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lanjingling, 01.06.2018 à 2:25369055
lldm :
le pauvre Dufaux (ou Grenson je ne sais pas lequel tient le pinceau)

Tu exagères, tu aurais pu prendre trente secondes de plus pour aller consulter la bullefiche, ce superbe outil, en reconnaissance du travail de ceux qui les font.

lldm :
Il semble, contre toute apparence, que ça ait été barbouillé par deux adultes et, plus troublant encore, que la lecture en soit également destinée aux grandes personnes.

Parce qu'on y parle sexe, j'imagine. Il semble que ce soit la ligne de démarcation la plus communément admise entre la B.D. pour enfants et celle pour adultes, le sexe.
C'est encore plus flagrant en ce qui concerne le cinéma aux Etats-Unis d'Amérique et en République Populaire de Chine. Que dans un plan se glisse l'ombre d'un sein ou d'une fesse et le film est immédiatement classé comme pornographique (et donc corrupteur de l'enfance). L'extrème violence en revanche ne leur pose aucun problème, et semble parfois même considérée comme éducatrice.

lldm, 29.05.2018 à 17:11369045
beuzno :
ça, c'est du costard!


le dessinateur ayant beaucoup de mal à habiller lui-même ses personnages (sans doute parce que le scénariste peine à leur donner de l'étoffe), un coup de main s'est avéré nécessaire. J'ai mis beaucoup d'amidon pour que ça tienne debout.

beuzno, 29.05.2018 à 9:22369044
ça, c'est du costard!

lldm, 28.05.2018 à 22:54369042
(j'avais jamais retapé mes notes sur ce truc dont je vous ai causé brièvement je crois)

Niklos Koda

"à l'arrière des berlines"

Les difficultés visibles que le dessinateur éprouve à visser un chapeau sur une tête font peine à voir ; la logique géométrique de la chose, perceptiblement, le dépasse. Quel volume, de la tête ou de la calotte, est la concrétion de l'autre ? Allez savoir... L'aile se retrousse comme l'ourlet d'une matière rebelle à toute mémoire de forme et hésite, de case en case, entre le mou, le cartonneux, l'anneau de canotier ayant perdu une dimension et la langue de bœuf encore vivante, dévorant un visage de poupée.
Toute chose du monde à dessiner lui est un obstacle infranchissable : l'ombre d'une arcade sourcilière avale trop de repère pour qu'il puisse encore placer un œil dans la découpe absurde dont elle frappe un visage; une fumée de cigarette passe de la méduse au polochon épluché sans jamais atteindre la légèreté ni la transparence ; un rai de lumière a la solidité d'un Mr. Freeze.
Alors, se demande-t-on, quel scenario missionnaire, vital, peut bien légitimer la torture que s'inflige le pauvre Dufaux (ou Grenson je ne sais pas lequel tient le pinceau) alors qu'il pourrait très profitablement aller aux champignons? Quelle urgence, quel message impérieux, fondamental, lui et son scénariste doivent-il délivrer au monde ?
Hé bien, par exemple, des aphorismes de ce genre:
"avec les femmes, mon cher, on n'y comprend jamais rien ou presque".
Passé l’éblouissement philosophique, vient la leçon de littérature. Ce "mon cher" a lui tout seul, glissé dans une habile façon de dialogue, montre à quel degré de raffinement l'écriture s'est déshabillée de tous les degrés possibles, un à un, pour revenir un peu au-dessous du premier, quelque part entre le roman écrit par un javascript et le retroussement comme une peau du poncif par un Pierre la Police shizo se rêvant Marc Levy.
C'est un de ces récits où les moricauds sont superstitieux, leurs femelles lascives jusqu'au fourneau slipal, appelant tous les européens "homme blanc" et souffrant d'un invraisemblable sentiment d'infériorité qui les rend tantôt agressifs tantôt voués corps et âmes à leurs colons.
Dire que c'est misogyne est très au-dessous de la vérité. Le héros est une sorte de garçon coiffeur dont le prestige repose sur une aptitude mythologique à pécho toute caille qui bat un peu des ailes à proximité et.
Et c'est tout.
Voilà.
C'est la raison pour laquelle le monde entier a besoin de ses services.
Pour sauver l'humanité.
Mais qui va nous sauver de ce genre de cochonneries ?
Il semble, contre toute apparence, que ça ait été barbouillé par deux adultes et, plus troublant encore, que la lecture en soit également destinée aux grandes personnes.

Mister Miracle, 27.05.2018 à 19:32369038


Dans Hellblazer Pandemonium, Jamie Delano nous dépayse avec le Londres habituel de Constantine en l'emmenant en Irak et c'est rondement bien mené car le récit est passionnant tout du long et le trait de Jock se porte bien à ce type d'histoire.

Ayant les 2 premiers volumes panini, j'éspère vraiment de Urban un Jamie Delano présente: Hellblazer...


Mister Miracle, 26.05.2018 à 20:58369023


Frais, beau et quel plaisir que cette balade dans Tokyo accompagné de nos deux extraterrestres qui découvre notre civilisation et ses moeurs. Un excellent premier tome et un auteur qui s'annonce à suivre, encore une bonne pioche pour le lézard noir!!!

Mael, 26.05.2018 à 19:01369017
Ha tiens je viens de recevoir son nouveau Spirou justement.

Mister Miracle, 26.05.2018 à 15:39369014


Relecture de cet album et cela reste encore un gros coup de cœur. C'est beau, intelligent, je passe certes surement à côté de beaucoup de références car à ce jour et hormis le dessin animé des années 90/2000, je n'ai quasi rien lu de Spirou, mais quelle justesse dans cet album et surtout Bravo à Emile ( oui elle est facile...) de placer cette histoire dans ce contexte historique particulier.

Un sans faute et il faut vraiment que je me penche sur ses œuvres!!!!

Anoeta, 25.05.2018 à 17:43369004
Mr_Switch :
Merci Anoeta !

Et pour être tout à fait complet, on retrouve l'histoire courte Un été mouvementé présente à la fin de Kaikisen dans le recueil Fossiles de rêves (je t'envoie un sommaire dès que possible Switch ;o))

lanjingling, 25.05.2018 à 16:11369003

Et comment se procurer cete merveille épuisée chez l'éditeur ?

Mr_Switch, 25.05.2018 à 14:00369002
Merci Anoeta !

Herbv, 25.05.2018 à 11:01369001
Tout à fait !

Voici la liste des mangas de Satoshi Kon :
- Kaikisen / Le Pacte de la mer et World Appart Horror prépubliés dans Young Magazine (Kodansha) au tournant des années 1990.
- Fossiles de rêves, compilation des premières nouvelles de l'auteur réalisés pour Young Magazine
- Opus et Seraphim chez Tokuma Shoten, les deux étant inachevés.

