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Concrete: Etrange Armure
Réalisé par daiboken et MR_Claude



A l'occasion de la sortie de Concrete: Etrange Armure de Paul Chadwick, chez Semic, nous avons eu envie de préparer un petit dossier; deux participants: daiboken: le connaisseur, fan de longue date de la série en VO, et un candide: MR_Claude. Nous n'avons ni l'un ni l'autre lu la mini-série Strange Armor, il s'agira donc d'une découverte en ce qui concerne ce titre.
Ce dossier se veut une présentation du contexte dans lequel aborder cette oeuvre, pourquoi cette série semble mériter le détour? A quoi s'attendre? Le tout est suivi d'une étude plutôt détaillée de la série depuis ses origines, afin d'en savoir plus et de posséder une partie du background ayant précédé la réalisation de Etrange Armure.



  • Pourquoi, quand on est novice s'intéresser particulièrement à Concrete?
    Cet album bénéficie d'un bouche-à-oreille largement positif avant sa sortie. Bouche-à-oreille peut-être savamment orchestré par un groupuscule de fans hystériques, mais suffisamment bien fait pour attirer l'attention, ainsi qu'une preview dans le Canal BD de juillet/août, la satisfaction de ceux qui connaissent la VO de voir que cette série arrive en France, le fait que cette arrivée ait suscité une proposition spontanée de rédaction d'un focus :o) Bref, au milieu d'innombrables sorties dans l'indifférence, Concrete semble déjà à part.
    D'autre part, Semic semble vouloir maintenir une politique éditoriale avec un minimum d'ambition, et tente régulièrement de publier des séries plus «alternatives», dans un pays où l'image de super-balèzes en collants continue de coller à la peau de l'industrie du comic book. Aux côté des inamovibles valeurs sûres des comics de superhéros, tels Batman ou la JLA, ils publient de manière régulière des séries moins typées, telles 100 Bullets, Human Target, Y le dernier homme... Concrete fait partie de ces titres ambitieux, et, de ce point de vue, Semic fait preuve d'un bon travail éditorial qui mérite d'être souligné et récompensé, ne serait-ce que par une mise en avant plus poussée.

  • Le choix de la mini-série Etrange Armure.
    Concrete est une série déjà assez ancienne, le risque était donc grand de rebuter le lecteur avec une série déjà longue, composée à la fois d'histoires courtes, de mini-séries... Semic a fait le choix de la mini-série Etrange Armure, qui fait partie des plus récentes, et qui présente l'avantage d'être centrée sur les origines du personnage de Concrete. Un autre écueil était à éviter: celui d'une mini-série un peu gratuite comme il y en a déjà eu beaucoup, où les auteurs se contentent de ressasser les origines de leur héros sans réellement apporter grand chose au personnage ni à l'histoire, à l'univers. Or, selon tous les échos, ce n'est pas le cas ici, pour plusieurs raisons. D'une part Concrete est la série de Paul Chadwick exclusivement, il possède donc tous les ressorts de son oeuvre, et son implication personnelle est plus grande que lorsqu'on est le énième scénariste d'une série ayant plus de quarante ans de continuité à maîtriser. D'autre part, si les origines de Concrete ont été évoquées dès les premiers épisodes, elles n'ont jamais été très développées, apportant juste quelques lumières sur le héros.
    Etrange Armure se présente donc comme un très bon moyen de pénétrer cet univers, une mini-série directement compréhensible, ne nécessitant pas d'éléments publiés antérieurement, une histoire qui tient en un volume... devant la tâche que cela représentait, cete publication ressemble à un compromis quasi idéal.


