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Le Café de la Plage
Dessin et scénario : Franc Régis

Le Café de la Plage, terminé


Volume 1 - 1977

Volume 2 - 1978

Volume 3 - 1979

Volume 4 - 1980

Volume 5 - 1981

 

1 avis


MR_Claude
Publiée en strips quotidiens dans Le Matin de Paris, de 1977 à 1981, cette série n'est pas résumable. Car il ne s'y passe rien ou si peu. Des personnages s'entrecroisent, échangent des monologues, avec pour fils conducteurs ce Café (une bête baraque) perdu sur une plage déserte, et Rita, le personage autour duquel tout tourne, à la fois femme fatale, jeune fille naïve, future grande actrice ou enfant rêvant de maisonette avec jardin.
Car l'originalité du Café de la Plage c'est sa construction. En 350 pages de six strips chacune, Régis Franc développe une mini comédie humaine, avec cynisme et tendresse.

En l'absence de trame scénaristique avec rebondissements permanents, Franc soigne ses onomatopées (qui rendent la bande-son de cette plage presque palpable avec le crouic crouic du panneau, et le flap flap du drapeau), ses dialogues, d'apparence très jetés, à la fois naturels et littéraires. Enfin dialogues... Aucun de ces personnages n'écoute l'autre, chacun monologue, oralement ou par la pensée, aucun ne vit vraiment au présent, tous dans leurs souvenirs à peine enfouis, ou leurs rêves d'un avenir impossible. Et ces personnages qui se croisent, se sont tous connus il y a longtemps, sans souci véritable de chronologie. Ce ne sont pas des individus, mais des personnages. Tour-à-tour ils jouent un rôle, le rôle que semble vouloir leur donner cet écrivain vraisemblablement raté seul en terrasse du café de la Plage, lui qui écrit pour exorciser l'image (les images) d'une Rita qui l'obsède.



Mais si ce personnage est un écrivain, Le Café de la Plage est une bande dessinée, et la réduire à une suite de dialogues aussi bons soient-ils serait injuste. Si le dessin de Franc (dessinateur animalier minimaliste bien avant l'heure... de gloire d'un certain Lewis et son lapin (lui aussi)), est au mieux fonctionnel, rarement très élégant, ses innovations narratives sont en revanche très maitrisées. Qu'un personnage rêve tout haut, et les personnages du rêve apparaîtront progressivement dans l'image, avec leur discours propre, qu'on a parfois déjà suivi dans des pages précédentes (les aller-retour étant fréquents), et faisant écho aux discours continuant autour du rêveur. Les différentes scènes, souvent longues (mais rarement bavardes à l'excès), s'enchaînent ainsi sans heurts, avec un grand naturel. Cette histoire censée être écrite par un des personnages ne peut se dérouler sans accident qu'en bande dessinée, le texte seul, ou l'image seule ne sauraient suffire.
Malgré un niveau d'improvisation visiblement assez grand (il s'agit de strips quotidiens sur plusieurs années), Franc montre qu'il maitrise ainsi les nombreux fils de ses nombreuses histoires, ainsi que les moyens offerts par le support BD.
Sans oublier les micro-saynètes en arrière plan, comme Ulysse et son vaisseau, qui si elles ne sont pas une marque de fabrique spécifique de l'auteur, sont réalisées avec une touche d'humour et de poésie légère bienvenue.



J'aurais aussi pu dire que les références littéraires ou cinématographiques sont nombreuses (j'ai dû en rater beaucoup); qu'on y trouve des portraits souvent acides d'un mari minable trompé, d'un producteur de cinéma désabusé, d'une actrice sur le retour et de son gigolo aux allures maffieuses, d'une intellectuelle moche à la sexualité frustrée; que la critique de la jet-set et de la société superficielle de la fin des années 70 peut paraître un peu datée et facile, tant elle a été vue et revue aujourd'hui. J'aurais pu dire tout ça et plus, ou le résumer en disant que c'est une oeuvre riche, littéraire, originale, qui peut présenter des défauts (quelques longueurs, des dessins parfois maladroits), mais que l'on peut assurément ranger dans la case "oeuvre à part", inimitée car inimitable.
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