Anoeta, 25.05.2018 à 7:41368999
Attention, ça ressemble à une réédition de Kaikisen non ?

lanjingling, 25.05.2018 à 4:15368998
Mister Miracle :
Sinon je viens de finir, ( et proposer une autre chronique au passage ^^) Le Pacte de la Mer de Satoshi Kon, et si l'intrigue est "classique" (opposition tradition/modernité au sein d'une famille sur fond de fable écologique) je suis un immense fan des planches de Satoshi Kon...Quelle perte pour le manga et l'animation japonaise!

Admirateur des D.A. de Satoshi Kon, je ne m'étais pas rendu compte qu'il avait fait tant de mangas.
Merci pour le rappel, je vais me chercher tout ça.

Mister Miracle, 23.05.2018 à 6:35368991


J'ai bien aimé cette relecture de la première anthologie Urban sur l'univers de DC Comics. Il y a du beau monde ( Moore, Morrison, Steranko, Byrne, Infantino, Kane, Adams et autres) et les articles entre les épisodes sont de très bonne facture et rend le tout Le tout très homogène et bien choisi, (même si l'on peut regretter seulement la dernière histoire du volume qui était je pense pour accrocher le nouveau lectorat d'urban sur le "Relaunch DC", mais c'était cohérent de le faire à l'époque).

Mister Miracle, 21.05.2018 à 16:54368982
Pierre :
Mister Miracle :


Si je suis assez sceptique sur la production Marvel/DC de Jeff Lemire, je reste fan du monsieur sur ses créations!

La narration, parfois, "renversante" pour cette histoire d'amour intimiste et métaphysique sur fond de SF va me laisser un très bon souvenir de lecture...Lu d'une traite! Et que c'est beau!!!


Bonjour Mister Miracle, rescapé de bdparadisio peut-être ? Bienvenue en tout cas. Il y a un sujet qui correspond parfaitement à cette lecture et qui ne demande qu'à être remonté: Superhéros et autres comics pas indépendants :o).


Bonjour et Merci pour la bienvenue Pierre!

Rescapé de mon propre navire échoué oui, mais point de bdparadisio!

Je vais aller faire un tour sur le forum, merci pour le lien ;)

Sinon je viens de finir, ( et proposer une autre chronique au passage ^^) Le Pacte de la Mer de Satoshi Kon, et si l'intrigue est "classique" (opposition tradition/modernité au sein d'une famille sur fond de fable écologique) je suis un immense fan des planches de Satoshi Kon...Quelle perte pour le manga et l'animation japonaise!

Pierre, 21.05.2018 à 16:33368981
Mister Miracle :


Si je suis assez sceptique sur la production Marvel/DC de Jeff Lemire, je reste fan du monsieur sur ses créations!

La narration, parfois, "renversante" pour cette histoire d'amour intimiste et métaphysique sur fond de SF va me laisser un très bon souvenir de lecture...Lu d'une traite! Et que c'est beau!!!


Bonjour Mister Miracle, rescapé de bdparadisio peut-être ? Bienvenue en tout cas. Il y a un sujet qui correspond parfaitement à cette lecture et qui ne demande qu'à être remonté: Superhéros et autres comics pas indépendants :o).

Mister Miracle, 20.05.2018 à 18:31368972


Si je suis assez sceptique sur la production Marvel/DC de Jeff Lemire, je reste fan du monsieur sur ses créations!

La narration, parfois, "renversante" pour cette histoire d'amour intimiste et métaphysique sur fond de SF va me laisser un très bon souvenir de lecture...Lu d'une traite! Et que c'est beau!!!

Le PBE, 11.05.2018 à 15:57368922
(très bon le piercing des Nombrils, je le garde pour le jour où ils seront cités dans le palmarès des Bulles d'Or ;o)

Mael, 11.05.2018 à 14:12368913
De mes pérégrinations québécoises j'ai ramené ça (on me l'a offert). Une aventure de Garou donc, à moitié moqueuse mais pas que non plus (le chanteur est remercié, ses fans le sauvent vraiment, etc.). Bon ça n'a pas grand intérêt hors du gag mais aussi pour ses coloristes, qui perceront quelques années plus tard grâce à leur série "Les Nombrils".

beuzno, 07.05.2018 à 18:58368901
[autoportrait_paris_chat : album sans vignette]
Laferrière nous parle comme à un ami de paris, ses cafés, ses rues, ses poètes, ses écrivains avec pleins de crobards dans tous les sens et pleins de couleurs
chaleureux et érudit
"dessiner est une autre façon d'écrire" et j'ajouterai : l'écriture est aussi un dessin

crepp, 05.05.2018 à 12:39368893
crepp :
... Jusqu'où un homme et sa femme peuvent aller pour dominer ? ...


Une rectification importante, c'est vraiment une phrase à la con pour cet album. Il faut plutôt lire "...Jusqu'ou une femme et son homme peuvent aller pour dominer ..."

crepp, 05.05.2018 à 12:21368892




L'après dépression dans les smoky mountains, tel est le lieux du drame, de la tragédie même. Jusqu'où un homme et sa femme peuvent aller pour dominer ? Les arbres tombent, les hommes tombent, mais l'humain repousse plus vite que la nature ancestrale.
Je ne sais pas ce que donne le roman de Ron Rash, mais ce "Serena" en BD c'est la classe. J'aurai peut être aimé un passage plus détaillé sur la rencontre entre les deux époux, c'est vraiment le seul bémol que je mets.
Il n'empêche : Un lieux riche, une trame forte et des personnages complexes, ça donne quand même souvent quelque chose de bon !
Après le "Perceval" que j'ai déjà beaucoup apprécié, je vais continuer à suivre les albums de ce duo qu'est Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg.

4 serpents.

Allister Baudin, 01.05.2018 à 17:56368847
vacom :
lldm :
J'allais faire part de mon expérience du même ordre avec ma propre mère, faisant l'aveu de ne pas savoir lire une bande dessinée. Mais elle n'a essayé de lire que les miennes. Je ne suis pas sûr que ce soit un indicateur fiable...


Ma mère est exactement dans le même cas. Elle a cette incapacité, me dit-elle, de percevoir en même temps le texte et l'image, et de faire la "synthèse" des deux. Et pourtant, elle a essayé, et ce n'est pas faute d'avoir pioché dans les classiques de mon père.


J'apporte mon témoignage : j'avais une amie ukrainienne, bilingue, extrêmement brillante, qui affirmait ne pas réussir à lier l'image et le texte, et ne comprenait pas les bandes dessinées que je lui montrais lorsqu'il s'agissait de "classiques" comme Astérix ou Gaston Lagaffe. Elle les balayait d'un revers de la main et les regardait avec dégoût : en réalité, elle méprisait aussi le dessin d'Astérix et de Gaston, qu'elle trouvait d'une grande laideur. J'ai fini par comprendre que son "incapacité" à lier texte et image était donc également dû à une sorte de répulsion et de mépris à l'égard du dessin de bande dessinée franco-belge. Il s'est avéré qu'elle réussissait à lire du Crumb, qu'elle aimait bien sans être passionnée. Finalement, dans ma bibliothèque, elle a fini par tomber sur Hors-Zone de Blexbolex et Lutte des corps et chute des classes de Gosselin et Henninger, qu'elle a dévorés sans ressentir de difficulté au niveau de la lecture et beaucoup aimés.

vacom, 01.05.2018 à 13:03368845
lldm :
J'allais faire part de mon expérience du même ordre avec ma propre mère, faisant l'aveu de ne pas savoir lire une bande dessinée. Mais elle n'a essayé de lire que les miennes. Je ne suis pas sûr que ce soit un indicateur fiable...