  • Pour en savoir plus: étude chronologique des parutions VO


    1. Biographie de l'auteur et genèse de Concrete
    Américain né en 1957, Paul Chadwick, suit une formation classique à l'Art College de Pasadena, sous l'influence principale de son professeur Barron Gurney. Parmi ses influences en matière de bande dessinée, on peut citer Wallace Wood, Hal Foster, Will Eisner et Moebius.
    Comme beaucoup de jeunes auteurs, il commence par réaliser des planches sur des séries mineures, et on le voit ainsi en 1985 sur la série Dazzler chez Marvel, en compagnie d'Archie Goodwin et Butch Guice. Dans le même temps, Paul Chadwick conçoit les premières bases d'une série plus personnelle, très éloignée des effluves de testostérone qui imprègnent les séries de super-héros du fonds de commerce de Marvel. Pour placer son nouveau projet, Chadwick se voit dans l'obligation de démarcher auprès d'autres éditeurs. C'est à ce moment que son ami Mike Richardson lui propose de lancer Concrete chez Dark Horse, la maison d'éditions qu'il envisage de créer.
    A cet instant, Chadwick est déjà en train de plancher sur une histoire longue de Concrete, mais Richardson veut tout d'abord des histoires courtes pour alimenter un futur magazine mensuel se présentant sous la forme d'une anthologie d'histoires courtes d'auteurs maison. Chadwick hésite et finalement accepte. C'est ainsi que Lifestyles of the rich and famous paraît en juillet 1986 dans le premier comic book édité par Dark Horse (
    1), Dark Horse presents #1 (2).
    Le succès est au rendez-vous, le numéro se vend excellemment bien. Dès le numéro 2, Concrete fait la couverture. les destins respectifs de Dark Horse et de Concrete sont dès cet instant inextricablement liés.

    Concrete lui vaut de nombreux prix et nominations aux Eisner Awards, notamment: meilleure nouvelle série (1988), meilleure série régulière (1988, 1989), meilleur épisode isolé (Concrete celebrates Earth Day, 1989), meilleure mini-série (Fragile Creature, 1992).
    Pour Dark Horse, il participe à la création du Label Legend, au côté de noms tels que Frank Miller (Sin City), John Byrne (Next Men), Mike Mignola (Hellboy), Art Adams (Monkeyman), Mike Allred (Madman)... label qui se démarquera dans l'industrie du comic book par des oeuvres personnelles, souvent éloignées des clichés du genre, et qui au final regroupe des artistes parmi les plus marquants du continent américain. L'objectif étant de se placer délibérement en marge de maisons comme Marvel et DC, et de donner aux auteurs une plus grande liberté dans leur création, notamment en leur assurant tous les droits sur leurs oeuvres (droits d'auteur comme droits d'exploitation).

    Si Paul Chadwick considère Concrete comme la série d'une vie, et alterne avec régularité histoires courtes et mini-séries, il ne s'interdit pas quelques projets ponctuels en BD, comme la mini-série The World Below (toujours pour Dark Horse), parfois en tant que scénariste (Star Wars: Empire), dessinateur (Dr Strange, Deadpool, Y the Last Man) et également dans le monde du cinéma: écriture de story-boards (Pee-Wee's Big Adventure, Strange Brew...). Il travaille également à l'écriture d'épisodes de The Matrix Online (Massively Multiplayer Online Game).

    (1) Chez nous, les séries les plus célèbres éditées par Dark Horse sont Sin city de Frank Miller, Hellboy de Mike Mignola et les comics se déroulant dans l'univers de Star Wars.
    (2) Le magazine, lancé en juillet 1986, vivra jusqu'au numéro 157 avant de disparaître en septembre 2000. Tout au long de sa parution, il aura permis le lancement de très nombreux auteurs, de très nombreuses séries. Il aura aussi permis à des auteurs de présenter des histoires courtes qui dévoilaient de nouvelles facettes de leur talent. Pendant 15 ans, Dark Horse presents fut un magazine incontournable pour la diversité de la bande dessinée américaine et il n'est pas exagéré de prétendre que Concrete fut un des fleurons incontestables du magazine.


