |
 | |  |  | | mon "ami Nicolas de l'interieur" qui aime tant montrer qu'il est proche de "ceux d'en bas" en se promenant dans le metro ou dans les cités (acomagné de flics, faut pas déconner non plus) pour montré qu'il se met a la place du francais de base... Pourquoi il demande pas a se faire tiré dessus avec des balles en caoutchouc pour voir comment ca fait ? |
 | |  |  | | Khan gru où vas tu ?? Bourdieu n'a jamais parlé d'un enseignement qu'il faudrait adapter aux plus défavorisés !! Il a seulement fair remarqué que l'enseignement correspondait à une certaine classe. Pourquoi celle là plus qu'une autre ?? Mais parce que c'est la culture des dominants, et que les dominants ont toujours aimé rester dominants. La culture des plus défavorisée n'est pourtant pas à un niveau nul, loin de là. C'est dans notre système qu'elle est considérée comme nul !! Faudrait pas tout confondre non plus. Si bourdieu t'entendais il se retournerait dans sa tombe, le pauvre !! |
 | | J-C, 17.05.2002 à 14:50 | 27924 |
|  |  | don, tu aurais due attendre la fin du sondage avant de poster les résultats, car sinon ça fait pas très sérieux.
ça donne donc :
satisfaisante = 43.4%
insatisfaisante = 42.2%
sans opinion = 14.4%
ça change pas grand chose mais bon !
At'chao ! |
 | |  |  | Ah ouais. Du coup on est d'accord sur toute la ligne.
C'est bien. |
 | | J-C, 17.05.2002 à 11:19 | 27901 |
|  |  | khan guru, je n'analysais pas le texte de Bourdieu dans lâ même perspective que toi, je concluais qu'il ne pouvait-y avoir une façon uniforme d'aborder l'enseignement et qu'il fallait donner plus de moyens à l'enseignement des milieux défavorisés.
At'chao ! |
 | |  |  | Quand je vois le niveau ambiant de compétences, que ce soit dans les classes de prépa ou dans les copies d'élèves qui sont arrivés jusqu'au CAPES, quand je vois la nullité des apprentis d'un de mes amis menuisier qui a des commandes jusqu'en 2004 tant il n'y a plus personne pour faire le boulot, bah je ressent limite une vague sensation d'intense panique. Et puis, je ne suis pas d'accord avec le texte de bourdieu. Je trouve que c'est mieux (je ne dis pas que c'est LE mieux) d'offrir la possibilité aux personnes de milieux défavorisés de toucher à la culture "elitiste", plutot que de considérer qu'il faut se mettre "à leur niveau". Quitte à suivre le raisonnement jusqu'au bout, pourquoi ne pas créer des classes selon le milieu social, et puis d'interdire les musées aux pauvres, les bibliothèques,... On pourrait me rétorquer que ces endroits, on y va par une démarche personnelle, contrairement à l'école, mais il est des milieux où on n'a même pas connaissance de ces endroits, et c'est là qu'on voit le rôle d'acculturation de l'école.
Je ne dis pas que le système actuel n'est pas criticable, je le critique moi-même assez, mais je ne supporte pas cette idée que la culture doit être niée dans le système scolaire. Je suis cependant d'accord quand il dit que la forme pédagogique des cours s'adresse plus facilement à des gens élévés dans des milieux où la facilité de se renseigner, de consulter livres et multimédia, de sortir et d'étudier dans le calme sont assurés. La FORME de l'enseignement doit être revue, mais pas le fond. |
 | | J-C, 17.05.2002 à 8:32 | 27885 |
|  |  | don, je ne préconise pas que l'on ne forme que des plombiers ou des menuisiers, je suis bien d'accord avec toi que le tertiaire est notre seul salut, le coût du travail industriel chez nous étant trop élevé pour concurrencer les pays en voie de développement, mais reconnais que tu ne peux pas pour autant faire disparaitre les boulangers, mécaniciens et autres travaux manuels qualifiés. quand je parlais de chômeurs diplômés, ce n'est pas à celui qui est bardé de diplômes que je pense mais bien à celui qui a son Bac et peut-être 1 ou 2 ans de plus, qui c'est arreté au milieu d'un cursus car ça ne correspond pas a ce qu'il aimerait faire. il y en a plus que tu ne crois.
je suis bien d'accord avec les réflexions de Bourdieu.
At'chao ! |
 | |  |  | allé et pour en rassurer quelques uns ;o))
Question du jeudi 16 mai 2002
La manière dont le gouvernement aborde la lutte contre l'insécurité vous paraît-elle...
... Satisfaisante
| 40.7 %
... Ou insatisfaisante
| 43.8 %
Sans opinion
| 15.5 %
Le monde
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 | |  |  | Maintenant je voulais te répondre aussi JC !! Parce qu' à mon avis tu n'as pas tout à fait raison quand tu dis ce que tu dis. Car les jeunes au chômage sont, on le sait suffisament, ceux qui n'ont pas de diplômes. Les bardés de diplômes, je ne me fais pas trop de soucis pour eux, ils trouveront toujours un job. Et puis il faut encore voir que quand le papy boom va vraiment commencer, il restera qui pour faire leur boulot si tu ne formes réélement que des plombiers ?? hum...D'ailleurs aujourd'hui le seul truc sur lequel les pays comme la France peuvent miser c'est je crois le tertiaire, parce que c'est encore le seul domaine dans lequel on est relativement pas trop mauvais ;o)) Donc si on veut que les jeunes puissent assurer l'avenir des plus vieux, il faudrait peut etre voir à leur offrir des perspectives d'avenir...qui leur convienne !!
Voilà et pis tant que j'y suis, je voulais vous refiler ce petit texte de Bourdieu. Ca fait toujours un peu réfléchir ;o))
Pour que soirnt favorisés les plus favorisés et défavorisés les plus défavorisés, il faut et il suffit que l'Ecole ignore dans le contenu de l'enseignement transmis, dans les méthodes et les techniques de transmission et dans les critères de jugement, les inégalités culturelles entre les enfants des différentes classes sociales : autrement dit, en traitant tous les enseignés, si inégaux soient-ils en fait, comme égaux en droits et en devoirs, le système scolaire est conduit à donner en fait sa sanction aux inégalités initiales devant la culture. En outre, le système scolaire tend à accorder un avantage supplémentaire aux enfants des milieux les plus favorisés parce que le système de valeurs implicites qu'il suppose et qu'il véhicule, les traditions pédagogiques qu'il perpétue et même les contenus et la forme de la culture qu'il transmet et qu'il exige sont en affinité avec les valeurs, les traditions et la culture des classes les plus favorisées.
Pour aller du plus manifeste au plus caché, il faut rappeler d'abord que la culture que transmet le système d'enseignement et la langue dans laquelle il effectue cette transmission sont très inégalement éloignés de la culture et de la langue des différentes classes sociales. Plus précisément, il serait facile de montrer que l'enseignement, et tout particulièrement l'enseignement des lettres s'adresse de façon privilégiée à des enfants issus de la classe "cultivée".... |
 | |  |  | | T'as peut etre pas tout à fait tord Khan guru. Mais t'as t'on jamais expliqué pourquoi la violence dont tu parles nous agresse à tout moment ? Hum...certains te diraient qu'avant il existait des rites qui canalisaient un peu tout ca (tu sais genre on se lève qnd un prof arrive en classe, et des tas de petits trucs comme ca !!). Pourtant faut-il vraiment les rétablir ?? Moi franchement ca m'embeterais bien. La 2nd explication complémentaire, c'est le fait qu'avant les gens savaient exprimer leur mécontentement et leur non accord dans de vrais conflits. Aujourd'hui notre société à fait le choix du consencus. C'est un choix...Après est-ce vraiment le meilleur, je n'en suis pas convaincu !! Le conflit s'oppose à l'indifference, et l'indifference c'est ce qu'il y a de pire...Mais là encore c'est mon avis. Les gens préfèrent bien souvent se voiler la face. Le seul problème c'est qu'un jour ca finira par péter et péter fort. Alors qu'on n'aurait remis les choses au point à chaque fois que nécessaire, c'était pas évident que les choses se déroulent de cette facon !! |
 | |  |  | Moi, sans vouloir faire le vieux dinosaure d'avant guerre (14-18), je trouve quand même qu'il y a plus de violence depuis une dizaine d'année, mais pas seulement la violence "dans les quartiers péri urbains", pas non plus seulement chez les jeunes ou tout ce dont on nous a rebattu les oreilles. Je vais tenter de m'exprimer plus clairement.
Je pense que une partie de la violence que l'on subit découle directement d'une perte des valeurs morales les plus fondamentales (vous voyez l'importance de l'avertissement sur le vieux dinosaure?) et que cela permet l'émergence d'une violence autrefois canalisée par la civilité. De plus, le sexe, la violence morale et physique nous agresse à tout propos, devient omniprésente et par là même dangereuse car sombre dans le domaine du normal alors qu'elle se devrait de rester intolérable. Je trouve révoltant qu'il soit de bon ton d'exposer toutes les parties plus ou moins sordides de sa vie sous prétexte de notoriété. Je trouve extrèmement de mauvais gout que des émissions à grand public mettent dans la bouche de tout un chacun des expressions ou des "synonymes" exprimant à l'origine des insultes de la pire espèce (je pense notament à "l'ispisse de counass" de ben laden aux guignols de l'info qui est quasiment passé dans le langage courant pour designer une fille. Pour ma part, je supporterais mal qu'une de mes soeurs se fasse traiter de connasse, même si c'est "pour rire"). Je trouve insultant qu'on considère que les personnages sordides, mesquins, incultes, vulgaires etc. du Loft2 soient considérés comme la représentation de la jeunesse française. Et je trouve lamentable que les différents ministresde l'éducation nationale aient réussi à suprimer tout ce qui pourrait former l'esprit critique des jeunes, sous prétexte de nivellement.
Et je ne suis pas un vieux dino, je le redis, je l'jure m'sieur le juge.
Tout ça est un peu confus, je le conçois, mais c'est un giga coup de gueule contre une société qui a surmonté des tabous, ce qui est la définition de l'évolution, mais sans en apporter d'autres, ce qui est la définition de la décadence. |
 | | J-C, 16.05.2002 à 12:14 | 27813 |
|  |  | merci, Claude. on est d'accord sur l'essentiel.
At'chao ! |
 | |  |  | merci d'avoir en gros résumé ce qui s'est dit sur "j'ai honte" ;o)))
Mais je ne pense même pas que la tendance actuelle va "rétablir un climat de (fausse) sécurité
pour des personnes qui en ont bien besoin", je pense plutôt que ça va provoquer des flambées de violence encore plus fortes.
Quant à ce que, par provocation je sais bien, tu mets sous la responsabilité de la gauche, par exemple le fait qu'ils (les policiers) ne soient pas là où il faut et préfèrent faire de la prune au kilomètre (ce que à la limite je comprend de leur part, ils ont pas vocation à faire des martyrs non plus les gars), le problème ne date pas des 5 dernières années, faut pas pousser non plus, ça a toujours été plus ou moins comme ça.
Donc, pour résumer, avec la politique actuelle ou telle qu'on veut la mener, on va renforcer la présence de policiers qui ne veulent pas aller dans des endroits où on ne veut pas d'eux. (moi aussi je schématise et je raccourcis a tour de bras (à bras raccourcis mouhahaha)). Y'a pas un problème quelque part???
Pour montrer que le débat ne se situe peut-être pas là où on le croit:
LE MONDE | 14.05.02 | 15h31
La chronique de Dominique Dhombres
Télévision : Vivre ensemble
Cela tombait bien. Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy venaient d'effectuer, devant les caméras de télévision, leur descente de police dans le RER. Hier soir, sur France 2, Arlette Chabot posait à ses invités de "Mots croisés" la question la plus simple qui soit : la droite peut-elle faire mieux que la gauche en matière de lutte contre l'insécurité ? C'est en tout cas sur ce terrain que l'attend l'opinion. "Il n'y a pas de fatalité de l'insécurité, il n'y a qu'un manque d'autorité de l'Etat", déclarait Jacques Chirac le 14 juillet 2001. Le premier devoir de l'Etat est d'assurer la sécurité des citoyens. Les variations sur ce thème central n'ont pas cessé pendant toute la campagne, au point que celui-ci est devenu presque obsessionnel.