Ma mère est exactement dans le même cas. Elle a cette incapacité, me dit-elle, de percevoir en même temps le texte et l'image, et de faire la "synthèse" des deux. Et pourtant, elle a essayé, et ce n'est pas faute d'avoir pioché dans les classiques de mon père.

lldm, 27.04.2018 à 11:33368832
Mr_Switch :
Bon, puisque Pierre ouvre ce chemin. La seule personne que je connaisse admettant ne pas savoir lire la bande dessinée, et le regrettant sincèrement, était mon grand-père.
Il n'empêchait pas pour autant ses enfants de lire de la bande dessinée. Et ma grand-mère a lu les bandes dessinées qu'on lui prêtait jusqu'à la fin, à presque 90 ans.

Bref, mon aïeul est bien la seule personne que je connaisse avouant donc son incapacité à lire une bande dessinée. Il avait du mal à faire la synthèse du texte et de l'image.


J'allais faire part de mon expérience du même ordre avec ma propre mère, faisant l'aveu de ne pas savoir lire une bande dessinée. Mais elle n'a essayé de lire que les miennes. Je ne suis pas sûr que ce soit un indicateur fiable...

Mr_Switch, 26.04.2018 à 17:45368828
Bon, puisque Pierre ouvre ce chemin. La seule personne que je connaisse admettant ne pas savoir lire la bande dessinée, et le regrettant sincèrement, était mon grand-père.
Il n'empêchait pas pour autant ses enfants de lire de la bande dessinée. Et ma grand-mère a lu les bandes dessinées qu'on lui prêtait jusqu'à la fin, à presque 90 ans.

Bref, mon aïeul est bien la seule personne que je connaisse avouant donc son incapacité à lire une bande dessinée. Il avait du mal à faire la synthèse du texte et de l'image.

Pierre, 26.04.2018 à 17:28368827
ibnalrabin :
lanjingling :

A l'inverse, ma directrice de maitrise, vieille dame (pour moi à l'époque, elle en était à sa dernière année d'enseignement avant la retraite) qui n'avait jamais lu une B.D. de sa vie, m'avait demandé, en toute ingénuité, mais surtout curiosité et honnêteté intellectuelles, si il fallait une formation spéciale pour absorber et comprendre en même temps texte et dessin.


Je ne sais plus où j'avais lu (ici, peut-être ?) qu'un test avait été fait de tenter de faire "comprendre" des bandes dessinées à une intelligence artificielle. L'idée était (si je me rappelle bien) de lui faire lire une suite de cases puis de lui faire choisir entre plusieurs possibilités quelle case devrait être la suivante.

Eh bien cette intelligence artificielle, dont les sœurs foutent la pâtée à n'importe quel grand maître d'échecs ou de Go, était complètement infoutue d'obtenir quelque résultat que ce soit. On peut en conclure que lire une bande dessinée est nettement plus difficile que maîtriser les échecs ou le Go.

Ceci dit, je pense sincèrement que beaucoup de gens ne savent pas lire une bande dessinée, je veux dire lire vraiment. Ça demande un certain entraînement.


Très intéressant message ! Je m'aperçois que je n'avais jamais envisagé les choses ainsi. J'ai certainement appris à lire, d'abord dans les livres pour enfants, puis dans les bandes dessinées, enfin dans les livres sans images. Je me rappelle très bien que je "lisais" Tintin vers l'âge de trois ou quatre ans, sans en comprendre les textes. le petit enfant auquel on donne à lire des bandes dessinées s'auto-forme aisément à la pratique de leur lecture, sans qu'on lui en ait donné le mode d'emploi. Une analogie pourrait être opéré avec les langues étrangères qu'il est difficile de s'approprier sur le tard.

Une anecdote qui va dans le sens de cette notion de compétence: vers l'âge de douze ans je baignais littéralement dans Gaston que je lisais et relisais sans cesse. Un jour j'ai montré un album (le n° 7 ou 8) à ma grand-mère qui devait alors être âgée de 70 ans. Elle l'a parcouru, avec beaucoup de condescendance et d'incrédulité devant l'objet de ma passion. Je me rappelle précisément quel fut son commentaire en me restituant mon album: "Moui, il est vrai que ces petits personnages grotesques sont assez amusants". Après y avoir longuement réfléchi, j'ai enfin compris qu'elle considérait que les personnages représentés étaient des sortes de lutins, pour la raison qu'ils étaient dessinés (ou plutôt imprimés) petits ; elle ne parvenait à les comprendre comme la figuration de véritables êtres humains évoluant dans le monde contemporain. De fait, elle ne savait pas lire un dessin de bande dessinée.

lldm, 24.04.2018 à 17:53368822
ibnalrabin :
lanjingling :

A l'inverse, ma directrice de maitrise, vieille dame (pour moi à l'époque, elle en était à sa dernière année d'enseignement avant la retraite) qui n'avait jamais lu une B.D. de sa vie, m'avait demandé, en toute ingénuité, mais surtout curiosité et honnêteté intellectuelles, si il fallait une formation spéciale pour absorber et comprendre en même temps texte et dessin.


Je ne sais plus où j'avais lu (ici, peut-être ?) qu'un test avait été fait de tenter de faire "comprendre" des bandes dessinées à une intelligence artificielle. L'idée était (si je me rappelle bien) de lui faire lire une suite de cases puis de lui faire choisir entre plusieurs possibilités quelle case devrait être la suivante.

Eh bien cette intelligence artificielle, dont les sœurs foutent la pâtée à n'importe quel grand maître d'échecs ou de Go, était complètement infoutue d'obtenir quelque résultat que ce soit. On peut en conclure que lire une bande dessinée est nettement plus difficile que maîtriser les échecs ou le Go.

Ceci dit, je pense sincèrement que beaucoup de gens ne savent pas lire une bande dessinée, je veux dire lire vraiment. Ça demande un certain entraînement.