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    2. Les premières histoires courtes
    Dès les premières histoires courtes, que Paul Chadwick réalise pour le magazine Dark Horse presents, les lecteurs font la connaissance des personnages que l'auteur fera évoluer tout au long de la série.
    On peut ainsi y découvrir l'immuable trio qui constitue l'ossature de la série, à savoir :
    -Concrete, un étrange homme en pierre, pesant plusieurs centaines de kilos et dotés de capacités visuelles et physiques exceptionnelles.
    -Maureen Vonnegut, une biologiste qui opère pour le compte de la NSA (National sciences agency) des expériences scientifiques sur l'étrange armure de son sujet d'observation. Maureen est la scientifique type. Bien que très sympathique, elle est distraite et murée dans son travail, elle ne remarque dès lors que très peu les états d'âme de Concrete.
    -Larry Munro, un étudiant en lettres embauché pour assister Concrete dans les tâches qui découlent de son intense vie médiatique. Car, bien que le secret soit gardé quant à l'origine de l'état de Concrete (secret provisoirement gardé également auprès du lecteur), Concrete n'échappe cependant pas à une célébrité que l'on qualifiera de californienne. Larry est un dragueur impénitent mais il fait montre en de nombreuses occasions de très grandes qualités humaines.

    Dans Concrete, ce qui tranche nettement avec le reste de la production classique de l'industrie du comic, et qui est perceptible dès le départ, même avant la première histoire longue, c'est la volonté de Chadwick, au-delà de l'argument de départ particulièrement loufoque (un homme en pierre, hein !!!) de placer ses personnages dans un contexte réaliste. Les courtes histoires se présentent dès lors sous la forme de tranches de vie quotidiennes souvent dénuées de tout effet spectaculaire, décrites avec humour mais faisant progressivement état de préoccupations réellement adultes, à mesure que Chadwick live son personnage à des monologues introspectifs mélangeant le plus souvent dans un même mouvement aspects sérieux et délirants.

    Alors qu'au premier abord, on pourrait relier Concrete à The Thing, le personnage en pierre de l'équipe de super-héros Fantastic Four de la Marvel, on se trouve en fait en face d'un éloge du micro-détail, d'un éloge de la lenteur contemplative, magnifié par une attention de tous les instants aux éléments naturels qui fondent les personnages dans les milieux où les auteurs les place. La minéralité du corps de Concrete renvoie directement à l'importance qu'accorde la série au rapport à la nature environnante. Il n'est à cet égard pas étonnant que le personnage principal de l'entourage de Concrete soit une biologiste. Pas étonnant non plus que le thème de la protection de l'environnement devienne de plus en plus central dans la série au fur et à mesure de son évolution (je reviendrai plus tard sur ce point).

    Sur le plan graphique, le style de Chadwick se présente de manière sobre et détaillée, dépourvu d'effets inutiles, au service d'un découpage classique axé sur la fluidité de la narration. Cela donne peut-être parfois un côté rétro à la série qui surprendra les adeptes d'une bande dessinée qui lorgne à coup d'effets stériles vers un pseudo-cinéma du pauvre, mais force est de constater que le résultat fait montre d'une très grande efficacité, en pleine adéquation avec le propos développé par l'auteur. On pourra aussi constater que cet apparent classicisme n'empêche pas l'auteur de se livrer à des expérimentations s'il le juge nécessaire.

    Bien que, le rythme de parution des histoires courtes se soit ralenti avec les années, Chadwick n'a jamais abandonné ce format, donnant à Concrete certains de ses plus beaux bijoux et de ses plus intéressants aboutissements. En cherchant bien, on pourra peut-être encore dénicher les deux volumes édités par Dark Horse compilant la majeure partie des histoires courtes écrites par Chadwick : Complete short stories 1986 - 1989 et Short stories 1990 - 1995. Et avec un peu de chance, on peut nourrir l'espoir que ces histoires trouvent un jour l'occasion d'être présentées au public francophone dans la langue de Molière. Ce ne serait que justice, car par leur grande diversité de ton et de sujets, elles présentent peut-être le côté le plus directement touchant d'une série particulièrement attachante.