On semblait parti, hier soir, pour une répétition de l'exercice un peu lassant sur l'importance respective de la prévention, fille chérie de la gauche, et de la répression, marotte de la droite. Certains ont acquis, dans ce domaine, une dextérité comparable à celle des bons élèves habiles à comparer Racine et Corneille. On avait même droit à un duo des plus conventionnels entre Ségolène Royal, qui énumérait toutes les mesures épatantes qu'elle avait prises quand elle était ministre de la famille du gouvernement Jospin, et Pierre Bédier, maire RPR de Mantes-la-Jolie, qui s'extasiait à l'avance sur ce que n'allaient pas manquer de décider Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy. Bref, cela ronronnait ferme quand on entendit une musique un peu différente. "La vérité, que personne ne dit, c'est qu'on a mis tous les pauvres, tous les immigrés dans les mêmes quartiers", lançait Malek Boutih, président de SOS-Racisme. "Est-ce qu'on veut tous vivre ensemble ?", ajoutait-il.
"Cela fait des années que cette montée de la violence a commencé. Pourquoi en parle-t-on aujourd'hui ? Parce que cela sort en ville, que c'est dans les transports, dans les lieux de loisir. Et, d'un seul coup, la société voit de ses propres yeux ce que les gens, dans ces quartiers, voient depuis des années", expliquait Malek Boutih. On était loin des centres ouverts ou fermés pour les mineurs délinquants ou encore de ce maillage défectueux du territoire entre les gendarmeries des zones rurales et les commissariats des villes qui laisse les banlieues en déshérence. Est-ce qu'on veut tous vivre ensemble ?
dominique dhombres
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 | | J-C, 16.05.2002 à 11:03 | 27809 |
|  |  | c'est connu de tout le monde, et pas nouveau, ça fait des années que tout le monde s'en plaint. on pourrait aussi parler du déséquilibre entre le nombre de policiers par habitant entre les villes (Paris notement) et les campagnes. il vaut mieu être à la campagne, on est mieux protégé ou plutôt plus controllé. mais voilà, quand le gouvernent (quel qu'il soit) se propose de rétablir l'équilibre, c'est la levée de bouclier de la part des flics eux même ??!!!
"faut pas déconner, ça va pas de nous envoyer là où il y a du boulot et où on risque de prendre des coups !! moi je suis rentré dans la police (gendarmerie) pour avoir un travail stable et pénard, pas pour fabriquer de la veuve et de l'orphelin !!"
tout cela bien sur a été renforcé par la volonté (louable) de la gauche de résoudre le problème de la délinquance non pas par la présence policière mais bien par son absence : se sont les flics qui provoquent les jeunes, alors que eux ne cherchent qu'a exprimer leur angoisse de la vie !! (je schématise et je provoque un peu là mais bon) résultat, dehors la police, aller donc mettre des contredances aux "braves" gens, au moins ça rapporte des sous à l'état qui en a grandement besoin.
bien sur, la présence renforcée de l'uniforme ne risque pas de résoudre le problème, qui s'il ne tenait qu'a cela, n'en serait pas un mais disons qu'elle va contribuer à restaurer un climat de "(fausse) sécurité" dans des endroits et auprès d'une population qui en a bien besoin.
et après, me direz vous ! et bien après, le problème reste entier. malheureusement ! le fond du problème est tout de même toujours quel avenir ces jeunes voient-ils dans la société ? bien souvent aucun ! on veut que tout le monde ai le Bac mais pour quoi faire ? chômeur hautement diplomé ! et à coté de ça, on manque cruellement de plombiers, de menuisiers, de mécaniciens, de peintres ... le travail manuel a été tellement dévalorisé dans notre société que forcément, il ne faut pas se poser la question. le problème est tellement vaste, que la conquète spaciale à coté, c'est un picnic.
je ne suis pas très sur qu'un gouvernement de gauche ou un gouvernement de droite puisse résoudre ce problème qui va au-delà des clivages de la vie politicienne qui les anime. seule, à mon sens, une mobilisation générale et nationale peut et doit s'attaquer à ce problème. malheureusement, je ne vois pas cela se dessiner dans notre avenir proche.
pour finir, je voudrais aussi dire que cela ne sert à rien de blâmer le gouvernement actuel, qui n'est là que depuis une semaine, de tous les maux qui nous accablent, et pire de dépeindre un avenir noir qu'il serait sensé nous apporter !!! sans le soutenir, je lui laisse au moins le bénéfice du doute.
At'chao ! |
 | |  |  | Donc, toujours dans le même style...
• LE MONDE | 14.05.02 | 15h31
La chronique d'Alain Lompech
Bleu marine, toutes !
Passant souvent devant l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, fief des catholiques intégristes parisiens, on avait remarqué depuis longtemps que le bleu marine était encore tendance, dans certains milieux.
Ça ne fait rien, Patrick Devedjian, ministre délégué aux libertés locales - faudra quand même expliquer ce que ça veut dire, les libertés locales -, veut en redorer le blason. Il a donc annoncé, sans doute contaminé par le génie raffarinesque de la formule : "Le bleu marine va redevenir à la mode."
Aucune personne sérieuse ne niera qu'il y a un problème de délinquance en France, qu'elle est liée au chômage, qu'elle a peu à voir avec l'origine des habitants qui vivent dans des ensembles construits sans aucun souci d'intégration dans la ville, moches, aussi mal entretenus que les beaux quartiers sont coquets et pimpants. Qui niera que cette délinquance est due au fait que les jeunes qui y vivent sont désociabilisés faute d'avoir pu s'intégrer suffisamment tôt dans le monde du travail ou gagner de quoi vivre pleinement leur jeunesse ? Combien la paire de Nike dans la vitrine ?
Mais agiter ainsi la peur du gendarme a tout de même de quoi inquiéter dans un pays dont la conception en la matière a toujours davantage penché du côté du maintien de l'ordre que vers la protection des personnes et de leurs biens.
Il suffit de marcher, de rouler dans Paris pour s'apercevoir que le bleu marine est omniprésent, voire envahissant, dans certains quartiers. A pied, à vélo, en voiture, ils sont là pour vérifier les papiers des automobilistes, aligner les voitures en stationnement gênant, le soir à minuit, quand personne ne circule. Au même moment, ce sont des citoyens qui vont au-devant des marchands de drogue, à Stalingrad, dans le 19e. Et d'autres qui chassent les prostituées et leurs proxénètes et contraignent la police à s'en occuper.
Cinq dans une voiture pour mettre des contredanses, en pleine nuit, dans un 3e arrondissement désert. Pas un, dans le 18e, le long de la petite ceinture, où tous les habitants savent qu'il vaut mieux éviter de se promener tard le soir. En tout cas, on ne les y a jamais vus.
Sur une route qui conduit de Paris à Dieppe, les gendarmes sont là, le vendredi après-midi, sauf quand il pleut ou fait trop froid. Ils contrôlent les assurances, permis, ceinture de sécurité des automobilistes. Le dimanche après-midi ? Ils changent de côté et harponnent ceux qu'ils ont ratés à l'aller, les bien nommés "j'tarpognes".
Parfois, ils sont à l'ombre, près de la rivière, et contrôlent les habitants d'un village qui empruntent une départementale minuscule pour aller faire leurs courses. Excédé, le maire les en a virés, leur expliquant qu'ils seraient plus efficaces sur la nationale qui traverse le village, trois cents mètres plus haut. Une douzaine de morts en trente ans. Jamais un radar. Moins rentable que sur une autoroute vide, la nuit ?
Ils font aussi subir un alcootest aux jeunes qui sortent d'une boîte de nuit. Pas à la sortie du parking avant l'irréparable, mais quinze kilomètres plus loin.
Prévention/répression, tout est affaire d'équilibre, de missions claires, de comportements intelligents, pas de formules qui ne laissent d'inquiéter.
alain lompech
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 | |  |  | | Mais ce n'est pas le pire tout ça matthieu !! Enfin... le plus inquiétant c'est d'après moi la création de leur putain de conseil de sécurité, présidé par le président qui plus est !!! Y a de quoi se poser quelques questions et avoir quelques doutes sur l'avenir. |
 | |  |  | et la chanson de renaud "ou c'est que j'ai mi mon flingue ?"
"j'peux pas encaisser les drapeau quoi que le noir soit le plus beau
la marseillaise même en regea ça m'a toujours fait degeuler..." |
 | |  |  | | La parodie de Serge Gainsbourg "Aux armes, etc." sera-t-elle censurée sur les ondes? |
 | |  |  | | heureusement que la loi n'est pas encore en vigueur... mais il est jamais trop tot pour se defouler. |
 | | J-C, 15.05.2002 à 12:36 | 27650 |
|  |  | Matthieu, c'est pas parce qu'un con a une idée qu'elle est applicable immédiatement !!
At'chao ! |
 | |  |  | Puisque c'est un défouloir ici, autant en profiter...
Un abrutit de député UDF, viens d'avoir l'idée du siècle. Une peine allant jusqu'a 6 mois de prisons et 6000 euros d'amande pour tous ceux qui manqueront de respect au drapeau tricolore et à la Marseillaise. Pour l'instant seul les militaires sont privés de cette liberté (coucou Guilco)
C'est le temps de l'action avais dit Chirac... L'action pour notre chouette gouvernement c’est pas conduire un projet mais jouer avec les symboles les plus crétins ( et ça se promène dans le RER et ça visite un commissariat…) en prétextant que c’est ça qui va lutter contre le FN.
Ce n’est pas en suivant les thèses du FN qu’on va réduire sont influence. En gros le nouveau gouvernement nous dit : « le FN c’est très très mal mais ils ont raison on va faire ce qu’ils disent »
Bordel de merde quand est ce qu’on va nous dire que le drapeau est moche et con, ne sert à rien, que le problème de l’immigration et avant tout un problème pour les immigrés qui se font jeter de partout ou exploiter.
Ce qui m’énerve prodigieusement c’est qu’on risque de nous prendre cette loi digne du régime de Vichy à cause d’une bande de gros cons de supporters écervelés ou de connards d’indépendantistes qui vont vite rentrer chez eux pour voter pour leur Jean-Marie Le Pen local.
Quant aux sifflets du match France-Algerie, c’était bien fait pour la gueule de tous ces cons qui prédisaient un match de la réconciliation alors que les anciens membres de l’OAS et les tortionnaires de la guerre d’Algérie sont toujours tolérés en France quand ils ne se présentent pas à l’élection présidentielle…
Pour ce qui est de l’application de cette loi, non seulement les supporters s’en foutent et attendrons 5 minutes pour gueuler leurs insultes, mais la loi risque de servir pour coller des procès à des journaux (Charlie en tête) pour censurer des films, des bouquins…
J’ajoute juste que cette loi risque de passer sous la responsabilité de Devedjan, ministre délégué aux LIBERTES LOCALES ! faudra que quelqu’un m’explique la définition de la liberté pour un mec de droite…
Ces salauds vont réussir à me faire regretter les socialos.
Enfin bref, pendant qu’il en est encore temps : Fuck la Marseillaise ! Torchons-nous dans le drapeau !
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 | |  |  | "Le vrai fascisme n'est d'ailleurs peut-être pas là où on l'attend : et ceux qui ont chassé les humanités de l'Ecole et permis que Loft story devienne une réalité banale qui ne scandalise plus personne sont sans doute mal placés pour défendre la dignité des hommes. "L'Histoire a pour égoûts une époque comme la nôtre", disait déjà Hugo. "
Vandale
Il a peut etre pas tout à fait tord le bougre !!