Donner des cours de bandes dessinées, à des enfants ou des adultes, est un truc que je fais régulièrement (plus pour le fun que pour de quelconques raisons alimentaires),et les deux premières sessions sont toujours consacrées à l'apprentissage de la lecture. On monte à la bibliothèque, et au boulot!
Cette complexité de la lecture d'une bande dessinée est une chose bien peu évoquées et qui trahit un truc simple et triste : si la plupart des gens trouvent la bande dessinée pauvre, c'est parce qu'ils la lisent pauvrement (ils lisent les bulles et constatent le reste comme une sorte d'environnement illustré de ce discours supposément supérieur au service duquel tout est censé tourner, symboliquement, socialement, culturellement). Ce qui devient assez comique quand des auteurs ou des lecteurs de bandes dessinées eux-mêmes se trahissent un instant et parlent de "vrais livres" à propos de ce qu'ils s'imaginent être "la littérature" (catégorie sur l'existence douteuse de laquelle il faudrait quand même s'arrêter un jour), dans un petit moment de honte de soi, comme si ceux-ci étaient d'une complexité ontologique évidente alors que les bandes, bin, quand même, c'est plus simple. Cette hiérarchie imaginaire des complexités, je l'ai vue souvent reconduite dans notre propre sphère (je ne donne pas de noms, ça laisserait imaginer qu'il y en a peu et qu'on peut les compter). Est-il utile de préciser que ce fantasme est véhiculé essentiellement par des lecteurs aussi médiocres dans un champ que dans l'autre ?

ibnalrabin, 24.04.2018 à 0:14368819
lanjingling :

A l'inverse, ma directrice de maitrise, vieille dame (pour moi à l'époque, elle en était à sa dernière année d'enseignement avant la retraite) qui n'avait jamais lu une B.D. de sa vie, m'avait demandé, en toute ingénuité, mais surtout curiosité et honnêteté intellectuelles, si il fallait une formation spéciale pour absorber et comprendre en même temps texte et dessin.


Je ne sais plus où j'avais lu (ici, peut-être ?) qu'un test avait été fait de tenter de faire "comprendre" des bandes dessinées à une intelligence artificielle. L'idée était (si je me rappelle bien) de lui faire lire une suite de cases puis de lui faire choisir entre plusieurs possibilités quelle case devrait être la suivante.

Eh bien cette intelligence artificielle, dont les sœurs foutent la pâtée à n'importe quel grand maître d'échecs ou de Go, était complètement infoutue d'obtenir quelque résultat que ce soit. On peut en conclure que lire une bande dessinée est nettement plus difficile que maîtriser les échecs ou le Go.

Ceci dit, je pense sincèrement que beaucoup de gens ne savent pas lire une bande dessinée, je veux dire lire vraiment. Ça demande un certain entraînement.

Thierry, 23.04.2018 à 12:15368818
lldm :
lanjingling :

Personnellement, cela ne me déplait pas, au contraire même.


on pourrait en tirer une vraie joie si elle était regardée comme intenable, bordélique, sale, hideuse, incompréhensible de vulgarité et d'offense, scandaleuse (en gros si le rejet regardait les bandes par le prisme Gary Panter et pas par la lunette XIII). Mais ce n'est pas le cas. Les catégories de ce rejet poli et condescendant sont : puérilité, facilité, ringardise artistique, ou encore, positivement, accompagnement pédagogique, premier pas vers la vraie lecture, distraction légère et rapidement consommée.

aussi, face à quelques auteurs "adoubés" comme Moebius, Pratt, Bilal, Schuiten ou Tardi, les journalistes osent LA question:
Est-ce encore de la bédé ?
Ben, oui. Ce n'est pas parce qu'on prête soudain des qualités à un livre qu'il faut l'exclure du champ de la bande dessinée, comme une donnée aberrante qu'on écarte d'un échantillon statistique.
Mais à leur décharge, on trouve déjà une forme de ce mépris chez Hergé lui-même qui, devant le premier exemplaire du Lotus Bleu, aurait trouvé que "c'était trop beau pour des gosses". auto-mépris de son propre travail (en tout cas du média et de l'image qu'il se faisait de ses lecteurs) qui en dit long...

NDZ, 22.04.2018 à 9:44368815
On redoutait que l'usure du pouvoir (chez Ralph) se transforme en usure du lecteur (chez nous). C'est sans compter sur Lewis Trondheim qui, en 4 pages à la fin de l'album, relance la machine de manière finaude. Une ré(re-?)création toujours efficace.

lanjingling, 21.04.2018 à 10:02368812
Pierre :
Je n'ai pour ma part pas reçu la formation requise.

Je ne connais que des autodidactes en la matière :)

Pierre, 21.04.2018 à 9:21368811
lanjingling :
A l'inverse, ma directrice de maitrise, vieille dame (pour moi à l'époque, elle en était à sa dernière année d'enseignement avant la retraite) qui n'avait jamais lu une B.D. de sa vie, m'avait demandé, en toute ingénuité, mais surtout curiosité et honnêteté intellectuelles, si il fallait une formation spéciale pour absorber et comprendre en même temps texte et dessin.


Je n'ai pour ma part pas reçu la formation requise, mais après 35 ans de pratique, il me semble que je suis fondé à demander une VAE.

lanjingling, 21.04.2018 à 8:10368809
lldm :
on pourrait en tirer une vraie joie si elle était regardée comme intenable, bordélique, sale, hideuse, incompréhensible de vulgarité et d'offense, scandaleuse (en gros si le rejet regardait les bandes par le prisme Gary Panter et pas par la lunette XIII).
Fierté pourrait en être tirée, de cette place d'irréductibles rebelles, mais la place officielle est déjà prise par le punk (dont de nombreux représentants ont à ce titre leur étoile sur le Hollywood Hall of Fame ou ont été décorés par la reine d'Angleterre).

lldm :
Mais ce n'est pas le cas. Les catégories de ce rejet poli et condescendant sont : puérilité, facilité, ringardise artistique, ou encore, positivement, accompagnement pédagogique, premier pas vers la vraie lecture, distraction légère et rapidement consommée.

Et même, en ce qui concerne cette bienveillance positive et paternaliste, la B.D. se situe loin derrière les livres pour la jeunesse (combien de librairies ont tout un rayon "littérature jeunesse", mais aucune B.D., en dehors éventuellement des dernier Astérix, XIII, et d'une B.D. "indée" "recommandée par Télérama ou les Inrocks")

La facilité est un grief qui pourrait aussi bien s'appliquer à la musique, au cinéma ou à la peinture(on peut tout écouter, regarder ou voir d'une oreille distraite), mais qui ne l'est qu'à la B.D., par malhonnêteté et stupidité, plus qu'ignorance. A l'inverse, ma directrice de maitrise, vieille dame (pour moi à l'époque, elle en était à sa dernière année d'enseignement avant la retraite) qui n'avait jamais lu une B.D. de sa vie, m'avait demandé, en toute ingénuité, mais surtout curiosité et honnêteté intellectuelles, si il fallait une formation spéciale pour absorber et comprendre en même temps texte et dessin.

Pierre, 20.04.2018 à 13:59368802
lldm :
Pierre :

Largo Winch est l'adaptation en bande dessinée d'une oeuvre littéraire, ne l'oublions pas ! Des romans ... de gare.

Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée. Cette perception différenciée, voilà un objet de réflexion inépuisable, peut-être vain à moins que de cette réflexion n'aboutisse une meilleure compréhension de la bande dessinée elle-même.