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    3. La première série longue et l'origine de Concrete
    Au vu du succès grandissant des histoires courtes publiées dans l'anthologie mensuelle Dark Horse presents, Chadwick reçoit le feu vert pour la publication d'une première longue série. Cette série, portant sobrement le titre Concrete, fut publiée en 10 fascicules entre mars 1987 et novembre 1988. Elle reste à ce jour la plus longue de l'histoire du titre (près de 300 pages).

    On y retrouve les trois personnages fétiches de l'auteur, Concrete, son aide Larry et Maureen la biologiste de la National sciences agency, pris dans une série d'évènements sortant de l'ordinaire qui constituent certainement ce que Chadwick a fait de plus proche du récit d'aventure classique. Entrecoupés de moments intimistes, la série trouve ses deux climax dans une tentative avortée de traversée de l'Atlantique à la nage (qui se transforme en survival de naufragés perdus dans l'océan) et dans un trekking au Népal suivi d'une ascension en solo de l'Everest. Concrete espère, par ces exploits peu communs, tester ses limites physiques et gagner sa vie en écrivant le récit de ses trépidantes aventures.

    Bien que les tranches de vie quotidienne des histoires courtes soient quelque peu mises en retrait, la série n'en garde pas moins ses caractéristiques de base, c'est à dire un traitement réaliste des situations et une constante et subtile attention à la psychologie des personnage et à l'évolution de leurs relations. Ce traitement réaliste se verra cependant quelque peu malmené au cours d'un flash-back occupant à lui seul les troisième et quatrième fascicules de la série. C'est en effet dans ces deux volumes clés que Chadwick révèle à son public les origines pour le moins farfelues du corps de pierre de Concrete.

    Alors que le gouvernement américain tente de faire croire à la thèse du cyborg, on apprend qu'en fait, Ron Lithgow et un ami, lors d'une balade en montagne, se sont vu enlevés par des extra-terrestres au corps de pierre et que leurs cerveaux ont été transplantés dans des corps semblables à ceux de leurs ravisseurs. Seul Ron parviendra à s'échapper, avant que les extraterrestres disparaissent (selon toute apparence) à tout jamais de la surface de la terre, le laissant dans l'impossibilité de jamais retrouver son corps humain d'origine.

    Même si comme je l'écrivais plus haut, le réalisme semble malmené tant le récit apparaît rocambolesque, on se rend toutefois rapidement compte que ce n'est pas cette histoire d'aliens, évacuée rapidement et définitivement de la série, qui intéresse Chadwick mais la situation dans laquelle Ron Lithgow se voit projeté, celle d'un humain condamné définitivement à vivre dans une étrange armure qui, d'un côté l'emprisonne et l'écarte radicalement de ses congénères mais de l'autre lui offre de nouvelles possibilités de vie à explorer. C'est sur cette tension, renforcée par l'impossibilité de revenir à une normalité désormais inaccessible que Chadwick va construire son personnage et bâtir sa série.

    Etant donné qu'Etrange armure, la mini-série par laquelle Semic a choisi d'entamer la publication de Concrete, reprend et développe ce récit des origines de Concrete, on n'en dira pas plus ici. Il serait en effet dommage de trop en révéler et de risquer de gâcher une partie du plaisir d'une lecture qu'on entend avant tout promouvoir et non amoindrir. Continuons donc dès à présent le passage en revue des jalons importants de la série, en tentant dans le même mouvement d'en dégager les caractéristiques essentielles…

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    4. Fragile creature, l'expérience du cinéma
    Au sortir des dix épisodes de la première longue série de Concrete, Paul Chadwick éprouve le besoin de faire un break. C'est la raison pour laquelle il accepte de collaborer en tant que production designer à l'élaboration et au tournage d'un film fantastique de série B intitulé After midnight (
    1). C'est dans cette expérience qu'il trouvera l'inspiration pour écrire une nouvelle histoire de son personnage fétiche. Intitulée Fragile creature, cette nouvelle mini-série sort en 1991 et compte 4 numéros.