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 | |  |  | | Rien n'est impossible ici Jon !! |
 | |  |  | | De l'humour sur...les Redsox ? ;o) |
 | |  |  | | ah, c'était de l'humour de J-C, strictement intraduisible! ;o))) |
 | |  |  | | l'avant avant dernier message, ou en considérant à partir de celui-ci l'avant avant avant dernier message ! |
 | |  |  | | en francais ca donne quoi ? |
 | | J-C, 08.05.2002 à 13:54 | 26653 |
|  |  | c'était façon de parier, Claude :-))
At'chao ! |
 | |  |  | | ah bin non, on peut pas parier quand ça va dans le même sens ;o))) |
 | | J-C, 07.05.2002 à 17:22 | 26594 |
|  |  | je me doutais bien que tu l'attendais. c'est bien pour ça que je l'ai faite, tu aurais été déçu sinon :-))
moi je parie qu'on en reprend pour 5 ans, de la cohabitation !
At'chao ! |
 | |  |  | celle-là je l'attendais! ;o)))
et pourtant... ;o))) |
 | | J-C, 07.05.2002 à 16:50 | 26591 |
|  |  | conclusion, il faut éviter la cohabitation à tous prix !!
At'chao ! |
 | |  |  | | veuillez lire: "quelques éclairages sur le pourquoi que la cohabitation ça peut aboutir à un bloquage, le problème c'est pas tant gauche et droite en même temps, mais aussi et surtout l'exécutif a deux (grosses) têtes", c'est bien mieux ;o))) |
 | |  |  | | waw ça c'est du message ;o))) |
 | |  |  | quelques éclairages sur le pouyrquoi que la cohabitation ça peut aboutir à un bloquage, le problème c'est pas tant gauche et droite en même tyemps, mais aussi et surttout l'exécutid a feux (grosses) têtes.
"Cohabitation : cinq ans de combat sans merci
Lionel Jospin vient de quitter Matignon. "Le Monde" raconte l'impitoyable combat que se sont livré les deux têtes de l'exécutif. Un jeu auquel Jacques Chirac a été le meilleur.
Plus charmante, on ne fait pas. Ce 14 juillet 1997, Mme Chirac, grande dame, met les petits plats dans les grands et déploie des trésors d'amabilité à la garden-party de l'Elysée en accueillant les Jospin, installés à Matignon six semaines plus tôt par une victoire électorale dont la droite n'est pas près de se remettre.
Présentations par ci, honneurs des salons par là, Bernadette Chirac complimente Sylviane sur sa tenue, pourtant très chamarrée, s'extasie devant le succès de"ce couple de jeunes premiers" et donne le ton : cette cohabitation-là va être formidable. Rien à voir avec le combat de coqs que son mari a connu face à François Mitterrand en essuyant les plâtres, de 1986 à 1988, de cette perversion de la Ve République.
A la télévision, un peu plus tard, le président donne aussi le ton, à sa manière : cette cohabitation sera "constructive". Comme Bernadette, il positive. Mais n'en avertit pas moins : "Je ne crois pas, dit-il, qu'il y ait un domaine réservé ou un domaine partagé. La Constitution prévoit des choses et ces choses donnent, notamment, une prééminence, et je dirais, donnent un peu le dernier mot au président de la République."
"Un peu le dernier mot." Dans cette contradiction - comme on n'est pas un peu enceinte, comment a-t-on "un peu" le dernier mot ? "notamment" une prééminence ? -, tout est dit. Sonné par la défaite des législatives et la colossale bévue de la dissolution, Jacques Chirac entame la troisième année de son septennat dans des conditions cauchemardesques. Chef de file contesté d'une droite en pleine débandade, titulaire d'une présidence qu'il a laissé déplumer tant il se sentait en confiance avec Alain Juppé à Matignon, contraint désormais de collaborer avec un premier ministre socialiste qu'il connaît mal ("Ce Jospin, je ne le sens pas", dit-il dans un aparté rapporté par Raphaëlle Bacqué dans son livre Chirac ou le démon du pouvoir, Albin Michel), mais dans lequel il ne peut que voir le futur concurrent à la présidence, il lui faut relever la tête, arrêter une stratégie - ou au moins en avoir l'air. Alors, en ce pénible 14 juillet, pendant que Bernadette en rajoute sur la pelouse, il rappelle à quoi ça sert un président de la République. Sur quoi il a "un peu le dernier mot": "Tout ce qui touche à la place de la France dans le monde", "tout ce qui concerne l'acquis européen", "tout ce qui touche à la modernisation", tout ce qui relève de "l'équilibre de notre société". Tout, quoi. La liste est aussi longue que cruellement vague.
Deux jours plus tard, au conseil des ministres, il se fait taper sur les doigts. "Il n'y a pas de domaine de la politique française où le président de la République aurait le dernier mot", le tance Lionel Jospin, après lui avoir infligé la lecture des articles 5 et 20 de la Constitution sur les prérogatives du chef de l'Etat et du chef du gouvernement. "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation." Cela dit, le rassure le premier ministre, le président aura toujours "le droit", comme " homme politique", de "porter des appréciations" sur les actions du gouvernement. Trop sympa, ce Jospin.
Cet échange pose le rapport de forces entre les deux hommes au début de la cohabitation : Jacques Chirac en boxeur groggy après le KO, face à un Lionel Jospin sautillant, prêt à lui décocher un uppercut chaque fois qu'il fait mine de se relever. Le président se risque-t-il à critiquer, en novembre 1997, "les expérimentations hasardeuses" des 35 heures ? Quelques jours plus tard, à l'Assemblée, le premier ministre lui renvoie le compliment avec une ironie cinglante : "Il me souvient d'une expérimentation hasardeuse qui a débuté le 21 avril 1997... en matière électorale, à propos d'une dissolution. Les expérimentateurs ne sont pas forcément là où on les croit."
Au cours des deux années suivantes, cette relation va évoluer de manière plus équilibrée à mesure que M. Chirac rétablit sa position dans son propre camp, tandis que M. Jospin, après avoir affirmé sa conception extensive des pouvoirs du premier ministre, affronte l'usure quotidienne de l'action gouvernementale. Au début, le président prédit que Jospin ne fera pas de vieux os : "Il se plantera, confie-t-il. Matignon est un truc à emmerdes et je suis bien placé pour le savoir." Mais en fait de "plantage", c'est la croissance qui arrive, libérant le premier ministre des obsessions budgétaires qui ont étouffé son prédécesseur Alain Juppé, et le "truc à emmerdes" ne le fait même pas trébucher dans les sondages. Parallèlement, l'oisiveté sourit à M. Chirac, qui retrouve dès février 1998 sa cote d'avant la dissolution : 54 % des Français se disent satisfaits de son "action".
En fait, les deux hommes se sont mutuellement sous-estimés. Après le premier round d'observation va donc venir le temps des escarmouches, de moins en moins anodines, de plus en plus rapprochées. Puis les coups de semonce. Jusqu'à la déclaration de guerre, franche et brutale. A la fin de l'année 2000, le conflit est ouvert, quasi permanent : cette fois, c'est clair, les deux hommes se retrouveront face à face à l'élection présidentielle de 2002, à laquelle la cohabitation chère au cœur des Français ne devient plus alors qu'un prélude sans gloire, long, mesquin et laborieux.
Comment en sont-ils arrivés là ? Quelques épisodes marquants, qui ont jalonné cinq ans de partage du pouvoir sous contrainte, éclairent cette inexorable progression vers un duel sans merci. Une cohabitation dont les changements de température se mesurent au baromètre le plus sûr en politique française, celui du 14 juillet.
Le 14 juillet en France, c'est le jour du président. C'est lui qui règne sur ce rituel immuable, la débauche de grandeur militaire française sur les Champs-Elysées, la garden-party immortalisée dans Paris-Match, le sacro-saint entretien télévisé. Le 14 juillet 1998 est encore à classer dans la catégorie des bénins. Cette année-là, Jacques Chirac est occupé sur un autre front, celui de la reconquête du RPR, et Philippe Séguin lui cause davantage d'insomnies que Lionel Jospin. Un autre foyer d'incendie couve : celui des "affaires" que, du financement du RPR jusqu'aux emplois fictifs de la mairie de Paris, le président voit avec terreur lécher les portes de l'Elysée. Et ce surtout depuis que la ministre de la justice, Elisabeth Guigou, dans le rôle de Cruella DeVille qui glace le sang de Jacques Chirac, a averti en mai que le président était un justiciable comme les autres. On a d'ailleurs senti une petite montée de tension côté Elysée ; Dominique de Villepin, secrétaire général de la présidence et artilleur en chef, a rafraîchi ses souvenirs du Quai d'Orsay et transmis à un député obligeant le montant des bulletins de salaire de 1993 à 1995 d'un dénommé Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS... Vous avez dit emplois fictifs ? Une trêve est négociée par M. de Villepin et Olivier Schrameck, directeur de cabinet du premier ministre, et ce dernier demande à ses ministres de s'abstenir de commenter les procédures judiciaires en cours. L'incident est clos.
Heureusement, ce 14 juillet-là, la France voit la vie en black-blanc-beur au point d'imaginer Zidane président, et M. Chirac, qui sait qu'au moins de ce côté-là il n'a pas de souci à se faire, mord à belles dents dans l'euphorie ambiante, soutenu par la fanfare de la Garde républicaine qui entonne avec un sens méconnu de l'à-propos I Will Survive, la chanson fétiche de l'équipe de France. Devant les caméras, le chef de l'Etat célèbre "la France qui gagne ensemble", tourne le dos aux "mesquineries et querelles subalternes". "Nous, le gouvernement et le président réunis, sommes sur le bon chemin", proclame-t-il. We Are the Champions, le soleil brille.
Il brille encore quelque temps. Le chômage recule, les clignotants se remettent au vert. Le 13 janvier 1999 sur TF1, Lionel Jospin, levant la tête du guidon, avance qu'il vit la cohabitation "de façon courtoise, et on peut même dire cordiale".Toujours satisfaits de cette pratique, les Français créditent leur premier ministre et leur président de généreuses cotes de popularité, ce qui ne les empêche pas de renvoyer la droite dans ses filets aux élections européennes. Chirac, on l'aime parce qu'il est "chaleureux", "énergique", "tolérant" - pas parce qu'il est le chef d'un mouvement politique. Or, dans les appareils de droite, la cohabitation commence à lasser.
A la veille du 14 juillet, Valéry Giscard d'Estaing surgit de derrière le bosquet et presse M. Chirac, dans une tribune publiée par Le Monde, de brusquer les échéances pour mettre fin à " une cohabitation longue et consensuelle", celle-là même que Philippe Séguin trouve "émolliente". Le débat du quinquennat a fait irruption sur la place publique. Pour le chef de l'Etat, la marge de manœuvre est étroite : s'il rompt avec la doctrine de la coexistence pacifique avec Matignon, il risque de briser l'image de président de "tous les Français"qui lui réussit si bien. Et puis, confie-t-il à l'époque, "de toute façon, avec 3 % de croissance, les Français sont heureux".
IL affirme donc, le 14 juillet 1999, qu'il ira jusqu'au bout de son septennat, que "le quinquennat serait une erreur". "La cohabitation, ajoute-t-il, ce n'est naturellement pas moi qui l'ai voulue, ce sont les Français." C'est un "moment de la démocratie" qu'il faut "assumer le plus efficacement possible et dans la dignité". Et qui a dit que la dignité empêchait de lancer quelques pétards ? M. Chirac glisse celui de la "cagnotte", que Bercy "met tout son talent" à cacher alors que "les caisses de l'Etat se remplissent de façon exceptionnelle". Jacques Chirac, "reconstruit", a repris du poil de la bête. La guerre du Kosovo l'a remis en selle dans son rôle de chef des armées. Sa courbe de popularité grimpe de 4 points : 64 %, contre 60 % pour Lionel Jospin. "A partir de maintenant, tout ce qui se passe est lié à 2002", affirme un "interlocuteur élyséen" au Figaro. Voilà qui annonce du gros temps.