C'est en cours ; un bouquin (en bandes, feuilletonné dans "l'échaudée") est en préparation chez Ab Irato, et j'y aborderai ce problème, sous cet angle, entre mille autres aspects de notre champ éditorial.
Gelée dans une vision enfantine de son histoire (par ses spécialistes mêmes, ce qui n'est pas pour rien dans l'enlisement du jugement collectif sur les bandes dessinées), figée dans une égale vision sociale (cet aspect de la rengaine sur le "populaire" devrait être abordé dans le prochain numéro de Nicole si tout va bien), notre discipline est comme invisibilisée par un écran apriorique général, malgré son grand âge et la puissance incroyable des livres qui s'y essaiment depuis sa naissance.


Curieux de lire ça !

"Enfantine" et "populaire", certainement les pionniers de l'histoire de la bande dessinée ont tué dans l'oeuf son crédit futur. Un crime impuni. Et Charlie mensuel en était déjà le témoin indigné mais inaudible dès le début des années 70 !

lldm, 20.04.2018 à 13:45368801
lanjingling :

Personnellement, cela ne me déplait pas, au contraire même.


on pourrait en tirer une vraie joie si elle était regardée comme intenable, bordélique, sale, hideuse, incompréhensible de vulgarité et d'offense, scandaleuse (en gros si le rejet regardait les bandes par le prisme Gary Panter et pas par la lunette XIII). Mais ce n'est pas le cas. Les catégories de ce rejet poli et condescendant sont : puérilité, facilité, ringardise artistique, ou encore, positivement, accompagnement pédagogique, premier pas vers la vraie lecture, distraction légère et rapidement consommée.

lldm, 20.04.2018 à 13:37368800
qu'évidemment quelques petits malins pas malins du tout avancent qu'on sauve la bande dessinée de ce regard méprisant par la pédagogie, les grands sujets historiques ou sociaux, expose la parfaite nullité du regard de ces pauvres créatures sur notre discipline elle-même : il y a mille fois plus à apprendre dans deux pages de Bertoyas, de Bicéphale et de Musturi PAR la bande, que dans l'intégralité des pensums historicisant, tout rougissant de fierté qu'ils sont d'aborder des grandes questions avec des moyens archaïques de narration et en se plaçant toujours de dix crans au dessous de toute véritable recherche, dont ils ne sont que le petit reflet timoré et piètrement illustré.
S'imaginer qu'on sauve (comme si elles devaient l'être) les bandes par l'Histoire, le social, la pédagogie, "les grands sujets", c'est croire que ce qui sauve la peinture du XXe Siècle c'est le réalisme socialiste ou que le meilleur de la littérature du XXe, c'est Maurice Druon. Là encore, vaste sujet possible de travail sur les malentendus entrenus par les acteurs de notre scène eux-mêmes, encore plus bêtes, bornés, aveugles à la beauté et à la force de la bande dessinée que ceux qui n'en lisent pas;

lanjingling, 20.04.2018 à 13:33368799
Pierre :
Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée.

Mais...cela est aussi valables, pour les beaux-arts, non atteints dans leur statut par les pires croutes, le cinéma, la photo, dont les selfies n'entament pas le statut d'art, la sculpture (et pourtant, tous les villages ont leurs hideux monuments aux morts), la danse, malgré les boys bands, la musique, bref, seule la B.D. ne peut sortir du stade du vilain petit canard.
Personnellement, cela ne me déplait pas, au contraire même.

crepp, 20.04.2018 à 13:29368798
Pierre :
Puisqu'il s'est trouvé quelques spéléologues pour explorer ce puits sans fond, je me permets de me joindre à vous (même pour quelques mètres de descente): je suis convaincu que la nature du média est en jeu. Vu de loin, rien ne permet de distinguer Guillaume Musso de Flaubert, qui tous deux se présentent sous la forme d'une série de caractères imprimés. Alors que la bande dessinée qui se présente à nous apparaît tout d'abord sous sa forme graphique, qui est généralement un visage hideux (voir ci-dessous). L'homme de goût identifiant ce visage, en déduit que la bande dessinée dans son ensemble est vilaine.



J'ai du mal avec ce coté un peu radical, tu vois une œuvre d'un peintre, elle ne te plait pas, les gens ne vont pas dire que la peinture est vilaine dans son ensemble.
Je vois plutôt le fait qu'un livre garde une image "intellectuelle" dès le début, même sans connaître l'auteur.
"ah tu lis un livre mon fils ?! c'est bien continue, on mange d'ici 1h00"
"Ah tu lis une BD mon fils ?! A table tout de suite"*

* (il y a un coté vécu dans ce détail, je l'avoue)

lldm, 20.04.2018 à 13:28368797
Pierre :
Puisqu'il s'est trouvé quelques spéléologues pour explorer ce puits sans fond, je me permets de me joindre à vous (même pour quelques mètres de descente): je suis convaincu que la nature du média est en jeu. Vu de loin, rien ne permet de distinguer Guillaume Musso de Flaubert, qui tous deux se présentent sous la forme d'une série de caractères imprimés. Alors que la bande dessinée qui se présente à nous apparaît tout d'abord sous sa forme graphique, qui est généralement un visage hideux (voir ci-dessous). L'homme de goût identifiant ce visage, en déduit que la bande dessinée dans son ensemble est vilaine.


oui (que dire d'autre ?)

lldm, 20.04.2018 à 13:27368796
Pierre :

Largo Winch est l'adaptation en bande dessinée d'une oeuvre littéraire, ne l'oublions pas ! Des romans ... de gare.

Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée. Cette perception différenciée, voilà un objet de réflexion inépuisable, peut-être vain à moins que de cette réflexion n'aboutisse une meilleure compréhension de la bande dessinée elle-même.


C'est en cours ; un bouquin (en bandes, feuilletonné dans "l'échaudée") est en préparation chez Ab Irato, et j'y aborderai ce problème, sous cet angle, entre mille autres aspects de notre champ éditorial.
Gelée dans une vision enfantine de son histoire (par ses spécialistes mêmes, ce qui n'est pas pour rien dans l'enlisement du jugement collectif sur les bandes dessinées), figée dans une égale vision sociale (cet aspect de la rengaine sur le "populaire" devrait être abordé dans le prochain numéro de Nicole si tout va bien), notre discipline est comme invisibilisée par un écran apriorique général, malgré son grand âge et la puissance incroyable des livres qui s'y essaiment depuis sa naissance.

Pierre, 20.04.2018 à 13:19368795
Puisqu'il s'est trouvé quelques spéléologues pour explorer ce puits sans fond, je me permets de me joindre à vous (même pour quelques mètres de descente): je suis convaincu que la nature du média est en jeu. Vu de loin, rien ne permet de distinguer Guillaume Musso de Flaubert, qui tous deux se présentent sous la forme d'une série de caractères imprimés. Alors que la bande dessinée qui se présente à nous apparaît tout d'abord sous sa forme graphique, qui est généralement un visage hideux (voir ci-dessous). L'homme de goût identifiant ce visage, en déduit que la bande dessinée dans son ensemble est vilaine.

Thierry, 20.04.2018 à 12:25368794
crepp :
Pierre :

Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée...