    Dans Fragile creature, Concrete est engagé pour effectuer les effets spéciaux de Rulers of the Omniverse, une modeste production de science-fiction. En effet, en raison de sa force herculéenne, il peut remplacer à moindre frais des effets spéciaux qui sans lui se révéleraient très couteux et nécessiteraient un budget trop important. Fragile creature est donc l'occasion pour Chadwick de nous plonger dans le tournage d'un film et dans l'ambiance des plateaux de cinéma. Avec l'équipe, il nous fait tour à tour ressentir l'excitation et l'enthousiasme mais aussi, quand les prises se déroulent mal ou que les financiers viennent pointer leur nez, le découragement et l'abattement. Avec beaucoup de détails, toujours empreints d'une justesse issue de ses expériences dans le domaine, l'auteur narre avec brio les étapes de la réalisation de cette créature fragile qu'est le film en gestation, créature dépendant d'une multitude de facteurs qui peuvent remettre en cause ses qualités artistiques voire son existence même.

    Mais le film n'est pas la seule créature fragile du récit. En effet, parallèlement aux vicissitudes de tournage, l'auteur place Maureen Vonnegut, la biologiste passionnée par son métier qui accompagne Concrete depuis le début de ses aventures, dans une histoire sentimentale bien compliquée.
    Dans le cadre de ses recherches, elle rencontre un chercheur aux méthodes marginales et inorthodoxes qui se trouve dans le colimateur des services secrets américains en raison d'activités jugées subversives. A l'évidence, ces activités, totalement incompatibles avec la position qu'occupe Maureen et les informations ultra-confidentielles qu'elle détient à propos de Concrete, semblent condamner cette histoire d'amour naissante…

    Prenant le contre-pied d'une situation qui, à bien des égards, peut paraître très cliché, Chadwick prend le temps de développer cette relation avec énormément de sensibilité en évitant tout débordement de pathos. In fine, elle se révèle véritablement poignante et confère à son personnage féminin une épaisseur qu'on trouve rarement en bande dessinée.

    La parfaite réussite de cette mini-série, aussi bien pour sa description tantôt légère tantôt dramatique d'un tournage de cinéma particulièrement rocambolesque que pour l'épaisseur nouvelle qu'elle donne à ses personnages, fut récompensée en 1992 par un Eisner Award (meilleure mini-série) amplement mérité.


    (1) dans l'introduction à l'édition complète en un volume (trade paperback) de Fragile creature, Chadwick décrit en détails les conditions rocambolesques de ce tournage haut en couleurs.

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    5. Killer smile, assombrissement de la série
    Alors qu'il travaille sur Fragile creature, Chadwick réalise Fire at twilight pour Dark Horse presents, une courte histoire particulièrement intéressante.
    En route pour visiter le lieu de tournage du film auquel participe Concrete, Larry et Maureen se perdent dans un quartier mal famé. La tension monte quand des individus patibulaires bloquent leur véhicule et menacent de les agresser. Larry et Maureen ne doivent ensuite leur salut que grâce à l'intervention providentielle de Concrete.
    Pour la première fois, Chadwick place ses personnages dans un milieu urbain dur et violent.
    Killer smile, mini-série en 4 numéros parue en 1994, explore la même veine. Dans ce nouveau long récit, Larry est pris en otage par un couple de malfrats qui vient de braquer une station-service en abattant son gérant.
    A mesure que l'étau se resserre sur les fuyards, le comportement du tueur révèle une violence profondément enracinée qui projette Larry dans des situations extrêmement stressantes. Face au psychopathe mais aussi face à lui-même et à sa propre peur, Larry doit réagir s'il veut rester en vie…
    Killer smile se présente avant tout comme un thriller haletant, très rythmé et rempli de scènes d'action que l'on a peu coutume de voir dans la série. Visiblement, Chadwick se fait plaisir graphiquement. Mais comme à son habitude, il ne laisse pas de côté la profondeur psychologique. C'est ainsi que, par le biais de monologues intérieurs, il nous montre un Larry en pleine gamberge. Le dénouement, d'une noirceur et d'un pessimisme sans recours, pousse Larry dans ses derniers retranchements et lui inflige des stigmates qui le marqueront à jamais.