L'hiver 1999-2000 va le confirmer, sur fond d'"affaires". Le 3 novembre 1999, au lendemain de la démission du ministre de l'économie Dominique Strauss-Kahn, mis en cause dans l'affaire de la MNEF, le député RPR Patrick Ollier interpelle M. Jospin sur ses liens avec la MNEF lorsqu'il était à la tête du PS. Le sang du premier ministre, convaincu que le missile est téléguidé de l'Elysée, ne fait qu'un tour : "Il paraît que vous êtes quelques-uns, riposte-t-il, à faire lire vos questions avant de les prononcer ici afin, j'imagine, de vous assurer de leur parfaite correction grammaticale. Si vous cherchez un système organisé où fonctionnement institutionnel et fonctionnement partisan, où gestion d'une structure et avantages personnels ont été intimement liés pendant vingt ans, ne regardez pas de mon côté."
Le missile va faire quelques allers-retours. Dans un communiqué, M. Chirac "rappelle que la conduite des affaires publiques exige maîtrise et sang-froid de la part de tous les responsables politiques". Jospin manque de sang-froid : l'accusation révèle, en filigrane, la stratégie de l'Elysée, inspirée, disent les observateurs les mieux informés, par Dominique de Villepin (M. de Villepin n'a pas souhaité donner suite à la demande d'entretien du Monde pour cet article), une stratégie fondée sur la psychologie et la personnalité bien plus que sur les positions politiques, et sur la conviction que le point faible du premier ministre, ce sont ses nerfs. Au cas où le message ne serait pas passé, M. Chirac revient sur cet aspect de l'épisode un peu plus tard, lors d'un débat à Marseille : "Un homme doit rester maître de soi, les gens qui s'affolent sont des gens dangereux",souligne-t-il.
Fasciné par François Mitterrand, dont il a récupéré le gourou de la communication Jacques Pilhan, Jacques Chirac applique à cette cohabitation certaines des méthodes qu'il avait observées à ses dépens, comme le jeu de la séduction : il sélectionne dans l'équipe Jospin quelques ministres avec lesquels il fraternise ostensiblement, Claude Allègre, DSK, Ségolène Royal, attentions complices et bourrades viriles. Ce côté "chouette bande de copains" finit par irriter Lionel Jospin, qui rappelle ses ministres à l'ordre : "Arrêtez d'être sympas avec Jacques Chirac,leur ordonne-t-il. Chirac n'est pas sympathique. En rien."
Impossible casse-tête de Lionel Jospin : lui qui sait être "sympa" en privé, mais reste réservé en public, en bon protestant qu'il est, s'est laissé coller cette étiquette d'austère, tandis que rien n'atteint l'image de champion de la chaleur humaine de Jacques Chirac. Tente-t-il d'expliquer qu'il est "un austère qui se marre" ? La formule se retourne contre lui. Après trente mois passés à Matignon, sa popularité reste exceptionnellement élevée, mais Chirac est le roi dans le domaine de la compassion et du contact. "Jospin aime le sport, Chirac aime les sportifs",résume Alain Prost. Noël 1999, ses tempêtes, sa marée noire fournissent l'occasion au premier ministre d'aller au contact du malheur humain dans son rôle à lui, les pieds dans le fioul, mais le président lui ravit la vedette, s'apitoie sur "la famille France" dont il faut "panser les plaies" et proclame solennellement à la télévision : "J'ai demandé au premier ministre d'étudier la possibilité de mobiliser plus largement les moyens dont disposent les armées" - quand ces moyens sont déjà largement mobilisés. Déjà, dans l'avion qui le ramenait de Tokyo quelques jours plus tôt, Lionel Jospin grommelait : le gouvernement "se tape tout le boulot" et le chef de l'Etat en "tire tous les profits".
L'affrontement attendu sur la Corse, en revanche, ne se produit pas. "Jacques Chirac n'était pas déterminé", juge aujourd'hui Olivier Schrameck. La singulière affaire de la paillote, puis la manière dont le préfet Bonnet organise sa défense en jouant de la cohabitation (plusieurs collaborateurs de M. Jospin, dont M. Schrameck, sont entendus comme témoins), l'opposition de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'intérieur, à l'évolution des négociations de Matignon avec les élus corses puis sa démission placent pourtant M. Jospin en position de vulnérabilité. Mais M. Chirac reste prudent. Certes, lorsqu'en février 2001 il refuse d'inscrire le projet de loi sur la Corse à l'ordre du jour du conseil des ministres, suivant un avis préalable négatif du Conseil d'Etat, puis dénonce les "combines" gouvernementales, le ton monte. La Corse ne sera toutefois qu'une "épine dans la cohabitation", dit M. Schrameck au Monde. Pas la pire.
La pire, parce qu'elle se solde par l'échec d'une réforme annoncée, est celle de la justice. De cette réforme, lancée en décembre 1996 avant l'arrivée de la gauche au gouvernement, M. Chirac a revendiqué à plusieurs reprises la paternité, voire la cogestion avec Mme Guigou. Elle comporte trois volets : la présomption d'innocence, les relations parquet-chancellerie et la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui requiert un projet de Loi constitutionnelle, donc la convocation du Parlement en Congrès. Fin 1999, au moment où on attend de lui la décision de convoquer le Congrès, le président est tiraillé entre la grogne de ses troupes au Sénat, qui ne souhaitent pas voter la réforme du CSM, et le risque de passer pour responsable de l'échec, s'il enterre le projet de loi. Le 27 octobre, il se résout à convoquer le Congrès pour le 24 janvier 2000. Mais les adversaires de la réforme restent nombreux à droite, notamment autour de la nouvelle présidente du RPR, Michèle Alliot-Marie, élue sans le soutien de M. Chirac. Voyant la fronde s'intensifier, M. Chirac annonce, le 18 janvier, le "report" du Congrès, puisque "le blocage est avéré". Le premier ministre choisit de ne pas provoquer une crise et accepte la décision du président ; seul le projet de loi sur la présomption d'innocence sera sauvé du naufrage. Ni M. Chirac ni M. Jospin ne sortent gagnants de cet épisode. A deux reprises, dans cette cohabitation, le gouvernement aura dû renoncer à des réformes institutionnelles : celle de la justice et la limitation du cumul des mandats.
L'horizon est donc déjà passablement assombri lorsque Lionel Jospin se rend en visite officielle, mercredi 23 février 2000, en Israël. La politique extérieure est le domaine le plus ambigu de la cohabitation, puisque, si le président de la République y revendique naturellement un rôle prééminent, elle relève aussi des compétences du gouvernement, et les deux chefs de l'exécutif se sont engagés à ce que "la France parle d'une seule voix". Ancien diplomate, M. Jospin ne cache pas son désir d'y exister. "Nous ferions mieux, plus fort, en politique étrangère !", s'est-il exclamé fin janvier lors d'une assemblée de parti. L'Europe fournit plus d'une fois l'étalage de rivalités parisiennes, voire de divergences, sévèrement jugées par nos partenaires, dont on entretient l'illusion que ce jeu de rôles "les amuse".
Bref, lorsqu'il atterrit à l'aéroport Ben Gourion, M. Jospin, encouragé par l'arrivée au pouvoir d'Ehoud Barak - un ami de l'Internationale socialiste -, voit sans doute une chance pour la France de recadrer ses relations avec Israël. Le lendemain, jeudi, au cours d'une conférence de presse, il condamne"les attaques du Hezbollah", "actes terroristes" même lorsqu'elles visent des militaires israéliens. A ses côtés, Hubert Védrine réprime une grimace puis, à la fin, se penche vers lui, ignorant que les micros sont encore ouverts : "Tu y as été un peu fort, lui glisse-t-il. Ici, les mots sont importants." Agacé, le premier ministre lui réplique qu'il entend s'exprimer librement et qu'il n'a que faire de "la langue de bois du Quai d'Orsay", qui, dans la région, évite soigneusement le mot "terroriste". Vendredi, il atténue ses propos en parlant désormais d'"actes de guerre". Mais, à Paris, les hostilités sont déclenchées : vendredi soir, le chef de l'Etat fait savoir qu'il a "demandé au premier ministre de prendre contact avec lui dès son retour". Si ce n'est pas une convocation, ça y ressemble. Dans une lettre que M. Schrameck lit au téléphone à M. Jospin, M. Chirac dénonce l'absence de "concertation", l'expression d'une ligne qui " n'est pas conforme" à la politique de la France au Proche-Orient. "Si Chirac me cherche sur ce sujet, il me trouvera", réplique Lionel Jospin devant ses proches.
Le samedi, l'affaire dérape en Cisjordanie. En sortant de l'université de Bir-Zeit près de Ramallah, où a eu lieu un débat tendu avec des étudiants palestiniens, le premier ministre se heurte à des centaines de manifestants hostiles à ses déclarations sur le Hezbollah. Au moment où ses gardes du corps décident de l'évacuer, une pluie de pierres s'abat sur son groupe. M. Jospin est précipité dans une Mercedes blindée sur laquelle les manifestants s'acharnent avant qu'elle puisse démarrer, criblée de projectiles. Le premier ministre annule une visite du camp de réfugiés de Khan Younès, puis rencontre Yasser Arafat, qui l'embrasse longuement et lui présente des excuses "pour cet incident regrettable". De retour à Paris, M. Jospin décide de ne pas appeler tout de suite le président : c'est ce dernier qui lui téléphone. L'Elysée accuse le premier ministre de "désinvolture". Peu avant minuit, un communiqué de la présidence réaffirme "la constance de la politique étrangère de la France et l'équilibre qui inspire l'action de notre pays au Proche-Orient". A l'Assemblée nationale, le mercredi suivant, M. Jospin maintient sa position sur la vanité d'une politique française d'"équilibre".
Pour la première fois depuis le début de la cohabitation, la France n'a pas parlé "d'une seule voix" à l'étranger. Olivier Schrameck garde aujourd'hui le souvenir d'un "épisode cruellement révélateur de la cohabitation", même s'il considère qu'il n'a pas eu de portée significative à l'extérieur. "C'est une affaire que j'analyse sévèrement", dit pour sa part Hubert Védrine au Monde. Une affaire dans laquelle, à ses yeux, "Arafat s'est mieux comporté que le président".
Au 14 juillet 2000, le premier du nouveau millénaire, trombes de pluie, grand froid. La tension entre l'Elysée et Matignon est désormais extrême, mais les Français n'en sont pas encore conscients. Au printemps, M. Jospin a acculé le président à accepter l'idée du quinquennat - cette fois, l'offensive est venue de lui. Dans l'entretien télévisé du 14 juillet, le chef de l'Etat critique la politique sociale du gouvernement. Trois jours plus tard, le premier ministre y répond point par point, avec cette mise en garde : "Il y aura beaucoup plus à dire quand viendra le temps des débats." Les deux hommes ont pris date.
D'autant plus que les "affaires" reviennent. A l'automne, après un référendum mou sur le quinquennat, une cassette vidéo posthume fait des ravages. Les sondages sont mauvais. Le chef de l'Etat est pressé par ses conseillers de reprendre l'initiative pour dire aux Français qu'il est "temps de passer à autre chose" et d'oublier Méry. Pour redresser son image, il va donc faire ce qu'il fait le mieux, d'autant plus qu'il n'a guère d'autres moyens à sa disposition : aller au devant du "pays réel", parler aux Français, montrer que lui, au moins, est proche d'eux.
La vache folle lui offre une occasion en or. La France est inquiète, les consommateurs ont peur, les mères paniquent à l'idée de laisser leurs enfants à la cantine. Le gouvernement étudie la possibilité d'interdire totalement les farines animales, déjà prohibées dans l'alimentation des bovins et des ovins, et attend l'avis des organismes compétents, qui demandent trois à quatre mois. Jacques Chirac prend la mesure de l'anxiété dans l'opinion et de la lenteur de réaction du gouvernement, auquel il recommande en conseil des ministres, le 25 octobre 2000, l'interdiction totale des farines animales. Lionel Jospin lui fait valoir qu'il entend procéder de manière rationnelle et lui demande de ne pas s'exprimer publiquement sur le sujet.