Je te rejoins tout à fait sur ce point, Et si quelqu'un peut m'expliquer le pourquoi de la chose, je suis preneur.

je suis toutà-fait d'accord sur les symptômes. Il y a sans doute d'un côté une méconnaissance des médias qui la traitent de manière souvent trop superficielle, incapables de dépasser des considérations triviales souvent lié aux ventes. De l'autre, il y a cette volonté de promouvoir une espèce de grande famille de la bande dessinée ou tout le monde s'aime et fait le même métier. Un des axes de 'plates-bandes' de Menu était une remise en cause de ce qu'il appelait le microcosme. Pourtant, de l'extérieur, cela donne une impression d'homogénéoté de la bande dessinée. En fait, lorsqu'on parle de bande dessinée, on parle rarement de ses spécificités. On préfère parler chiffres, et on tombe sur les best-sellers, les nouveautés qui explosent, démontrant la santé éclatante du secteur.
Et de toutes façons, s'il y a des dessins, c'est abêtissant.

crepp, 20.04.2018 à 12:13368793
Pierre :

Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée...


Je te rejoins tout à fait sur ce point, Et si quelqu'un peut m'expliquer le pourquoi de la chose, je suis preneur.

Pierre, 20.04.2018 à 11:32368792
lldm :
lanjingling :
lldm :
C'était pas que pénible ; ça m'a rappelé aussi - parce que c'est l'image qu'ils ont d'elle - pourquoi pas mal de gens (également parmi mes proches, qui n'en lisent jamais) méprisent a priori la bande dessinée ; c'est à ce genre de merde qu'ils pensent quand ils se disent que, quand même, la bd, ça vaut pas grand-chose...

Au moins, tu connais des gens de goût. D'autres, de trop nombreux autres, disent au contraire apprécier et aimer la bande dessinée en pensant justement à ce genre de trucs...


Il y aurait de quoi s'en réjouir si ce goût ils l'exerçaient de temps en temps sur les bandes... Mais comme la partie la plus visible de l'océan éditorial de notre champ disciplinaire est celle qui est marron caca, difficile pour beaucoup de gens qu'on va dire, par raccourci, de goût, d'imaginer que ça vaut le coup de mettre des bottes et de s'aventurer un peu plus loin... Du coup, un certain nombre de proches se demandent quand même pourquoi diable j'ai lâché l'écriture et l'art contemporain pour faire des trucs pareils ; même le gars qui a écrit sur la scène rennaise de BD un bouquin pour les édition Goater, et qui me connaissait d'avant, de cette période où je m'occupais d'une revue littéraire, m'a demandé le plus sérieusement du monde, avec un poil de commisération, comme si j'avais dégringolé mentalement et artistiquement, comment je pouvais être le gars qui écrivait ces trucs là dans ces endroits là avant, et qui maintenant faisait de la bande dessinée... Pourtant, la bd, il semble que ça l'intéresse assez pour qu'il ait passé quelques années penché sur les pages de Lumineau, de Grandpey ou de Naz, quand même ! Et bin non. Même lui se fait une haute opinion d'un grand truc qui serait la littérature, d'un autre grand truc qui serait l'art, tous deux sans rapport perceptible avec la bande dessinée. C'est pas gagné ...


Largo Winch est l'adaptation en bande dessinée d'une oeuvre littéraire, ne l'oublions pas ! Des romans ... de gare.

Il est en effet notoire que la littérature "populaire" ne semble pas décrédibiliser la "grande" littérature auprès des gens de goût, alors que c'est le cas pour les oeuvres de bande dessinée. Cette perception différenciée, voilà un objet de réflexion inépuisable, peut-être vain à moins que de cette réflexion n'aboutisse une meilleure compréhension de la bande dessinée elle-même.

lldm, 20.04.2018 à 3:32368790
lanjingling :
lldm :
C'était pas que pénible ; ça m'a rappelé aussi - parce que c'est l'image qu'ils ont d'elle - pourquoi pas mal de gens (également parmi mes proches, qui n'en lisent jamais) méprisent a priori la bande dessinée ; c'est à ce genre de merde qu'ils pensent quand ils se disent que, quand même, la bd, ça vaut pas grand-chose...

Au moins, tu connais des gens de goût. D'autres, de trop nombreux autres, disent au contraire apprécier et aimer la bande dessinée en pensant justement à ce genre de trucs...


Il y aurait de quoi s'en réjouir si ce goût ils l'exerçaient de temps en temps sur les bandes... Mais comme la partie la plus visible de l'océan éditorial de notre champ disciplinaire est celle qui est marron caca, difficile pour beaucoup de gens qu'on va dire, par raccourci, de goût, d'imaginer que ça vaut le coup de mettre des bottes et de s'aventurer un peu plus loin... Du coup, un certain nombre de proches se demandent quand même pourquoi diable j'ai lâché l'écriture et l'art contemporain pour faire des trucs pareils ; même le gars qui a écrit sur la scène rennaise de BD un bouquin pour les édition Goater, et qui me connaissait d'avant, de cette période où je m'occupais d'une revue littéraire, m'a demandé le plus sérieusement du monde, avec un poil de commisération, comme si j'avais dégringolé mentalement et artistiquement, comment je pouvais être le gars qui écrivait ces trucs là dans ces endroits là avant, et qui maintenant faisait de la bande dessinée... Pourtant, la bd, il semble que ça l'intéresse assez pour qu'il ait passé quelques années penché sur les pages de Lumineau, de Grandpey ou de Naz, quand même ! Et bin non. Même lui se fait une haute opinion d'un grand truc qui serait la littérature, d'un autre grand truc qui serait l'art, tous deux sans rapport perceptible avec la bande dessinée. C'est pas gagné ...

lanjingling, 20.04.2018 à 3:10368789
lldm :
C'était pas que pénible ; ça m'a rappelé aussi - parce que c'est l'image qu'ils ont d'elle - pourquoi pas mal de gens (également parmi mes proches, qui n'en lisent jamais) méprisent a priori la bande dessinée ; c'est à ce genre de merde qu'ils pensent quand ils se disent que, quand même, la bd, ça vaut pas grand-chose...

Au moins, tu connais des gens de goût. D'autres, de trop nombreux autres, disent au contraire apprécier et aimer la bande dessinée en pensant justement à ce genre de trucs...

lldm, 19.04.2018 à 22:22368787
Pierre :

Quelle expérience pénible ce dut être. Tu devrais plutôt lire le nouveau Olivier Schwrauwen si ce n'est déjà fait !


J'ai pris ce que je trouvais, et je trouvais peu. C'était pas que pénible ; ça m'a rappelé aussi - parce que c'est l'image qu'ils ont d'elle - pourquoi pas mal de gens (également parmi mes proches, qui n'en lisent jamais) méprisent a priori la bande dessinée ; c'est à ce genre de merde qu'ils pensent quand ils se disent que, quand même, la bd, ça vaut pas grand-chose...

