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© Adverse

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Mnémopolis
ScénarioRojare Françoise | Roche Maurice
DessinRojare Françoise
CouleursNoir et Blanc
Année2016
EditeurAdverse
SérieOne-shot !
Bullenote [détail]

 

1 avis

docteur C
Mnémopolis est d'abord parue dans la revue Change n°5 (en 1970), revue menée par Jean-Pierre Faye, issue d'une scission d'avec Tel Quel, d'une brouille de Faye avec les rédacteurs de Tel Quel (il y a des textes publics qui documentent cela, articles de presse dans L'Humanité, etc.).

Il faudrait faire sentir la tension critique présente dans ces revues ; j'évoque le carnavalesque que Julia Kristeva va chercher chez Bakhtine écrivant sur Rabelais, j'évoque la pensée de Derrida qui s'y déformera, forgera ou affinera certains de ses concepts, de l'écriture notamment, dans Tel Quel, influences tissées-tendues dont la pelote ne pourra être déroulée ici.

Donc Jean-Pierre Faye, dans la revue Change, publie une bande dessinée adaptée du Compact de Maurice Roche. Ce numéro la dote d'ailleurs d'un appareil critique, tous les textes qui la précèdent - hormis le premier de Faye - sont composés avec cette bande dessinée, jusqu'à son titre : « Le dessin du récit ».

Faye dès l'ouverture de son article écrit d'ailleurs joliment - hasard peu probable : « Se souvient-on de ce que le Narrateur - gnarus, celui qui sait - est mot à mot l'opposé de l'ignare, qui ne sachant rien ne peut raconter ? ».

Rappel important car le Compact de Maurice Roche est la narration fragmentée d'un corps, et de ce corps, Mehdi Belhaj Kacem écrit dans son commentaire du Compact édité par Tristram (en 1997), qu'il est « [...] pratiquement impotent, le plus souvent couché, ne coïtant qu'avec une poupée gonflable, et surtout aveugle : cette cécité va être primordiale car elle va agir comme la chute d'un préjugé, celui de la vue, et notamment la façon de voir le corps : pour ce corps qui ne se reconnaît plus dans les définitions existantes la cécité va occasionner une vision plus profonde que les visions courantes , et c'est ici la voix, non la vue, qui va faire voir le corps comme on ne l'a jamais vu : c'est dans cette voix que le corps se dessine et se précise pied à pied, se déploie dans tout le mouvement que la vue ne sait pas enregistrer - cartographies de couleurs, chorégraphies de sons, diagrammes d'intensités pures - douleurs (« doux leurre ») qui deviennent comme des grésillements d'ondes radios à capter ou conjurer, à agencer et disloquer ; c'est grâce à un corps aveugle que nous comprenons que le corps strictement visuel, cet ensemble organique que nous croyons définir exclusivement par « corps », ne fait que rabattre ce dernier spatialement, et le circonscrire dans une « réalité » beaucoup plus réduite que celle qui est effectivement la sienne [...] ».

De ce Compact Françoise Rojare a donc entrepris la « traduction graphique » d'un « fragment ». Or qui est Françoise Rojare ? Nul ne le sait. Existe-elle même ? Autrice d'une seule œuvre, cette Mnémopolis, référencée pour quelques maquettes de couverture dans les années 1970 à 1990, elle est, comme sujet, comme autrice, un quasi-fantôme.

Compact est le roman polyphonique - de plusieurs voix, distinctes par leur typographies et leurs couleurs (ici « couleurs » recouvrira tout autant la matérialité de l'impression du texte que le timbre, l'intensité, le registre de chacune de ces voix)-, de grésillements, textes trouvés, cartographies imaginaires, voix prises dans le corps d'un gnarus aveugle. Musicalité de l'écriture qui n'aura pourtant pas du tout le lyrisme des madrigaux renaissants ou baroques - desquels Maurice Roche, musicien et mélomane, transpose les modes dans une écriture intensément moderne - ou anti-moderne comme Compact serait un anti-roman, c'est-à-dire dans la chute du sujet plutôt que dans la constitution de son identité au monde, d'un récit ordonné du monde par un narrateur voyant son « corps » comme unité.

Ne serait-ce qu'envisager une mise en dessins, en bande dessinée, d'un tel roman, a quelque chose d'une rare intensité.

Les planches de Mnémopolis sont à la hauteur de cette intensité, elles transcrivent en dessins une multiplicité de voix, dans une forme de partition de ces voix, plus ou moins visible - premières pages aux portées noircies -, dans des strates et des registres qui s'accompagnent, dans des diagrammes pulvérisés et des cartographies réelles et imaginaires - de Paris, de Papeete -, dans une mise en images des jeux de mots - charades mortuaires, qui traversent Compact. Il faut aussi noter ce qui est dessiné de ce corps pulvérisé : son crâne (la chambre d'écho) revenant sous diverses formes, le tracé de sa main - souvent squelettique, ses organes comme des bulles de savon à peine assemblées ; c'est ce corps aveugle sans unité de temps et de lieu que Françoise Rojare déroule par le dessin tout au long de cette bande dessinée.

Mnémopolis serait la partition sans règle des grésillements modernes qui prennent un « corps » pour le souffler.

Et pour citer une seule fois le Compact de Maurice Roche (hors du fragment rattaché à Mnémopolis) :
tu seras une tache de silence s'étendant à tout, réduite à rien — découpée à même la nuit, (« HIÉROGLYPHE D'UN SOUFFLE ») marionnette — l'ombre qui tourne du mobile miniature anime (la chromophotographie accrochée sous le baromètre :








Gembakou — lieu de souffrance) l'image d'une ville rasée, en cendres — pulvérisée, ramenée à son épure1

Qu'Adverse publie ces planches amputées de tout appareil critique leur donne une autre couleur, les constituant en un livre ; mais les arrachant à ce tissu dans lequel elles se sont produites, ouvre grand la porte à la critique BD bavante et sourde.

1) Version originale de Compact, 1997, coll. La petite école, éditions Tristram, p.134
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