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© Crayon vert

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De Mémoire de loup
ScénarioMonfort Serge
DessinMonfort Serge
CouleursMonfort Serge
Année2015
EditeurCrayon vert
SérieToupoil, tome 4
autres tomes1 | 2 | 3 | 4
Bullenote [détail]

 

1 avis

Mr_Switch
Aussi loin que je me souvienne, je me suis intéressé aux noms des auteurs de bandes dessinées que je lisais. Parfois c’était le manteau de mystère que revêtait une signature qui attirait mon attention. Enigmatique « Rosy » en couverture de tel Spirou et Fantasio. Cependant, un vecteur annexe était déterminant et jouait durablement sur ma mémoire associative : la télévision, et plus précisément les publicités qu’elle nous propose gracieusement. C’est avec sourire et délectation que je peux vous dire, plus de 25 ans plus tard, que mes Copains des Tilleuls étaient colorisés par Anne de Chambourcy ! Oh oui ! La crème des auteurs, à n’en pas douter.

J’ai découvert la série Toupoil à la bibliothèque, au mitan des années 2000. Une série récompensée mais étonnamment bien absente d’Internet, à l’époque. Cette bizarrerie ne pouvait que me rendre sympathique le triptyque. L’éditeur, Keit Vimp Bev, était inconnu au bataillon. Son nom singulier, du breton bien sûr, aiguisait délicieusement ma curiosité.
Et surtout, bien sûr, difficile pour moi de résister à la bonne bouille de Toupoil. Un chien qui a du chien.
L’auteur de Toupoil ? Serge Monfort, pardi ! Car « Monfort, c’est mon faible », comme nous expliquait un spot télé en 2008, à l’époque où je découvrais le troisième tome. On a les moyens mnémotechniques que l’on peut, disais-je !
Oui, ce jeu de mot, basé sur une antonymie factice, parait bien faible. Il n’en reste que mieux en tête, hélas.

Nous voilà en début 2016 et cela fait quelques semaines qu’un quatrième tome, édité par l’auteur lui-même, a enfin pu sortir de sa tanière, après une hibernation forcée. Et à la lecture de cette nouvelle aventure, un élément s’impose à l’esprit : notre héros Toupoil est lui-même intrinsèquement un jeu sur des antagonismes. Non pas un jeu sur les mots, évidemment ; un jeu sur les apparences.
Toupoil est sauvage et fuit l’Homme. Pourtant, Toupoil a les atours du plus urbain des toutous.
Toupoil doit survivre en forêt, se terrer. On s’attendrait à suivre une ombre serretée ; Toupoil est lumière et rondeur.
Je connais peu d’aussi évidente représentation d’un meilleur ami de l’Homme que cet humano-sceptique.

« Monfort, c’est mon faible », donc. Quelle bonne mémoire, ai-je ! N’est-ce pas ? Bof. En réalité, j’amalgame deux publicités. Si ce slogan me trotte en tête, c’est l’image animé d’un autre produit que je visualise : un spot publicitaire pour le fromage Saint-Agur. Vous savez, celui qui est Si Fort Si Fondant. Un jeu sur les antagonismes. J’y reviens toujours.
Dans ce film publicitaire, on voyait une prairie montagneuse s’ouvrir puis se refermer.
Et Toupoil, c’est encore ça : un chien fort qui fait fondre, dans un cadre montagneux !

Evidemment, que ce cabot soit en apparence un paradoxe sur pattes n’a rien d’involontaire. En associant son image domestique à une vie sauvage, il se fait passeur, médiateur, entremetteur. Oui, il est littéralement une interface.
Car il s’agit bien de cela quant à la volonté de la série. L’idée n’est pas de faire une grande aventure, en associant à chaque tome un célèbre animal sauvage (la loutre, l’ours, le lynx et ici le loup). Le but serait plutôt de suivre un animal sauvage donné le temps de quelques jours pour mieux les présenter, lui et la grande question environnementale dont dépend sa survie. Le soupçon d’aventure est le liant qui permet à la sauce de prendre.
La série ne fait pas semblant d’être didactique. Elle le fait agréablement. Oui, le schéma narratif est volontairement simple. Il est au service du message1.
En effet, ce quatrième tome délivre résolument un message, en cela que le ton se fait d’autant plus engagé. C’est que plus de vingt ans après la parution du premier tome, tout ne va pas en s’améliorant2.
Toupoil donne-t-il l’impression de perdre de son optimisme ? Peut-être. Il transpire de cette quatrième mission sans doute une perte de confiance en l’Homme de plus en plus indélébile. C’est un parti pris vraiment marquant, qui singularise cette série. Par ailleurs, Toupoil, en sa condition de chien, ne se place pas comme autorité au dessus du jeune lecteur ; la série échappe ainsi à tout paternalisme.