Pierre, 19.04.2018 à 20:45368785
lldm :

J'ai donc lu mon premier Largo Winch. C'était compliqué comme choix, là où nous étions reclus (en montagne, à plus de 40 bornes de lacets en épingles à cheveux d'un truc qu'on aurait pu appeler librairie). C'était soit 10 volumes de cette cochonnerie, soit 10 volumes d'une horreur dessinée par un coiffeur, appelée Niklos Koda, soit Interpol-je-sais-plus-quoi ou un voyage égaré de Delille dont la seule vraie spécialité est le surplace.
Qu'en dire ? C'est tellement au-dessous de toute possibilité d'en dire quoi que ce soit de bien à tous les niveaux - graphique, narratif, dialogique, politique - que j'imagine que tout ce qui pouvait en être écrit de mal l'a déjà été mille fois. Du coup, je vais passer mon tour, ça sert à rien.


Quelle expérience pénible ce dut être. Tu devrais plutôt lire le nouveau Olivier Schwrauwen si ce n'est déjà fait !

Mael, 19.04.2018 à 14:39368782
Et Laurelinee ?

Allister Baudin, 19.04.2018 à 14:26368781
Être dans un endroit reculé et se retrouver à devoir choisir entre Francq et Grenson. Je crois que j'ai déjà fait ce cauchemar, sans doute une nuit où j'avais trop pris de valériane.

lldm, 19.04.2018 à 13:48368780

J'ai donc lu mon premier Largo Winch. C'était compliqué comme choix, là où nous étions reclus (en montagne, à plus de 40 bornes de lacets en épingles à cheveux d'un truc qu'on aurait pu appeler librairie). C'était soit 10 volumes de cette cochonnerie, soit 10 volumes d'une horreur dessinée par un coiffeur, appelée Niklos Koda, soit Interpol-je-sais-plus-quoi ou un voyage égaré de Delille dont la seule vraie spécialité est le surplace.
Qu'en dire ? C'est tellement au-dessous de toute possibilité d'en dire quoi que ce soit de bien à tous les niveaux - graphique, narratif, dialogique, politique - que j'imagine que tout ce qui pouvait en être écrit de mal l'a déjà été mille fois. Du coup, je vais passer mon tour, ça sert à rien.

Thierry, 18.04.2018 à 15:17368777
[ad_after_death : album sans vignette] un OVNI étonnant, difficilement résumable sans spoiler son contenu et vraiment réussi.

Mael, 16.04.2018 à 15:40368773
De là à payer 40€ un album qui en vaut 14...

grimmy, 16.04.2018 à 15:11368772
Et ces cahiers sont en noir et blanc. Et Théodore poussin en noir et blanc c'est la grande classe.

NDZ, 15.04.2018 à 22:41368770
Mr_Switch :
C'est donc les Cahiers Théodore Poussin et les Cahiers de la BD n'ont rien à voir avec cette histoire.


Oui, c'est bien ça. On m'a offert les 3 premiers (apparemment ça ne se vend pas des masses, il en restait assez pour Noel), j'ai pris le 4ème. Le format est sympa même si super cher pour du cahier souple. Je pense que Dupuis va beaucoup plus cartonner avec la même formule déclinée au Tif et Tondu de Blutch :)

lanjingling, 14.04.2018 à 13:16368759
Mr_Switch :
C'est donc les Cahiers Théodore Poussin

Et le site précise bien que ce sont des collectors, pour ceux qui seraient réticents à débourser 52 euros pour les 4 cahiers :)
Théodore Poussin, "le Corto Maltese de la ligne claire"; et pourquoi pas "le Fantasio à lunettes", vu ses cheveux rebelles ?

Mael, 14.04.2018 à 11:49368758
A ceci pret que l'intervew d cahiers théodore semble se retrouver (en version remaniée sans doute) dans le xahier de la BD 3.

Mr_Switch, 14.04.2018 à 10:11368757
C'est donc les Cahiers Théodore Poussin et les Cahiers de la BD n'ont rien à voir avec cette histoire.

lanjingling, 14.04.2018 à 3:42368753
OK, je comprends mieux; j'avais tiqué en voyant
NDZ :
Dans cette même interview (la n°4), il m'a d'ailleurs essentiellement passionné [...] Dans la n°3 j'avais adoré comment il rapportait ses souvenirs de jeunesse relatifs au cinéma... et dans le n°1 ou le n°2 les références littéraires.
; NDZ a lu une longue interview étalée sur 4 numéros des Cahiers de la B.D. dont trois seulement sont sortis, quid ?

C'est cher, certes, mais c'est collector, car ce ne sera pas réédité j'imagine. Ne jamais sous-estimer la collectionomanie de nombreux lecteurs de B.D. :)

Mael, 13.04.2018 à 23:57368752
lanjingling :
NDZ :
[Du coup, je serai bien passé voir FLG ce soir, comme il va papoter dans une grande librairie rennaise. Juste pour prolonger la longue interview très agréable présentée dans les cahiers.

Le dernier cahier, çui oukia pas encore de sommaire ? Il y dit ce qu'il a fait ces dix dernières années ?

Alors je me met au sommaire du Cahier mais je pense que NDZ parle des "Cahiers Théodore Poussin" car le T13 est sorti en 4 Cahiers, sorte de journaux, comme les étrangleur en leur temps (c'est un peu mode de faire ça depuis et souvent sans le sens de l'étrangleur/feuilleton, il semble qu'ici ce soit apprécié) . Je trouve ça assez dingue car tous coûtent 13€ pour 32 pages quand l'album coûte 14,50€ mais bon, il y a une longue interview sur les 4 cahiers qu'on ne trouve pas dans l'album. Au moins elle est bonne visiblement (mais il me semble en fait que c'est la même dans les cahiers de la BD3, ce qui coute donc moins cher à acheter avec l'album que les 4 Cahiers).

lanjingling, 13.04.2018 à 17:41368749
NDZ :
concernant l'humour, j'ai tout relu il y a peu et même si on a toujours un ou deux traits d'humour par album, ça n'est clairement pas une série humoristique. Pour ce dernier tome, je parle vraiment de deux tirades à jeu de mots, de la bouche de Novembre.

Evidemment, et de qui d'autre, si pas de lui ?
Un peu d'humour, parfois, oui, mais surtout quelques situations qui arrachent un sourire doux-amer; douce amertume, plus qu'humour noir, qu'on retrouve particulièrement dans ses "Petits contes noirs".
Pour l'humour, il y a son scénario de Lapinot, album que j'aime beaucoup, bien que je sois incapable de discerner si et dans quelle mesure Trondheim a aussi participé au scénario (qu'il ne l'ait pas fait me semble hautement improbable.)

NDZ, 13.04.2018 à 16:22368747
lanjingling :
NDZ :
[theodore_poussin13 : album sans vignette] Vraiment très bien cet album. Faux rythme, faux semblants. On a un héros qui a sa part d'ombre, qui n'est pas 100% positif, un brin mélancolique, un brin violent. Un bémol à cause des quelques mauvais bons mots disséminés par-ci par-là, en partie parce qu'on les voit arriver à des km... et qu'il n'y aucun effet au final.