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    6. Concrete celebrates Earth Day 1990 et Think like a mountain: le militantisme écologiste
    En mars 1989 paraît dans le Dark Horse presents #28 une histoire courte qui va entraîner la série vers de nouveaux rivages et en dégager une nouvelle thématique centrale, celle du militantisme écologiste. Certes, le rapport à la nature a toujours été très présent dans la série, mais dans cette histoire, intitulée Stay tuned for Pearl Harbor, Chadwick aborde le thème de la protection environnementale pour la première fois de manière frontale, avec une virulence qui tranche avec le ton habituel de la série. Appelant à une prise de conscience collective, il y milite pour un soutien à la cause écologiste aussi massif et déterminant que l'effort de guerre qui suivit l'attaque japonaise sur Pearl Harbor durant la seconde guerre mondiale.
    L'actualité, particulièrement ironique, devait venir légitimer l'engagement militant de Chadwick. En effet, le 24 mars 1989, le pétrolier Exxon Valdez déversait son chargement au large de l'Alaska, créant une des catastrophes écologiques les plus importantes de l'histoire américaine.

    Stay tuned for Pearl Harbor fut réédité l'année suivante dans le one-shot Concrete celebrates Earth Day 1990, au côté de deux autres histoires traitant du même sujet (
    1).
    Ces trois histoires tendent malheureusement à privilégier lourdement le didactisme démonstratif du message à transmettre au détriment des personnages qui n'apparaissent ici que comme vecteurs du propos militant de l'auteur. Artistiquement un peu faibles, elles n'en constituent pas moins, par l'exposition d'un nouveau thème central, un des jalons importants de la série et une étape essentielle (bien que peu aboutie) dans la maturation de l'œuvre. C'est ainsi que Concrete celebrates Earth Day 1990 peut clairement être perçu comme portant les germes qui arriveront à leur pleine maturité dans l'œuvre de Chadwick dans Think like a mountain (1996), mini-série essentielle dans laquelle l'activisme militant et la protection de l'environnement seront abordés de manière beaucoup plus subtile et ambitieuse.

    Mais entre Concrete celebrates Earth Day 1990 et Think like a mountain, Chadwick renouvellera son inspiration, explorera d'autres thèmes et développera ses personnages dans deux mini-séries que nous avons déjà abordées, Fragile creature et Killer smile. Ce n'est qu'en 1996, après de nombreux reports et changements de programmes que Chadwick trouvera enfin les moyens de concrétiser le projet hautement personnel qu'il porte en lui depuis plusieurs années.