Notre animal n’est pas ennemi de l’Homme. Il n’est pas ami de l’Homme. Il se met en retrait de l’Homme.
Il ne saurait donc être l’ami du lecteur - humain jusqu’à preuve du contraire -, n’est-ce- pas ? Mais non, pas de problème ! Certes il est explicitement sceptique devant l’humain adulte, mais implicitement l’enfant humain n’est pas concerné ! Ainsi la série s’adresse bel et bien aux enfants. Un véritable cas de bande dessinée destinée aux enfants, et à eux seuls !
Toupoil permet de mettre en interface le jeune lecteur et sa découverte d’une existence sauvage.

Toupoil. Je le qualifiais de « chien qui a du chien » à dessein. Ce pourrait être un parangon canin : ce n’est un chien racé, ce n’est pas un molosse ni un chien-chien. Ce serait une synthèse des justes milieux canins, s’il n’était son propre maître.
Toupoil, animal autonettoyant : ce chien gîte en forêt, il est propre et brillant comme un sou neuf.
Toupoil, dont on connait peu son quotidien entre deux albums (ce chien est un animal errant, une nouvelle aventure le sédentarise un temps. Chaque tome est donc une parenthèse dans sa vie routinière)
Toupoil, le contre-exemple d’un tigre de papier : un chien d’apparence inoffensive mais un vrai castar en réalité. Pour le bon mot disons : « A la bagarre, il sait donner de bons coups de pattes, sous ses airs de bonne pâte. »
Toupoil, Toupoil, Toupoil ! Eh, oui. Le quatrième tome traite de la cause lupine, vous l’aviez compris, et je n’ai pourtant pas encore écrit le mot « loup » de manière significative.
Eh bien pour découvrir comment et pourquoi Toupoil va aider une louve, courrez lire cet opus3 ! D’ailleurs s’agit-il simplement d’une histoire de loup ?

Une autre raison, et sans doute la plus symptomatique, est que notre héros est tellement lumineux qu’il peut faire de l’ombre aux autres protagonistes4. C’est là un petit bémol : Toupoil n’est finalement pas si bon médiateur que ça ; l’attention se fixe sur lui…

Oh bien sûr, je pourrais souligner quelques autres petits regrets. Ainsi, certaines simplifications graphiques ne sont pas très heureuses (par exemple, le bout des pattes de nos canidés en couverture me gêne). L’impression quadrichromique ne rend pas toujours hommage au dessin en couleur directe : certaines cases apparaissent floues.

Enfin, Serge Monfort propose de petits détails anodins mais non anecdotiques. Par exemple, le nom de la louve qui aura besoin d’assistance est « Loba ». Plus que l’étymologie transparente, c’est la graphie utilisée qui interpelle : le o est surmonté d’une paire d’oreilles. C’est simple mais j'aurais adoré cette petite valeur ajoutée, enfant. Qui plus est, c’est une façon efficace de faire de ce nom « Loba » un nom donné à un loup par des loups, et exprimé en langage lupin : sa graphie échappe en quelque sorte à toutes écriture et compréhension humaines.

Au fait, si la série respire l’air pyrénéen, la série (éditée donc maintenant par le Crayon Vert) est « créée éditée imprimée en Bretagne ». Une raison de plus de tenter l’expérience. C’est bien connu, La Bretagne, ça vous gagne !

1) Et accessoirement l’œuvre a le mérite de ne pas tomber dans le piège de la série de gags peu drôles et au message obscur…
2) On notera d’ailleurs que le titre de ce quatrième tome rompt avec les précédents, d’une part en évoquant un concept plus qu’un animal en soi et d’autre part en invoquant indirectement le passé. J’y ai senti comme une brèche dans la volonté optimiste de la série.
3) qui contient de surcroit un dossier documentaire de 5 pages sur le loup gris d’Europe
4) Notre chien aide d’ailleurs pour la première fois un animal, et adulte et de même taille que lui…
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