Le 7 novembre pourtant, sans crier gare, le président convoque les caméras et, sur fond de drapeaux tricolore et européen, demande solennellement le retrait immédiat des farines animales. A Matignon, on hurle d'indignation. Jean Glavany, ministre de l'agriculture, crie au "coup de Jarnac". "C'était un comble pour notre gouvernement de gauche, écrit-il dans son livre Politique folle (Grasset) de se voir ainsi donner des leçons de sécurité alimentaire par un président qui avait tant favorisé la productivité agricole et encouragé l'utilisation des farines animales." Le lendemain, au cours de l'entretien en tête à tête qui précède le conseil des ministres chaque semaine, M. Chirac et M. Jospin ont une explication d'"homme à homme", selon les termes utilisés par le premier ministre quelques jours plus tard, les mâchoires serrées, au sommet franco-allemand de Vittel, devant des dirigeants allemands une fois de plus pris à témoin. Une semaine plus tard, le gouvernement suspend l'utilisation des farines animales.
Plusieurs partisans de M. Jospin voient dans cet épisode un tournant dans la cohabitation - pour le pire. La cohabitation, dit M. Schrameck, "entre alors dans une phase de confrontation plus nette où toute illusion est dissipée sur la bonne volonté de chacun".
Moins policé, Jean Glavany évoque dans son livre "la colère froide" d'un Lionel Jospin "profondément marqué" par un épisode qui "a modifié et dégradé en profondeur les relations entre les deux hommes": le premier ministre a "mesuré combien Jacques Chirac était capable de tout pour gagner une bataille politique, quelles que soient les conséquences pour les citoyens". Dans le camp socialiste, les épithètes d'" irresponsable", de " démagogue", de " voyou", à propos du chef de l'Etat, font désormais partie du vocabulaire agréé. Mais, cette partie-là, c'est M. Chirac qui la gagne. Un sondage BVA réalisé les 9 et 10 novembre révèle que 70 % des Français se sentent " plus proches" de Jacques Chirac que de Lionel Jospin.
Peu après, au moment du congrès du parti socialiste, fin novembre, Lionel Jospin passe à l'offensive en proposant d'inverser le calendrier des élections de 2002, une idée qui fait son chemin depuis un an, mais que M. Jospin n'osait pas toucher. M. Chirac y est opposé. Le "coup" des farines animales a fourni au premier ministre le ressort politique qui lui manquait pour l'imposer ; les socialistes se sont assurés de l'appui des centristes pour faire passer la mesure. "On n'allait pas laisser ce gars nous tirer dessus à la mitrailleuse du haut de la colline", explique-t-il à des visiteurs, selon le livre de Sylvie Maligorne, Duel au sommet(Seuil). Lionel Jospin met à nu, du même coup, ses ambitions présidentielles.
Le printemps 2001, avec les résultats mi-chèvre mi-chou des municipales (la droite maintient son assise électorale en province mais perd Paris et Lyon) et le vote de l'inversion du calendrier électoral, entretient cette atmosphère de bruit de bottes. A l'orée du cinquième et dernier 14 juillet de la cohabitation, la situation est on ne peut plus claire : c'est la guerre. Ouverte, meurtrière. Dès le 9 juillet, le premier ministre prend les devants et intervient à la télévision pour tenter de désamorcer les "bombes" élyséennes attendues.
Le 14, M. Chirac ne déçoit pas : il se livre à une attaque en règle de la politique du gouvernement, qu'il met méthodiquement en pièces dans de multiples domaines, notamment celui de la sécurité, dénonçant l'affaiblissement de l'Etat. "La volonté manque et l'autorité de l'Etat fait défaut", martèle-t-il près de dix fois. Avec, en point d'orgue, une allusion bien sentie à la culture trotskiste de Lionel Jospin. A Matignon, la virulence des propos de M. Chirac surprend et M. Jospin se garde bien de dissuader ses ministres de riposter au "monsieur qui a parlé". Après François Hollande, premier secrétaire du PS, Jean Glavany, monte au créneau et dénonce "le cocktail assez ahurissant d'outrance, d'exagération, de manipulation et de mensonge" du président, qui "a dépassé toutes les bornes".
Entre les deux candidats non déclarés, tout devient prétexte à se hausser du col. A Toulouse, où vient d'exploser l'usine AZF, le président demande que le premier ministre l'attende dans un salon de l'aéroport avec le préfet et en profite pour se rendre seul sur les lieux du drame. Sur fond de 11 septembre et de guerre d'Afghanistan, il annonce le départ des Mirage 2000 français alors que l'opération n'est pas encore bouclée. A Perpignan, le 11 octobre, il inflige à M. Jospin, en marge d'un sommet franco-espagnol, un bain de foule avec vivats assurés par l'organisation locale du RPR. "C'est dégueulasse, non ? s'indigne Lionel Jospin auprès d'un élu régional ami. Tu vois, Chirac, c'est ça. Il joue de tous les registres de la communication." Matignon s'apprête à ce moment-là à lancer sa propre torpille, propulsée par le plus lisse des hommes de la Rue de Varenne, modèle de haut fonctionnaire républicain, l'une des chevilles ouvrières de la cohabitation : Olivier Schrameck, le "dircab" du premier ministre. Son livre,Matignon Rive gauche (Seuil) est un réquisitoire implacable non seulement contre la cohabitation mais contre sa gestion par M. Chirac. L'Elysée se fâche tout rouge et rappelle à l'ordre, dans un communiqué, le haut fonctionnaire qui "ne saurait critiquer les hautes autorités de l'Etat".
Malgré les offensives, les contre-attaques, les explications "entre hommes", les lettres accusatrices, il n'y a jamais eu de rupture de la communication. Il n'y a pas eu de période où "ils" ne se parlaient plus, assure-t-on à Matignon. L'Elysée a présidé à l'affaiblissement de la fonction présidentielle, Matignon s'est résigné à voir l'impulsion de la réforme considérablement amoindrie, mais le traitement des affaires de l'Etat n'a pas été compromis. La France n'a pris aucune initiative diplomatique d'envergure depuis cinq ans, car le compromis ne se prête pas aux grandes initiatives, mais elle a parlé "d'une seule voix". Lorsque s'ouvre enfin la campagne présidentielle officielle en 2002, au terme de près de cinq ans de cet épuisant duel, les "deux têtes de l'exécutif" sont, incroyablement, au coude-à-coude dans les sondages. Obsédés par l'idée de battre l'autre, ils négligent tous deux l'ombre menaçante d'un troisième homme qui s'apprête à surgir."
Sylvie Kauffmann
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.05.02
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 | |  |  | Je crois que Jospin a été beau joueur en se retirant.
Je crois que le probleme avec Jospin, c'est que ses amis et ses ennemis ont l'impression qu'il a craqué. Et si il avait ete presidentiable, aurait il pu craqué ?
Bref il se pose des questions sur l'homme Jospin. Ils se disent : il est vraiment bizarre parfois le Lionel. Ses amis se posent des questions sur leur soutien a Jospin auparavent. Et finalement, ils se posent des questions sur eux meme, sur leurs idees, leurs choix.
Bref ils sont en crise existentiel. Il faut un coupable. C'est soit Le pen soit Jospin ....
Manu |
 | |  |  | Bon j'ai un peu du mal à m'y repérer dans tout ça. Mais à priori ce qui me parait dangereux, ce n'est pas la disparition du clivage droite/gauche, mais plutôt l'apparition d'un nouveau clivage passéiste/progressiste (meme si ces notions ne sont pas tout à fait exactes), parce qu'à partir de là, les partis ne représentent plus seulement des idées, mais surtout des niveaux de capital culturel, ou de capital économique tout court. Et là, ca me parait drolement compromettant pour une vie en société qui se voudrait un minimum égalitaire. Ce qui amène à penser que c'est à la base, donc dans l'éducation que l'on pourrait changer quelque chose. Donc (à défaut d'une VI république) vive les réformes scolaires qui font avancer les choses...Bin c'est pas gagné...
Et euh, encore une question : pourquoi tout le monde reproche à Jospin de ne pas dicter aux gens une ligne de conduite ?? Je comprend vraiment pas en quoi cela semble si important !! Ceux qui ont voté Jospin, sont, je pense, assez lucide pour savoir ce qu'ils le restent à faire au second tout, vous croyez pas ?? |
 | | man, 28.04.2002 à 0:16 | 25741 |
|  |  | Switch : c'est justement ce manque d'une idéologie affirmée, des deux côtés, et surtout de celui de la gauche, qui a provoqué ce raz-de-marée en faveur des partis extrémistes et qui a marqué l'échec de la situation politique actuelle.
C'est vrai que le clivage gauche-droite est souvent source de blocages, et empêche une politique à long terme, surtout pour les sujets qui en ont besoin, comme l'environnement ou l'action sociale. Mais c'est l'absence d'un vrai clivage gauche-droite, et la confusion volontaire de ces deux ailes du paysage politique faite par les partis extrémistes, qui a provoqué la crise actuelle... Tous, Le Pen, mais aussi Laguiller, Besancenot, Chevènement.., ont affirmé que "la gauche et la droite, c'est la même chose". Pour moi, mieux vaut une alternance source de conflits qu'une confusion ne donnant comme point de repères rien d'autre que les extrêmes, et en particulier le FN.
Quant aux partis, ils sont venus naturellement dès le début de la démocratie en France (même avant, si on considère que les trois ordres d'Ancien Régime constituaient des partis). Les hommes ont toujours tendu vers le regroupement en différentes tendances.. Et, excuse-moi, mais le fantasme du "Parti" primant sur tout, du moins en France, c'est bon pour George Orwell. En France, jusqu'à preuve du contraire, ce sont les hommes qui font les partis : De Gaulle, le RPF, Mitterand, le PS, Chirac, le RPR... Je suis d'accord avec toi sur le fait que les partis doivent se remettre en question, et sortir un peu de leur logique partisane, si vous me passez l'expression. ;o))) Mais si tu regardes en arrière, c'était pire avant : au temps de la IIIe République, où les hommes politiques partaient pour des carrières toutes tracées, de conseiller municipal à maire, puis député, puis ministre, ou sénateur pour les ratés. Ca commence à changer, et c'est tant mieux, mais ce n'est pas assez.
Il faut en effet changer la Constitution. J'en ai déjà parlé plus bas, je pensais en effet aux propositions de 6e République, faites par des personnes aussi éloignées politiquement que Le Pen, Montebourg ou Taubira. Pour moi ça ne ferait rien de plus que de modifier la Ve. A part peut-être un changement psychologique, mais bon... est-ce que ça ne serait pas tromper son monde ? Pourquoi pas, alors. Mais il faudrait en effet que ça s'accompagne d'une vraie volonté de se rapprocher du peuple. Autrement dans cinq ans on est bon pour un nouveau Le Pen au second tour... voire plus loin. |
 | |  |  | Euh je precise pour ceux qui la tete en l'air, Don lope ne veut pas une 6° republique avec Le Pen ( enfin je crois ).
Sur la cohabitation, j'etais un peu ok avec don il y a quelques annees.
Mais le gros pb, c'est que le Parti passe avant les idees souvent.
Une cohabitation serait bien pour que a chaque instant, un coté qui a une idee trop extremiste soit inhibé par l'autre coté. Un retrocontrole negatif en quelque sorte.
Mais le probleme, c'est que la regle du tout ou rien est reine.
Les 2 cotés politiques s'entrechoquent non pas a cause de l'idee mais du Parti.
Il est de gauche, il peut pas avoir raison.
Il est de droite, il peut pas avoir raison.
bref au lieu de faire une synthese des 2 partis , on choisit par un jeu de force l'idee d'un parti.
Il y a des "lois de gauche" et des "lois de droite" qui se cotoient mais le melange est incoherent.
Bref ce n'est pas un melange missible, le melange est instable. Il y a risque d'explosion.
Donc ils faudraient une cohabitation avec des personnes humbles qui savent faire passer les idees, le peuple, les priorités avant le Parti.