Pas lu de TD depuis longtemps (et pour cause parmi d'autres, le dernier remonte à plus de 10 ans), mais pas de souvenir de mots (bons bons ou mauvais bons) dans cette série. C'est nouveau, ou c'est ma mémoire qui est défaillante ?

NDZ :
[Du coup, je serai bien passé voir FLG ce soir, comme il va papoter dans une grande librairie rennaise. Juste pour prolonger la longue interview très agréable présentée dans les cahiers.

Le dernier cahier, çui oukia pas encore de sommaire ? Il y dit ce qu'il a fait ces dix dernières années ?

NDZ :
Vivement le prochain Theodore, en Europe apparemment.
Vivement, tu veux dire avant dix ans ? :)


Dans l'ordre:

concernant l'humour, j'ai tout relu il y a peu et même si on a toujours un ou deux traits d'humour par album, ça n'est clairement pas une série humoristique. Pour ce dernier tome, je parle vraiment de deux tirades à jeu de mots, de la bouche de Novembre. D'autres moments sont "drôles" sans que cela passe par les mots (plus par les situations) et ça m'est apparu comme beaucoup plus réussi (comme Novembre et Martin faisant les voix du conciliabule de Poussin avec un autre personnage - limite La classe américaine).

il est assez évasif sur ce qu'il a fait ces dix dernières années... ça revient plusieurs fois sous la forme "les aléas de la vie" ou bien "la vie réelle m'a rattrapé". Galères persos en gros qui l'on empêché de se consacrer sereinement à son art... il a donc peint (pas toujours très bien selon lui), et a surtout galéré sur les 38 premières pages (sur plus de 100 prévues il me semble) de son projet qui devait sortir chez Aire Libre et nommé Mary Jane. Ila écrit pour d'autres (cf fiche bubulle). Et puis il y a eu son Spirou qui s'est fait, selon lui, relativement "naturellement"...

Il annonce clairement à la fin de l'interview (fin janvier 2017) qu'il a déjà prévu le retour de Poussin. L'intéressant de l'interview, à mon avis, tiens à ce qu'il dit que l'écriture de la dernière histoire n'a jamais bloqué (62 pages écrites vite si je me rappelle bien), tant pour le déroulé que pour les dialogues et que la difficulté à plutôt été du côté du dessin. Qu'il a recherché sa spontanéité et sa prise de risque de "quant il était jeune". Dans cette même interview (la n°4), il m'a d'ailleurs essentiellement passionné en décrivant les techniques pinceau vs plume ou pinceau puis plume ou bien plume + pinceau + plume, etc. apprises auprès de ses camarades ou figures tutélaires... Dans la n°3 j'avais adoré comment il rapportait ses souvenirs de jeunesse relatifs au cinéma... et dans le n°1 ou le n°2 les références littéraires. Bref, pas de scoop mais un bon moment au coin du feu à écouter quelqu'un de passionné, érudit, tristoune, sensible, ...

lanjingling, 13.04.2018 à 15:49368745
NDZ :
[theodore_poussin13 : album sans vignette] Vraiment très bien cet album. Faux rythme, faux semblants. On a un héros qui a sa part d'ombre, qui n'est pas 100% positif, un brin mélancolique, un brin violent. Un bémol à cause des quelques mauvais bons mots disséminés par-ci par-là, en partie parce qu'on les voit arriver à des km... et qu'il n'y aucun effet au final.

Pas lu de TD depuis longtemps (et pour cause parmi d'autres, le dernier remonte à plus de 10 ans), mais pas de souvenir de mots (bons bons ou mauvais bons) dans cette série. C'est nouveau, ou c'est ma mémoire qui est défaillante ?

NDZ :
[Du coup, je serai bien passé voir FLG ce soir, comme il va papoter dans une grande librairie rennaise. Juste pour prolonger la longue interview très agréable présentée dans les cahiers.

Le dernier cahier, çui oukia pas encore de sommaire ? Il y dit ce qu'il a fait ces dix dernières années ?

NDZ :
Vivement le prochain Theodore, en Europe apparemment.
Vivement, tu veux dire avant dix ans ? :)

NDZ, 13.04.2018 à 13:47368742
[theodore_poussin13 : album sans vignette] Vraiment très bien cet album. Faux rythme, faux semblants. On a un héros qui a sa part d'ombre, qui n'est pas 100% positif, un brin mélancolique, un brin violent. Un bémol à cause des quelques mauvais bons mots disséminés par-ci par-là, en partie parce qu'on les voit arriver à des km... et qu'il n'y aucun effet au final.

Du coup, je serai bien passé voir FLG ce soir, comme il va papoter dans une grande librairie rennaise. Juste pour prolonger la longue interview très agréable présentée dans les cahiers. Vivement le prochain Theodore, en Europe apparemment.

Pierre, 09.04.2018 à 15:35368714




Olivier Schrauwen s'attaque à la SF.

Meilleure lecture bd depuis le début de l'année et pire couverture d'album aussi, mais je pense que ça fait partie du concept et qu'il conviendrait d'écrire quelque chose là-dessous.

Le dernier (et long) récit du recueil m'a donné envie de relire le deuxième tome des Monde d'Edena de Moebius auquel on trouve m'a-t-il semblé bien des échos, malheureusement je n'ai pas cet album chez moi.

crepp, 07.04.2018 à 14:09368698




C'est toujours aussi prenant, aussi froid, aussi méthodique. Il y a des passages d'une très grande classe. Une série que je poursuis sans aucune hésitation.
4 meurtres.

lanjingling, 25.03.2018 à 7:49368626
Tant que ce n'est pas un roman-photo de son film La belle captive avec les photogrammes, comme Tintin et les oranges bleues...

lldm, 24.03.2018 à 1:09368622
lanjingling :
lldm :
j'ai eu là longtemps un bouquin de Robbe Grillet autour de toiles de Magritte, "la belle captive", qui pourrait peut-être même rejoindre la bullebase si on étendait notre conception de la bande)
Tu aurais un exemple visuel, histoire d'avoir une idée de la direction que prendrait cette extension ?


Ce bouquin est sous une tonne d'autres trucs que j'ai empaquetés pour les revendre il y a des années, et ça dort dans le grenier en attendant un hypothétique vide grenier ; grosso modo, dans ma mémoire, c'étaient des dérives de Robbe Grillet autour de tableau reproduits pleine page de Magritte (pas forcément ma came, même à l'époque où j'avais choppé le bouquin), et ce que ça produisait comme récit de va et vient était plutôt réussi. (bon, tout ça est peut-être très reconstruit par ma mémoire, hein!)

lanjingling :


lldm :
les Ateliers de l'Agneau ont été une première terre d'accueil géniale, avec la revue 25, pour Vaugh James
Ateliers sis à Gand, rapport au fameux retable des van Eyck ?


c'est malin. Non, c'est beaucoup plus prosaïque que ça, c'était rue de l'Agneau, à Liège.

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