    Think like a mountain, qui compte 6 numéros, commence à paraître en mars 1996. Concrete y est abordé par des membres du mouvement écologiste radical Earth First ! Suite à leur demande, il accepte de les accompagner dans une forêt primaire de l'état du Washington récemment ouverte aux coupes des sociétés de bûcheronnage industriel. Bien qu'il ait précisé qu'il resterait simple observateur, les activistes comptent bien profiter des capacités physiques de l'écologiste modéré qu'est Concrete et le pousser à passer à l'action…
    Chadwick tire parti avec beaucoup de finesse de la tension entre vision modérée et radicale de l'engagement militant pour brosser un portrait contrasté et nuancé de ces activistes qui n'hésitent pas à recourir à des moyens illégaux pour tenter de parvenir à leurs fins.
    Mais même si on n'est pas obligé de souscrire aux méthodes utilisées par Earth First !, à la lecture de Think like a mountain, on ne peut qu'être horrifié par ces saisissantes images de forêts mutilées, d'écosystèmes détruits et par les difficultés qu'éprouvent les mouvements écologistes à trouver des relais médiatiques qui leur permettraient de contrecarrer les agissements d'une industrie qui ne raisonne qu'en terme de profits économiques directs.
    Face à ces compagnies qui font passer les militants pour des éco-terroristes, ces hommes et femmes engagés corps et âme dans un combat dur et dangereux justifient leurs méthodes en mettant en avant la légitimité de la désobéissance civique comme dernière possibilité d'action pour empêcher ce qui, par tous les autres moyens, semble inévitable.
    Contrairement aux courtes histoires de Concrete celebrates Earth Day 1990, Chadwick évite ici les écueils du didactisme lourdingue grâce à une caractérisation subtile de tous les personnages et des scènes d'action riches en rebondissements qui se marient avec fluidité avec la grande richesse thématique qu'il introduit dans le récit.
    Et comme toujours, il ajoute au mélange un zest de cet émerveillement contemplatif qu'il érige toujours en rempart contre le découragement qui pourrait naître face au pessimisme réaliste du propos.

    (1) En plus des deux histoires inédites de Paul Chadwick, Concrete celebrates Earth Day 1990 contient également une histoire illustrée de Charles Vess et une superbe histoire muette de 23 planches de Moebius intitulée The still planet…

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    Après Think like a mountain, Chadwick s'attelle à la réalisation de Strange armor, mais ceci est une autre histoire… Une histoire qui vient de sortir chez Semic et qu'on espère vous avoir donné envie de découvrir avec ce focus.
    Concrete est une série unique dans le paysage de la bande dessinée américaine. C'est une série qui me tient particulièrement à cœur depuis très longtemps. J'espère par ces quelques mots reflétant mon indéfectible enthousiasme pour le travail de Paul Chadwick être parvenu à montrer avec clarté les nombreuses qualités de la série.
    J'espère également que les ventes d'Etrange armure seront suffisantes pour que Semic se décide à éditer en français d'autres aventures de Concrete, que j'aimerais beaucoup voir découvertes par un public francophone très nombreux. Il serait tellement dommage que cette série remarquable reste confinée dans les limites d'un cercle restreint de happy few.
    Bonne lecture et rendez-vous sur le forum.



  • Pour en parler, en voir et savoir encore plus:
    -La fiche album et ses chroniques
    -Le sujet de discussion sur le forum

    -Le site de Dark Horse, l'éditeur américain de Concrete: liste exhaustive des réalisations de Chadwick pour l'éditeur, couvertures originales...
    -http://www.weisshahn.de/concrete/ : Site amateur en anglais réalisé avec l'accord de Paul Chadwick, principalement dédié à Concrete mais aussi à The World Below, autre oeuvre de Paul Chadwick. A noter une série de planches en ligne, pour ceux qui souhaiteraient se faire une idée.
    -Des interviews de Paul Chadwick: ici, , ici à propos de Star Wars et au sujet de The World Below.
    -Un avis sur Etrange Armure, pour les anglophobes :o)
    -Voir également la revue Canal BD de juillet/août 2004

    -Pour d'autres parutions de Paul Chadwick en VF: Deux récits courts de Concrete sont parus en 1993 dans L'Echo des Savanes USA numéros 67 ("Qu'il brille, qu'il brille") et 68/69 ("Démente Descente").
    Annoncé pour la fin septembre 2004, le troisième volume de la série Deadpool chez Marvel France comportera les trois épisodes dessinés par Chadwick (arc Cruel Summer: Deadpool #46-48). Le premier épisode de Dazzler, réalisé par Chadwick (Dazzler #38), avec Archie Goodwin au scénario, est paru dans Titans #84 et #85. Les deux épisodes de Dr Strange sont parus dans Marvel Knights #10-11 (Dr Strange (vol.3) #3-4: The Flight of the Bones part 3-4/4).



    Images Copyright © Chadwick - Dark Horse & Semic

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