D'ou une interrogation sur la place des partis...
Ils ont une existence a cause du systeme de deputés si je ne m'abuse. C'est pour ca que De Gaulle, farouchement anti-parti avait du en creer un.
Quant a une 6° republique ... Qui sait ce qu'est la 5° republique ???
Moi je ne sais pas ce qu'est en realité la 5° republique a part ce qu'on nous enseigne : fait par De gaulle, l'article 16 ... Mais comment nous les p'tits francais pourrions-nous differencier une 5° et une 6° republique ???
C'est une idee de demago, je pense cette 6° republique...
6° Republique, c'est beau c'est grand c'est pompeux, mais ca n'a aucune realité pour le simple mortel....
Mais c'est peut etre une necessité cette 6° rep mais la faut etre ENArque pour en comprendre toute la sustentifique moelle...
Je crois que c'est cet article 16 ( plein pouvoir au president de la rep si grosse crise ) qui rend perplexe. C'est la bete noir de Laguiller. C'est surement l'opportunité pour un despote venu au pouvoir.
Pourtant Laguiller ne donne pas de consigne de vote...
au nom du Parti ...
Manu
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 | |  |  | | Enfin tout de meme, changer et remettre en cause la constitution c'est se diriger vers une VI ème république. Et il serait bien tant d'ailleurs. La V ème a bien assez duré. Elle ne correspond plus forcément aux réalités d'aujourd'hui. Alors quitte à changer la constitution, changeons carrément de république au passage. Les amendements n'ont jamais empechés une "coque" de prendre l'eau. Les grands ménages m'ont toujours semblé plus efficace. IL suffit de reconstruire quelque chose de plus moderne, en prenant appui sur les lecons du passé. Ca devrait etre envisageable. On pourrait alors voir la cohabitation comme un enrichissement, plutot que comme un handicape. Enfin...je sais bien que là c'est moins évident. Mais c'est aussi une question de voir les choses positivement ou non ;o)) |
 | | J-C, 26.04.2002 à 16:16 | 25656 |
|  |  | je suis bien d'accord avec vous. je pense toutefois que le véritable problème vient des hommes plus que de la constitution elle même. je crois surtout qu'il faudrait réformer le système de comptabilisation des votes et donner le poids et la signification qu'il mérite au bulletin blanc. pour moi, voter blanc c'est montrer que l'on s'intéresse mais qu'aucun candidat proposé ne fait l'affaire. donner au bulletin blanc sa vraie signification devrait pousser les politiques à se remettre en question alors qu'aujourd'hui, les bulletins blancs sont non seulement mélangés avec les nuls mais sont retirés du total du pourcentage sur lequel est calculé la répartition des votes. c'est pourquoi l'abstention a plus de poids que le bulletin blanc alors que s'abstenir n'est pas une démarche responsable et citoyenne.
la force de la démocratie, c'est l'alternance. or depuis des années, se sont toujours les mêmes têtes que l'on revoit avec les mêmes idées !! les gens en ont marre, d'autant plus marre que les hommes politiques usent et abusent du pouvoir qui leur est confié et qu'ils se sont bien souvent approprié ! leur incapacité à se remettre en question pousse les gens à voter pour les extrèmes afin de leur signifier leur mécontentement. mais même cela, je ne suis pas sur que ça fonctionne car ils sont tellement persuadés qu'ils ne peuvent pas se tromper. il n'y a qu'a voir les débats aujourd'hui : on ne c'est pas trompé, se sont les gens qui ne nous ont pas compris !!!
je suis malheureusement persuadé qu'une fois la tempête passée, chacun reprenne le cap en hissant toute la toile mais sans se soucier de la coque qui pourrie et prend l'eau !!!
At'chao ! |
 | |  |  | Tout a fait d'accord, Man sur tes interpétations et ton analyse des institutions. Il me semble évident qu'il faudra bien que notre système institutionnel évolue, et vite.
Mais cette analyse, si elle est nécessaire, et appelle des réponses appropriées, ne doit pas nous dispenser d'analyser également les dysfonctionnements du système politique français en son entier.
Aujourd'hui, il semble évident que les partis politiques, et les politiques eux-mêmes sont en décalage avec les attentes et les problèmes de la population. Il ne suffit pas de dire "cette fois, j'ai compris", comme l'a dit Chirac hier, pour redonner confiance et espoir aux gens.
Il ne suffit pas de créer un rassemblement présidentiel des partis de droite pour faire revenir les 30 % d'abstentionnistes devant les urnes.
Les partis politiques doivent, d'urgence, se réinventer. Les hommes et femmes politiques doivent, d'urgence, se renouveler. Les idées, elles aussi, doivent être fortes et lisibles pour tous.
Enfin, je crois que la pratique politique elle-même, la morale politique doivent être rétablis, faute de quoi l'extrême droite continuera son ascension inexorable.
Voilà ;o)
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 | | man, 26.04.2002 à 13:35 | 25644 |
|  |  | Pourquoi aussi y a-t-il la possibilité d'une cohabitation, c'est-à-dire d'un exécutif à deux têtes ?
Au départ la cohabitation n'était pas prévue par De Gaulle, qui a été à l'initiative de la Ve république. Il a cependant conservé un exécutif double pour satisfaire à la classe politique qui avait peur de se retrouver avec un dictateur (cf. d'ailleurs la reprise par Le Pen des propos de De Gaulle). Et pourquoi ? Parce que depuis le début de la République, on a toujours eu le fantasme négatif du retour du roi. On a tout fait pour éviter l'émergence d'un pouvoir personnel : on a donc guillotiné Danton, Robespierre, avant que Bonaparte ne s'impose par la violence. Par la suite, second traumatisme : Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en 1848 au suffrage universel, trahit les républicains et rétablit l'Empire. D'où la peur, encore présente en 1962 dans la classe politique, et même dans une partie de la population, lorsqu'il rétablit par référendum l'élection du président au suffrage universel. Par la suite De Gaulle a mené une politique indépendante, avec un gouvernement à sa botte, et un Parlement dont il ne se souciait pas.
Encore aujourd'hui, on a peur de cette dérive autoritaire. Le président de la République, n'est d'après la Constitution, pas l'élément prépondérant de l'éxécutif. Mais qu'adviendrait-il si un homme comme Le Pen arrivait au pouvoir, et décidait d'interpréter la Constitution à son avantage, comme l'avait fait De Gaulle ?
Bien sûr, cette perspective, nous savons tous qu'elle ne se réalisera pas; en tout cas, nous ferons tout pour que ce ne soit pas le cas.
Mais, plus vraisemblablement, que ferons-nous en cas de victoire de Chirac ? Si par la suite la droite remporte les législatives, pas de problèmes (constitutionnels bien sûr ;o). Si c'est la gauche, nous aurons de nouveau une cohabitation, avec tous les blocages que nous lui connaissons. Un changement s'impose.
Mais que faire ? Que ce soit de rédiger une VIe Constitution, ou de réformer la Ve, pour moi cela revient au même. Alors vers quoi se diriger ? Un régime parlementaire ? Non merci. Pour revenir à l'instabilité gouvernementale chronique des IIIe et IVe République... Un régime présidentiel fort ? Dans ce cas-là, on revient au danger dictatorial, et avec un Le Pen dans les parages... Idem pour un Premier Ministre fort, je ne tiens pas à avoir un Berlusconi ou un Hayder à la tête de mon pays. Alors quoi ? Je pense qu'il faut ouvrir les yeux, et voir qu'avec notre tradition démocratique, qui est particulière en Europe (d'ailleurs chaque pays a la sienne), on ne peut éviter la cohabitation ou du moins un exécutif double. Je ne pense pas que ce soit une erreur de la Constitution, ou une aberration. Au contraire, c'est pour moi un moyen très pratique de réaliser un équilibre des pouvoirs, par des représentants émanants tous deux de la nation, mais par des voies différentes. Pourtant, les blocages sont évidents. Comment y remédier ? En donnant plus de poids aux institutions qu'aux hommes. En consultant la population directement dans un premier temps quant à la teneur d'un changement éventuel. Dans un deuxième temps en lui demandant son accord. Je propose quant à moi de donner des "coutumes" à la cohabitation, des règles qui définissent plus clairement, et de manière compréhensible de tous, les domaines d'action du président et du gouvernement, ainsi que leurs rapports. Donnons à l'Assemblée un pouvoir de contrôle aussi fort sur le gouvernement que sur le président.
Cessons de prendre les gens pour des cons. Nous sommes peut-être 80 % des électeurs à dire non au FN, mais il y a 30 % des électeurs à dire non au système politique actuel. Il serait bon de ne pas l'oublier. |
 | | J-C, 26.04.2002 à 10:05 | 25607 |
|  |  | relis l'article don, je ne pense pas qu'il parle d'une 6e république !!! il parle surtout du fait qu'il faut prendre conscience de ce qui ne marche plus et qu'il faut dépasser les clivages et les idéologies étriquées pour enfin aller de l'avant et ne plus inciter les gens à voter pour les extrèmes !!
le problème d'une cohabitation, c'est que le chef de l'état qui est sensé donner les grandes orientations de la politique du pays et le chef du gouvernement, c'est à dire l'executif, et donc qui doit faire appliquer ces grandes orientations ne sont pas du même bord et donc forcement, quelque part ça coince !!! le pire, c'est la cohabitation qui ne tient que par des alliances parlementaires où le gouvernement est obligé de composer avec toutes les tendances de la "cohalition" qui l'a porté au pouvoir car là on tombe dans un système dit parlementaire caractéristique le da 4e république et qui a montré ses limites !
At'chao ! |
 | |  |  | Euh pourquoi la cohabitation serait-elle ce qu'il y a de plus mauvais ??? J'entend ca partout, mais j'ai toujours autant de mal à le comprendre...
Bon euh, sinon, c'est bien joli tout ca, mais en gros ce que ton F. Ewald il propose, c'est une 6eme république. Et ca il n'y avait qu'une seule candidate qui la proposait je crois...Pourtant, la pauvre, s'en est pris plein dans la gueule depuis... |
 | | J-C, 25.04.2002 à 7:46 | 25463 |
|  |  | LA CHRONIQUE DE FRANÇOIS EWALD
Les Echos
Révolution française
Choc », « séisme », « cataclysme », « coup de théâtre », faisaient hier cinq colonnes à la une des journaux qui jouaient la surprise. On avait pu croire que, deux siècles après la révolution de 1789, la France avait appris à résoudre ses problèmes sans crise. Mais un peuple ne rompt pas avec ses traditions si ses hommes politiques ne l'y aident pas. C'est une habitude française qu'elle ne sait se réformer, se transformer, se moderniser que dans des crises. Les dates ne manquent pas : 1830, 1848, 1870, 1934, 1940, 1958, 1968. La révolution, c'est la manière pour les Français de mourir pour renaître, tant les politiques français ont coutume, par crainte même de la crise, de déplacer, de reculer, de décaler le plus longtemps possible le moment du débat. Que les politiques aient pu se déclarer « hébétés » pour les uns ou « incrédules » pour les autres devant le résultat du scrutin témoigne de leur aveuglement.
Cette « révolution » bien française du premier tour de l'élection présidentielle 2002 met en cause le système politique dans sa fonction première : sa capacité à assurer le bon fonctionnement de la démocratie, c'est-à-dire à organiser une représentation politique qui garantisse la cohésion nationale, et évite donc le recours aux extrêmes, c'est-à-dire à la guerre civile. De ce point de vue, le score du Front national, s'il est bien l'expression d'une crise, ne peut en aucun cas s'en prétendre la solution. Le Pen, c'est la prime aux extrêmes, et la mort de la démocratie. Cela signifie aussi que même si, quoiqu'il se prenne à en rêver, Le Pen ne gagne pas l'élection présidentielle, rien ne sera résolu. L'enjeu, pour le vainqueur, n'est plus dans sa victoire, mais dans sa capacité à restaurer une vie politique qui sauvegarde la démocratie en France.
