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MW
Dessin et scénario : Tezuka Osamu

MW, terminé


Volume 1 - 2004

Volume 2 - 2004

Volume 3 - 2004

 

1 avis


Herbv
Il y a une quinzaine d’années, les habitants d’une petite île du Japon sont tués par une fuite de gaz militaire américain, le MW, dont le pouvoir destructeur est sans pareil. Fuyant le scandale que cela aurait provoqué, les autorités japonaises, en concertation avec l’armée américaine, ont étouffé l’affaire. Pourtant, deux enfants ont survécu car ils jouaient dans une grotte au moment du drame. En grandissant, l’un des deux a juré de se venger des responsables en employant tous les moyens possibles, allant du chantage affectif au meurtre en passant par les enlèvements et les usurpations d’identité. En effet, Michio Yuki profite de l’amour charnel que lui porte le père Garai, prêtre catholique, ancien loubard et qui, surtout, se trouve être l’autre survivant de la tragédie.

Le récit est ancré dans la réalité de l’époque. Le gaz MW fait référence aux bombes chimiques et nucléaires entreposées à l’époque par les Américains au Japon, ainsi qu’à la guerre du Vietnam. La société japonaise urbaine et moderne des années 1970, sous influence occidentale, est immédiatement reconnaissable notamment grâce aux vêtements portés et à l’architecture de Tokyo. Il s’agit d’un thriller contemporain à sa période d’écriture. Écrivant pour public de jeunes adultes, Tezuka ne fait pas appel au burlesque comme il a l’habitude de le faire pour ses récits à destination d’un public plus jeune, ni à son « star system » (à une exception, notable, près). Il en résulte une tonalité très sombre, une sorte d’Alabaster (qui a été créé quelques années auparavant dans un support shônen) en plus poussé et plus adulte.

Surtout, le sexe a une importance centrale dans cette histoire. En effet, Yuki utilise ses charmes, aussi bien auprès des hommes que des femmes pour parvenir à ses fins. Il couche sans hésiter avec qui peut lui servir. Pourtant, il semble y avoir plus que cela avec Garai. Malheureusement, Tezuka ne sait pas dessiner de corps dénudés, et ses hommes comme ses femmes ne sont pas sexy alors même qu’ils et elles sont censés être beaux. Par contre, la laideur physique et morale des différents politiciens mis en scène est bien rendue. Il faut croire que c’était plus facile à reproduire. L’homosexualité tient donc une part importante dans MW, mais celle-ci est surtout une pratique sexuelle.

Il faut bien comprendre qu’être gay n’est pas un choix de vie au Japon (même si c’est moins vrai ces dernières années), surtout pas dans les années 1970 alors que même les mœurs se sont quelque peu libérées, surtout sous l’influence de l’Occident (alors que ce même Occident était à l’origine d’un puritanisme inconnu du Japon avant l’ère Meiji). L’homosexualité se vit donc cachée et consiste surtout en des rencontres avec d’autres hommes la nuit, parfois dans des quartiers comme celui de Ni-chôme à Tokyo. MW retranscrit assez bien cette obligation de placard. Le père Garai, outre le fait qu’il est un prêtre catholique, ne peut pas avouer à la police qu’il entretient une relation charnelle avec Yuki. D'ailleurs, ce dernier passe aussi pour être un homme plaisant aux femmes, peut-être parce qu’il est un peu efféminé. Pour les deux hommes, il est donc inconcevable de s’afficher ensemble.

D’une façon typique aux années 1970, l’homosexualité est d’ailleurs présentée de façon très négative dans MW. Comme on peut le voir dans les shônen-ai de l’époque (un type de shôjo manga se focalisant sur les amours homosexuelles masculines), les relations sont ici dramatisées à l’excès. Nul doute que ce que recherchait Tezuka était de donner plus d’efficacité à son récit plutôt que de stigmatiser le fait d’être gay. Il en ressort une certaine ambivalence, comme dans le shônen-ai : la visibilité donnée à l’homosexualité compense-t-elle le fait que ce sont des relations dramatiques qui débouchent sur une fin malheureuse ? C’est à chacun de se faire sa propre opinion.

D'autant plus que l’on peut considérer que dans MW, aussi bien Yuki que le père Garai seraient plutôt bisexuels, étant donné leurs relations sentimentales avec des femmes. N’oublions pas que Yuki est aussi un maître du travestissement et qu'il semble avoir quelques pulsions zoophiles. Tezuka brouille ainsi les représentations que l’on pourrait se faire des deux personnages principaux. C’est ce flou sur la catégorisation des orientations sexuelles, voire du genre de Yuki-même, qui est le point fort du titre. Car, malheureusement, le récit contient trop de surenchères et de rebondissements, trop d’exagérations pour garder de bout en bout son efficacité (le grave problème de rythme à partir du milieu du tome 2 n'améliorant rien). L’histoire aurait gagné en efficacité si le mangaka avait supprimé quelques passages. Il en résulte néanmoins une œuvre intéressante et assez particulière de Tezuka.
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