Le succès des extrêmes qui marquent ce dimanche noir - celui du Front national comme des ligues trotskistes - sont d'abord une défaite pour Lionel Jospin et le concept de majorité plurielle. Mais la droite n'en sort pas sauve pour autant. Ces élections marquent le double échec d'une pratique politique et d'idéologies qui n'ont ni su ni voulu se réformer.
Cela marque d'abord l'échec d'une pratique politique marquée par la séparation d'avec les électeurs, la professionnalisation des acteurs, et le parti pris de la communication. La séparation d'avec la société civile a été une constante du gouvernement Jospin qui s'est illustrée aussi bien avec les partenaires sociaux par la crise de la « refondation sociale » que par la défection des mouvements rassemblés autour du thème de « l'antimondialisation ». A ces interrogations, Lionel Jospin n'a jamais répondu qu'en leur cherchant une traduction dans des combinaisons politiciennes plutôt que par une prise en compte du fond. Les militants ont été remplacés par des professionnels pour qui la politique était moins une vocation qu'un métier. D'où cette atmosphère, proprement machiavélique, de luttes pour la conquête et la conservation du pouvoir au sein d'une caste fermée. L'échec est aussi celui d'un discours politique entièrement construit sur le principe qu'il faut seulement flatter les électeurs, c'est-à-dire leur renvoyer ce qu'ils sont supposés penser à l'instant. Mais les électeurs veulent moins qu'on leur renvoie l'image de leurs problèmes qu'on leur apporte des solutions. Ajoutons à cela qu'il s'est trouvé que les marginalisés du système - à droite comme à gauche, François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement - ont passé leur campagne à dénigrer les pratiques de ceux qu'ils ont prétendu « relever ».
Mais cette élection marque aussi une crise idéologique. Et cela concerne plus la gauche que la droite. Elle sonne la fin du socialisme et du communisme. C'était d'ailleurs une anomalie française que socialistes et communistes n'aient pas entrepris, après la chute du mur de Berlin, leur propre réforme. Plutôt que de s'engager dans un processus de refondation comme celui qui a permis la naissance du New Labour anglais, ils ont multiplié les malentendus, les équivoques et les contradictions. Plutôt que de se moquer des politiques de « Troisième voie », les socialistes français auraient pu s'interroger sur la version française d'une gauche moderne. Le Parti communiste est mort. On ne le regrettera pas. La responsabilité de la gauche est que, faute d'avoir organisé sa propre transformation, elle a laissé le vote populaire se tourner, sans honte ni réticence, vers le Front national.
Les socialistes accusent aujourd'hui Chirac d'avoir manipulé le thème de l'insécurité, comme s'il s'agissait de quelque chose de sale à quoi il n'était pas convenable de toucher. Et pourtant cela fait plus de dix ans que sociologues et philosophes avertissent sur l'avènement d'une « société du risque ». Cela fait plus de dix ans que la question des risques - sociaux à travers la mondialisation et la crise de l'Etat providence, économiques avec les crises financières, internationaux avec le terrorisme, alimentaires et sanitaires avec le sang contaminé, la vache folle et les OGM, et aujourd'hui ceux de nouvelles formes de délinquance très traumatisantes - ne cessent d'occuper le centre du débat public. Sur tous ces terrains, la gauche paie ses atermoiements : tergiversations, hésitations, incapacité à tenir une ligne de conduite claire ont permis que se répandent un sentiment diffus de peur. Souvenons-nous de la panique autour de la consommation de la viande de boeuf à l'automne 2000... Qu'a fait le gouvernement Jospin pour répondre au lancinant problème des retraites, devenu toujours plus sensible à des Français à qui on donnait toujours plus de temps libre ? Lionel Jospin a peut-être été sanctionné pour avoir, pour des raisons politiciennes de majorité plurielle, retardé les solutions à des problèmes dont l'urgence ne cessait de grandir dans l'opinion. La « société du risque » attend toujours sa construction politique.
Nous ne sortirons de cette nouvelle « révolution » française que si, à droite comme à gauche, on entreprend un travail de soi sur soi qui permette à de nouvelles formations politiques d'être à la hauteur de la démocratie à laquelle les Français aspirent. Cela prendra du temps. Une période de transition vient de s'ouvrir où Jacques Chirac existe d'abord comme recours. Le pire serait, à droite comme à gauche, que l'on fasse des prochaines élections législatives l'occasion d'une revanche politicienne et par là-même un remake du premier tour de l'élection présidentielle. Une nouvelle cohabitation mettrait aujourd'hui la France à bas. Le 5 mai, Jacques Chirac saura-t-il s'affranchir des solutions partisanes pour former le gouvernement de grande ouverture, première étape de la reconstruction de la France politique.
At'chao ! |
 | |  |  | Quand je pense à vous tous qui dormez bien tranquillement là, faut bien que je me défoule un peu. C'est pas normal d'être la seule à avoir une horloge biologique commplètement dereglée. Je sais vraiment plus quoi faire là. Alors en vaine d'inspiration, je viens blablater par ici, juste comme ca.
Voilà j'étais ravie de vous causer, maintenant, je n'ai plus que 3 heures 1/2 à combler !! |
 | | man, 18.04.2002 à 19:43 | 24803 |
|  |  | | Eh ben ! Ca ne fait que déconsidérer encore plus à mes yeux cet auteur que je n'ai jamais lu pour toutes ces raisons ! ;o)))))) |
 | |  |  | Alors bon, je sais pas si vous avez lu Houellebecq, si vous aimez ou pas (moi j'ai pas lu), mais là voici ce que j'appelle une descente en règle (bon OK c'est un poil long..., mais ça vaut le coup)
Houellebecq et la littérature ?
Écrivain. Romancier. Littérature. Houellebecq. Cherchez l’intrus.
Alors voilà, tout a commencé ainsi : un écrivain(1) sort un premier roman (Extension du domaine de la lutte) qui raille la société de consommation et raconte la solitude sexuelle, intellectuelle et morale d’un homme perdu dans le « monde comme supermarché ». Depuis, on ne peut plus échapper à Michel Houellebecq.
Extension du domaine de la lutte a été publié en 1994 par un petit éditeur de qualité, Maurice Nadeau, après, selon les dires de ce dernier, plus d’un an d’hésitation(2). L’ouvrage devient très vite ce que l’on appelle un livre « culte » - ce qui signifie qu’on en vend peu, mais à des lecteurs passionnés(3). Quatre années passent, le phénomène Houellebecq se développe(4). Arrive la rentrée littéraire de septembre 1998 : son second roman, Les particules élémentaires, est publié par une nouvelle maison d’édition (pas de chance pour Maurice Nadeau !), d’une tout autre importance commerciale et médiatique : Flammarion. La parution de ce roman suscite aussitôt un engouement démesuré : couvertures de magazines, émissions télévisées, interviews multiples. Le terrible « monde comme supermarché» paraît sans doute moins rebutant à Michel Houellebecq lorsqu’il lui permet de faire exploser les ventes de son livre. Houellebecq frôle même le monde comme hypermarché au moment de la remise du prix Goncourt 1998, que de nombreux critiques regrettent de voir attribué à Confidences pour confidences de Paule Constant (Gallimard) plutôt qu’aux Particules élémentaires. Ces mêmes critiques sont d’ordinaire moins prompts à dénoncer les attributions régulières de ce prix à de mauvais livres(5). Mais rendons grâce à leur jugement littéraire : oui, Michel Houellebecq méritait le Goncourt. Puisqu’il a lui aussi écrit un mauvais livre.
Un mauvais livre ? Un livre ? Autour du phénomène Houellebecq, tout le monde oublie qu’il faut parler de littérature(6). On l’accuse d’être réactionnaire, raciste, stalinien, anti-homo, antitout et le reste(7). Comme si cela avait quelque importance. Comme si l’on ignorait que le talent littéraire peut coexister avec la sombre folie d’un homme - voir le cas Céline pour prendre l’exemple le plus connu. Passe encore que des journaux ou des émissions de télévision s’esclaffent sur le thème « ce qu’il est provocant ce monsieur ! » au moment de la sortie du livre. Mais que la Nouvelle Revue Française(8) (revue littéraire) tombe dans le même travers, voilà qui pose problème. Est-ce donc qu’il y a si peu à dire sur l’écrivain Houellebecq, pour qu’après deux questions sur le style (voir plus bas) et sur les personnages, l’intervieweur de ladite N.R.F. ne s’intéresse qu’aux polémiques ?(9) Pour tous ceux qui ne considèrent pas n’importe quelle déclaration fracassante sur Staline ou sur l’avortement comme la marque du génie, voici donc quelques propos sur les romans de Houellebecq et eux seuls.
Houellebecq parle de la médiocrité et de l’absurdité du milieu de l’entreprise (Extension du domaine de la lutte) ; Houellebecq parle du désenchantement de la génération soixante-huit (Les particules élémentaires). Houellebecq établit des analogies entre les histoires qu’il raconte et des théories scientifiques, à l’instar de Primo Levi qui, dans Le système périodique(10), mélangeait ses souvenirs d’Auschwitz et sa vision de la société à ses connaissances de chimiste. Houellebecq a donc de la culture (scientifique et sociologique), de l’idée, et de l’ambition : ses romans prétendent donner une vision globale de la société, ce qui est somme toute assez rare dans la production française actuelle. Mais tout cela réuni ne suffit pas à faire un bon écrivain. Cela fait tout au plus un écrivain plus malin que les mauvais écrivains - titre que nous ne lui contestons assurément pas. Le titre de bon écrivain, quant à lui, ne peut être donné qu’à quelqu’un qui possède un style littéraire. Mais quel est le style de Houellebecq ?
Dans l’entretien qu’il a accordé à la N.R.F., Houellebecq explique : « J’essaie de ne pas avoir de style ; idéalement, l’écriture devrait pouvoir suivre l’auteur dans les variétés de ses états mentaux, sans se cristalliser dans des figures ou des tics. » Pour ne pas avoir de style marqué, pour pratiquer « l’écriture blanche », encore faut-il bien écrire : Houellebecq en est conscient, puisqu’il dit qu’il « essaie ». Il est humble. L’humilité est de courte durée : « Il reste que certains états mentaux semblent m’être assez spécifiques ; en particulier celui qui se traduit par l’énoncé de propositions anodines, dont la juxtaposition produit un effet absurde. » « Par exemple ? » « Dans Les particules élémentaires, on trouve : «Il n’arrivait plus à se souvenir de sa dernière érection ; il attendait l’orage » (p.27). Ou bien : «Où se trouvait la vérité ? La chaleur de midi emplissait la pièce» (p.31) Un peu plus loin : «L’éternité de l’enfance est une éternité brève, mais il ne le sait pas encore ; le paysage défile» (p.43). Dans ces circonstances, j’observe que j’utilise souvent le point-virgule. Je parle en fait d’absurdité par politesse ; je préférerais que ceci soit vu comme de la poésie ». Michel Houellebecq aurait donc comme style spécifique le fait de juxtaposer, à l’aide d’un point-virgule, deux phrases qui n’ont rien à voir, ce qui produirait un effet absurde, ou pour être moins poli un effet poétique. Rappelons qu’il n’est pas l’inventeur de ce procédé littéraire. On peut par exemple citer Franz Kafka : « L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Cet après-midi, je suis allé nager. »(11) Il va de soi que nous n’empêchons pas les écrivains d’aujourd’hui d’utiliser le point-virgule pour juxtaposer deux phrases sans aucun lien. Mais l’effet « je bande ; il pleut » est un peu éculé et facile - en tout cas, pas de quoi revendiquer un style.
Sur le style de Houellebecq, on n’en apprendra pas plus dans la N.R.F. Ayons néanmoins l’amabilité de reconnaître d’autres spécificité que le « ; » au texte des Particules élémentaires. Ainsi l’utilisation des italiques. Page 32, dans un paragraphe racontant une vie banale : « on baise à droite à gauche, en particulier sa femme, qui donne naissance à des enfants ; on élève lesdits enfants pour qu’ils prennent leur place dans le même écosystème [...] ». Ou page 146 : « Bref, là encore, on assistait à un authentique moment de vie réelle ». L’utilisation des italiques produit chez Houellebecq un effet absurde - poétique diraient les impolis. L’italique indique ainsi lourdement combien le mot enfants est saugrenu, faire des enfants cela vous paraît assez naturel oui mais en fait c’est un geste-qu’on-accomplit-sans-se rendre-compte-de-son-côté absurde-et-désespéré. Le narrateur, lui, a le sentiment de ne pas faire partie de cette vie réelle et il en souffre ; il aimerait bien faire partie de cette vie réelle-comme-les-autres-mais-il est-un-peu-décalé-et-c’est-ce-que montre-ce-livre. (Mais ce livre ne s’est pas trop fatigué à le montrer, il a préféré utiliser des italiques). Pourquoi la société de la fin du XXème siècle où le libéralisme fait rage lit-elle pleine de ferveur les livres de Houellebecq, on se le demande donc.
Et les dialogues. Chez Houellebecq, les dialogues servent à délivrer un message. Exemple (Particules élémentaires, page 321) :
« - Ces cons de hippies... fit-il en se rasseyant, restent persuadés que la religion est une démarche individuelle basée sur la méditation, la recherche spirituelle, etc. Ils sont incapables de se rendre compte que c’est au contraire une activité purement sociale, basée sur la fixation de rites, de règles et de cérémonies. Selon Auguste Comte, la religion a pour seul rôle d’amener l’humanité à un état d’unité parfaite.
« - Auguste Comte toi-même ! intervint Bruno avec rage. A partir du moment où on ne croit plus à la vie éternelle, il n’y a plus de religion possible. Et si la société est impossible sans religion, comme tu as l’air de le penser, il n’y a plus de société possible non plus. Tu me fais penser à ces sociologues qui s’imaginent que le culte de la jeunesse est une mode passagère née dans les années 50, ayant connu son apogée au cours des années 80, etc. »
Woody Allen, qui a plus d’humour que Houellebecq, en faisant réciter des dialogues de ce type à ses personnages, rajoutait sur l’écran la mention clignotante : « Message de l’auteur »(12). Sans parler des idées (Auguste Comte et la religion qui n’est que sociale, bla bla bla), on reste confondu par le style. Prenons par exemple un dialogue de même type chez Céline, entre Bardamu et Arthur Ganate, au tout début de Voyage au bout de la nuit, sur la notion de race française :
« - Si donc ! qu’il y en a une ! Et une belle de race ! qu’il insistait lui, et même que c’est la plus belle race du monde, et bien cocu qui s’en dédit ! Et puis, le voilà parti à m’engueuler. J’ai tenu ferme bien entendu.
- C’est pas vrai ! La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français.
- Bardamu, qu’il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n’en dis pas de mal !... »
Et un peu de faux Houellebecq, pour rire et pour montrer combien il est facile d’aligner quelques réflexions théoriques adolescentes sur notre société-qui-change-si-vite mais-heureusement-je-vous-donne-les-clefs pour-la-comprendre-car-moi j’ai-réfléchi :
« - La civilisation qui s’achève a été marquée par un mouvement parallèle d’individualisation forte de la cinéphilie (à travers le magnétoscope, les DVD, etc.) et de recherche de lieux conviviaux pour voir des films sur grand écran, comme les multiplexes qui fournissent de nombreux services. Tu ne crois pas ?
- Tu ne comprends donc pas que ce mouvement est le même ? répondit-il sans cacher son énervement. Il va dans le sens de la maximisation du confort de vision par le spectateur qui ne fournit plus d’efforts cinéphilique. C’est une société où le film doit venir à l’homme, et plus le contraire. »
Rappelons notre propos : Houellebecq peut écrire autant de mauvais dialogues qu’il veut, là n’est pas le problème. Le problème est qu’on lui attribue le titre de (bon) romancier, et que lui-même parle de « poésie » à propos de son écriture.
En fin de compte, qu’aimez-vous chez Houellebecq ?
Les descriptions, le réalisme ? Lisez Manchette, c’est mieux que Houellebecq. D’ailleurs ce dernier le cite (entretien à la N.R.F) : « je connais l’existence d’une veine comportementaliste dans le nouveau roman, dans le polar également ; la jonction entre les deux s’étant faite par l’intermédiaire de Manchette. » Jean-Patrick Manchette, auteur des meilleurs romans policiers français des dernières décennies, a une façon d’écrire tout à la fois extrêmement précise, élégante et ironique - lorsqu’il s’applique, car certain de ses polars donnent l’impression d’être des travaux de commande. Il présentera ainsi un personnage : « L’intérieur de Georges Gerfaut est sombre et confus. On y distingue vaguement des idées de gauche. » Il n’a pas son pareil pour faire entrer le lecteur dans une atmosphère quotidienne : « Et il arrivait parfois ce qui arrive à présent : Georges Gerfaut est en train de rouler sur le boulevard périphérique extérieur. Il y est entré porte d’Ivry. Il est deux heures et demie ou peut-être trois heures un quart du matin. Une section du périphérique intérieur est fermée pour nettoyage et sur le reste du périphérique intérieur la circulation est quasi nulle. Sur le périphérique extérieur, il y a peut-être deux ou trois ou au maximum quatre véhicules par kilomètre. »(13) Le rythme heurté, les répétitions volontaires, l’opposition détail/général, bref les effets stylistiques ne sonnent pas faux : « C’était l’hiver et il faisait nuit. Arrivant directement de l’Arctique, un vent glacé s’engouffrait dans la mer d’Irlande, balayait Liverpool, filait à travers la plaine du Cheshire [...] et, par-delà la glace baissée, venait frapper les yeux de l’homme assis dans le petit fourgon Bedford »(14). Certes Manchette n’a pas comme Houellebecq le désir de raconter le monde d’un point de vue global : il (ne) fait (que) du roman policier. Mais il fait œuvre d’écrivain. Il écrit.
Qu’aimez-vous chez Houellebecq ? L’humour cynique sur la société de consommation ? Lisez Vialatte. Houellebecq s’inspire d’ailleurs grandement (essentiellement dans Extension) de celui qui fut à la fois le traducteur de Kafka et le père spirituel de Desproges. Voici du Vialatte : « Les Parisiens reviennent de vacances. Suivis de leurs chiens et de leurs enfants. Les vieillards poussent l’automobile. Les épouses portent le transistor. Il étonna la vache au sommet du mont Blanc et la sardine au fond de la baie des Trépassés »(15), et du Houellebecq : « Imaginer une famille de vacanciers rentrant dans leur Résidence des Boucaniers avant d’aller manger leur escalope sauce pirate et que leur plus jeune fille aille se faire sauter dans une boîte du style «Au vieux cap-hornier», ça devenait un peu agaçant ; mais je n’y pouvais rien »
Qu’aimez-vous chez Houellebecq ? La poésie ? Lisez Éloges de Saint-John Perse :
Alors on te baignait dans l’eau-de-feuilles-vertes ; et l’eau était encore du soleil vert ; et les servantes de ta mère, grandes filles luisantes, remuaient leurs jambes chaudes près de toi qui tremblais...
(Je parle d’une haute condition, alors, entre les robes, au règne de tournantes clarté.)
Plutôt que Houellebecq page 12 :
Nous vivons aujourd’hui sous un tout nouveau règne,
Et l’entrelacement des circonstances enveloppe nos corps,
Baigne nos corps,
Dans un halo de joie.
Que ceux qui écrivent des poèmes, « Nous lisons des livres mal écrits / C’est la conjonction de nos goûts et des circonstances historiques / Qui font des hommes des êtres perdus mais rêvant encore / Dans un monde parfois sans sexe / Mais toujours plein de supermarchés » n’hésitent pas à les adresser sans tarder aux Editions Flammarion, 26 Racine, 75006 Paris, aux bons soins de Raphaël Sorin, éditeur de Michel Houellebecq. Il se fera sans aucun doute un plaisir de les publier.
Qu’aimez-vous donc chez Houellebecq, puisqu’il n’a pas de style ?
Et d’ailleurs non, il n’y a pas que le style qui manque chez Houellebecq. Le début de cet article laissait supposer que Houellebecq avait une vision globale de la société. Mais cela aussi, c’est faux : Houellebecq n’est pas un auteur qui aurait du fond et pas de forme. Notamment dans Les particules. Il y a en effet, dans Extension(16), malgré les naïvetés typiques d’un premier roman, une idée qui sous-tend le roman, celle de la « lutte » que doit fournir l’homme en permanence pour être comme les autres, pour avoir du travail, une vie sexuelle : « le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte » (p.100). Dans les Particules, cette idée a été remplacée(17) par un salmigondis de Science-Fiction : l’invention d’une reproduction humaine par la science génétique, une nouvelle humanité qui fait « l’effet d’un paradis ». Le héros des Particules lit, au milieu du roman, le slogan « demain sera féminin » dans un catalogue des Trois Suisses (p.153). A la fin du livre, son « disciple » réutilise cette phrase pour vanter la nouvelle humanité imaginée par le héros (p.388). Conclusion qui s’impose : c’est un slogan des Trois Suisses qui fonde la nouvelle humanité - comme tout cela est cynique ! Houellebecq croit se moquer des Trois Suisses ? De lui-même ? D’Aragon(18) ? Du féminisme ? Du post-féminisme ? Des nouveaux mâles ? De rien du tout ? De rien du tout. Autre idée brillante : « Le désir sexuel se porte essentiellement sur les corps jeunes » (19) (page 133), phrase qui prouve que Houellebecq observe notre monde avec finesse, acuité, intelligence. Mais il ne faut pas isoler une seule phrase de son contexte(20), n’est-ce pas, alors prenons tout un paragraphe, quelques lignes plus bas : « la quarantaine venue, les hommes continuèrent dans leur ensemble à rechercher des femmes jeunes - et parfois avec un certain succès, du moins pour ceux qui, se glissant avec habileté dans le jeu social, étaient parvenus à une certaine position intellectuelle, financière ou médiatique ; pour les femmes, dans la quasi-totalité des cas, les années de la maturité furent celles de l’échec ». Certes. Dire que cette observation de la société est celle d’un génie peut paraître, somme toute, assez exagérée. Or les idées « sociologiques » de Houellebecq ne vont pas beaucoup plus loin. Quant aux idées « scientifiques » sur la génétique, elles sont du niveau de n’importe quelle interview d’un chercheur dans un magazine.
Alors qu’aimez-vous chez Houellebecq ?
Ce qu’on aime chez Houellebecq, c’est le roman de gare.
Michel Houellebecq est sans nul doute un très mauvais écrivain, ses phrases sont lourdes et dénuées de grâce, ses personnages insipides et mécaniques. Ce commentaire, c’est celui que fait Houellebecq lui-même à propos d’Aldous Huxley(21), auteur de science-fiction. Dominique Noguez(22) lui écrit à propos des Particules sans réaliser ce qu’il devrait en déduire à propos du talent de Houellebecq: « on pourrait se risquer - encouragé par certains passages - à dire que c’est le livre qu’Aldous Huxley aurait pu écrire sur son frère Julian, façon de souligner que c’est un livre d’un genre extrêmement rare, du moins en France. » Et c’est vrai que les auteurs de science-fiction, aux phrases lourdes et dénuées de grâce, aux personnages insipides et mécaniques, sont trop rares en France, et pourtant ô combien utiles lorsqu’avant de prendre son train, on cherche de quoi ne pas s’ennuyer trois heures durant.
Michel Houellebecq est donc un bon auteur de romans de gare, science-fictionnesques, sexuels et sociétaux. La postérité qui - à la différence de Bernard Pivot, Philippe Sollers et Les Inrockuptibles - ne se trompe pas, ne lui pardonnera pas son absence de talent. Même si les ventes ne faiblissent pas.
Continuez de vendre, Michel Houellebecq, le monde comme supermarché vous remercie. Mais la littérature ?
Raphael Meltz
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